Les âmes épineuses

Hérissons cachés partout

Hérissons cachés partout

Le 27 février passé le groupe de l’atelier s’est réuni pour parler du succès littéraire de « L’élégance du  hérisson » de Muriel Barbery.

On a commencé par commenter les « différentes conditions » pour qu’un livre fasse partie des lectures de l’atelier. On a conclu que l’on a besoin, au moins, d’en accomplir deux :

  • D’une partie, il doit avoir quelque chose de « bizarre » dans le sens d’éviter les lectures trop légères, une sorte « d’élitisme » littéraire qui nous lance vers des lectures qui souvent se mêlent avec l’essence de la nature humaine et de la marginalisation.  Combien de fois avons-nous « invité » dans nos séances des personnages tragiques, compliqués, écartés d’une manière ou d’une autre du monde disons « normal », qui regardent la vie comme s’il s’agissait d’un cadeau réservé aux autres, sans aucune relation avec leurs possibilités ou leurs ambitions personnels ?
  • L’autre -et peut-être la condition la plus importante- c’est de ne jamais être d’accord sur l’opinion de l’œuvre choisie.

Pour cette occasion les deux conditions sont présentes : les personnages qui habitent le livre sont vraiment, du moins en principe, des « observateurs » de la vie réservant le rôle d’acteurs ou actrices principaux aux autres. Leur monde intérieur bien que très riche devient alors une sorte de tanière qui enferme des personnalités complexes qui devront se développer et que, par la magie de la lecture, se dénoueront et se montreront tel qu’ils sont seulement pour ceux qui avons osé regarder  l’intimité de leurs âmes en cachette par le trou de la serrure transformé en livre.

On a commencé par parler sur l’auteure. Qui est-ce cette Muriel Barbery ? Une prof de philo, née à Casablanca il y a presque une quarantaine d’années et qui est mariée avec Stéphane, un psychologue, avec qui elle reconnaît avoir écrit « L’élégance… » Un mélange presque dangereux qui justifie la nature particulière du livre. Une autre caractéristique de ce couple c’est son penchant pour le Japon : Ils sont allés habiter temporairement à Kyoto. Barbery a travaillé comme formatrice de profs dans un IUFM à Saint Lô. Comme d’habitude parmi les écrivains ses premiers travaux ont été refusés mais finalement  ils ont connu le succès et la reconnaissance, ce qui finalement a permis à Muriel d’arriver en 2004 à écrire « L’élégance du hérisson ».

Hérisson

Après avoir commenté la vie de l’auteur , on a passé à commenter celle de l’animal: le hérisson. Pourquoi un hérisson ? C’est peut-être l’un des animaux le plus inconnu. Ses habitudes crépusculaires et timides, d’une partie, et sa peau épineuse, d’autre, le relèguent au royaume de la nuit et du secret. Pourquoi choisir un animal qui est peut-être un des moins « littéraires » ? Il y a très peu de symbolisme relié à la figure du hérisson.

On a trouvé à peine trois références dans la littérature qui utilisent le hérisson comme « totem » :

Hérisson Le roman « Du hérisson » d’Éric Chevillard, dont l’écrivain utilise l’excuse de l’intrusion d’un hérisson sur sa table de travail pour dérouler l’idée du roman.

Hérisson Un travail sur le hérisson publié en 2006, écrit par Sophie Sarrazin et Lucie Saint-Gelais.

Hérisson La célébration du hérisson célibataire qui est référée dans la « Théorie du corps amoureux », en 2000, de la main de Michel Onfray.

Hérisson

Dans la mythologie égyptienne, le hérisson protégeait les morts et chez les romains il était utilisé pour deviner la durée de l’hiver, à la façon que l’on utilise dans quelques endroits des États-Unis et du Canada la marmotte : observant la réaction de l’animal vers son ombre quand il sort de sa période d’hibernation (n’oubliez pas le film « Un jour sans fin » -Harold Ramis, 1993- ou un désolé Bill Murray se levait chaque jour au même endroit, la même date, célébrant le jour de la marmotte.) Et même au Moyen Âge, le pauvre hérisson était utilisé pour fabriquer des produits miraculeux : contre la calvitie, pour améliorer la vision nocturne,…

Il y a très peu, donc, qui nous servirait à établir une base solide pour rendre hommage à cet animal comme celui d’entitrer un roman d’après lui.

Hérisson

Après avoir discuté sur ce sujet, dans l’atelier nous croyons ou bien, nous avons décidé de croire que c’est à cause de la difficulté naturelle de cet animal pour se mettre en relation avec son entourage que l’auteur l’a choisi : il refuse la compagnie, il ne se mêle pas avec d’autres créatures, il se cache toujours et si on veut le caresser, il fait une boule et nous montre les épines, toujours des épines vers l’exterieur.

La vie d’un hérisson se fait toujours à l’intérieur, loin de la présence incommode des autres.

Hérisson

C’est l’élégance cachée du hérisson qu’il faut découvrir et que, à la fin, c’est la même qui est derrière une concierge philosophe ou une adolescente qui doit imiter la médiocrité pour ne pas révéler sa surdotation et pour laquelle le suicide c’est la fin naturelle d’une vie qui ne lui satisfait pas. « Pour vivre heureux, vivons cachés » c’est la norme qui toutes les deux femmes suivent tout le long du livre. La concierge et la fille, elles maitrisent le temps, la première à cause de son travail et de son âge avancé ; la deuxième, à cause de son isolement de l’extérieur  mêlé avec le singulier sens du temps que l’on a quand on est adolescent, à la fois intense et court, toujours fixé dans le présent, sans projection possible vers le futur, sans jamais regarder le passé qui, d’autre part, est une période presque inexistante.

Hérisson

Et pour finir cette première séance dédiée au monde des « hérissons humains » on a établi une curieuse relation entre le dernier livre commenté chez l’atelier -le « Chagrin d’école » de Pennac- et celui de Muriel Barbery : les protagonistes de tous les deux se sont sauvés par l’intervention d’un prof qui leur a montré son intérêt pour eux, réussissant à leur faire extraire de cette cage personnelle que sa vie était devenue.

Comme dans la vie… “à suivre”.

Hérisson

Chagrin en temps de jeunesse

Le chagrin fréquente aussi que la joie nos écoles

Le chagrin, autant que la joie, fréquentent nos écoles

Du point de vue littéraire, la première idée que l’on peut souligner sur le livre de Pennac, “Chagrin d’école”. c’est la difficulté à le classer dans un genre précis. Ce n’est pas un roman, même s’il raconte des événements et des épisodes à la manière d’un récit. Ce n’est pas un essai non plus car son style est bien éloigné de la froideur et objectivité qui accompagne souvent cette sorte des productions.
Qu’est-ce que c’est que le livre alors ? On pourrait dire que ce sont les mémoires incomplètes d’un professeur qui paraissent avoir été écrites d’une manière discontinue, selon le temps disponible ou quand l’état d’âme devenait le plus approprié pour se mettre à la tâche.

Il commence par décrire le concept de « cancre », une figure souvent écartée de l’attention générale, même proscrite et condamnée à l’ostracisme. Qui veut s’identifier avec un échec ? Mais Pennac s’est défini comme un « cancre » lui-même. Or il nous parle en première personne des sentiments de ceux qui ne seront peut-être jamais rappelés par leurs copains et même par leurs professeurs. Les sentiments de solitude, d’isolement qui, souvent, obligent les « cancres » à faire des bêtises pour attirer l’attention des autres.

Autoroute solitaire vers un destin incertain

Autoroute solitaire vers un destin incertain

Un sentiment de prédestination qui est renforcé tous les jours par les rires des autres, les châtiments ou les répréhensions des maîtres. Selon Pennac, c’est la malédiction des cancres.
Mais pour Pennac l’échec des cancres c’est aussi l’échec du système et des professeurs, car on ne peut que décrire comme un échec un endroit -l’école- où il n’y a de la place que pour ceux qui sont plus avantageux , les « normales »…
Il discute la convenance d’une telle distribution de la journée scolaire, dans laquelle un élève doit faire « de la gymnastique » quand il doit passer d’une matière à une autre tout à fait différente, soumis à l’exigence d’être chaque fois en pleine dispositions des forces et avec toute sa concentration,… Il dit « des réincarnations en une seule journée » ou bien « Alice au pays des merveilles ».

On pourrait penser à un livre amer ou la vision de ses personnages projette une ombre grise sur les pages. Mais non, c’est un livre optimiste où on peut trouver aussi les sentiments des maîtres, une histoire semée des rencontres « aussi imprévisibles que la forme d’un nuage ».

Le poids de la grammaire

Le poids de la grammaire

C’est à remarquer aussi l’utilisation des figures grammaticales comme le fil conducteur de quelques moments du récit. On utilise ces pronoms « flous » « y » et « en » pour bien décrire les sentiments qui remplissent l’esprit des cancres : ce sont des monstres indéfinis qui n’arrivent pas à se matérialiser d’une manière suffisamment définie comme pour lutter contre eux ; ce sont des « greniers inaccessibles » , des « caves du langage », « une valise qu’on n’ouvre jamais, un paquet oublié dans une consigne dont on aurai perdu la clef ».

Pennac n’oublie non plus sa facette pédagogique et il donne des conseils aux professeurs pour essayer d’être le plus efficaces possibles :
• « parler seulement de la matière »
• « la présence des élèves dans une classe dépend de la présence physique, intellectuelle et mentale du prof »
• Pour Pennac l’apprentissage chez un groupe c’est comme une orchestre : tout dépend de l’exécution précise de la musique mise au service de l’interprétation chorale et coordonnée par la figure autorisée, pas autoritaire, du maître. Le problème ne se pose toujours pas dans l’incapacité ou le manque de volonté des élèves. C’est aussi « qu’on veut leur faire croire à un monde où seuls comptent les premières violons. »
• « La première qualité d’un bon professeur c ‘est du sommeil »
• « Ne parler jamais plus fort qu’eux (les élèves) »
• Il nous montre aussi des trucs suggestifs comme celui de « l’écho », dont le prof répète le nom de chaque élève mimant aussi l’intonation, le son, le volume…

Ce serait impossible de commenter en détail tous les aspects du livre. Remarquons seulement quelques extraits de paragraphes chosis par les membres du groupe, le jour de la séance :

Carmen a choisi un des extraits consacré à la classe :
« CHAQUE élève joue de son instrument, ce n’est pas la peine d’aller contre. Le délicat, c’est de bien connaître nos musiciens et de trouver l’harmonie. Une bonne classe ce n’est pas un régiment qui marche au pas, c’est un orchestre qui travaille la même symphonie »…

Pour Natalia un bon extrait c’est celui qui parle des professeurs :
« CE n’était pas seulement leur savoir que ces professeurs partageaient avec nous, c’était le désir même de savoir ! Et c’est le goût de sa transmission qu’ils me communiquèrent »…

Rosa a voulu remarquer une des obsessions de l’auteur :
« SEULEMENT, il y a une quinzaine d’années, aurais-je été le dernier-né d’une fratrie de quatre ? M’aurait-on désiré ? M’aurait-on accordé mon visa de sortie ? Question de budget comme le reste. «
Elle (Rosa) met aussi en relief la cancrerie de l’auteur dans les premières pages du livre, incompréhensible, par rapport à ses origines :
(…) » BIBLIOTHEQUE à la maison, culture ambiante conforme au milieu et à l’époque (père et mère nés avant 1914) : peinture jusqu’aux impressionnistes, poésie jusqu’à Mallarmé, musique jusqu’à Debussy, romans russes, l’inévitable période Teillard de Chardin, Joyce et Cioran pour toute audace… Propos de table calmes, rieurs et cultivés. »

Teresa, a eu un coup de cœur avec les dernières lignes de ce long livre, elle veut savoir « CE qu’aimer veut dire » en pédagogie.
« Ce n’est pas de cet amour-là qu’il s’agit. Une hirondelle assommée est une hirondelle à ranimer, point final. »

Isabel nous offre un beau paragraphe pour parler des élèves
« ILS étaient mes élèves. (Ce possessif ne marque aucune propriété, il désigne un intervalle de temps, nos années d’enseignement, où notre responsabilité de professeur se trouve entièrement engagée vis-à-vis de ces élèves-là). Une partie de mon métier consistait à persuader mes élèves les plus abandonnés par eux-mêmes que la courtoisie mieux que la baffe prédispose à la réflexion, que la vie en communauté engage, que le jour et l’heure de la remise d’un devoir ne sont pas négociables, qu’un devoir bâclé est à refaire pour le lendemain. ….. «

Javier nous rappelle ce paragraphe génial consacrée à Natalie, l’élève qui a des « problèmes » avec la subordonnée conjonctive de concession et d’opposition..

« COMMENT expliquer à cette élève qu’il n’y a pas de quoi s’en faire une montagne, qu’elle l’utilise sans le savoir, cette fichue proposition (une de mes préférées d’ailleurs, si tant est qu’on puisse préférer une conjonctive à une autre…) «
Et voici la petite réflexion que notre directrice Inma fait pour finir ce livre : « N’ayant jamais été un cancre, moi, comme Pennac, j’espère bien avoir su être un prof qui a bien accueilli les élèves cancres et les autres »

Fini avec Pennac ? Pas du tout. C’est sûr que l’atelier va reprendre Pennac dans le futur, un écrivain qui a autant de choses à dire et qui nous apportera sans doute des intenses moments littéraires.

Fiche de lecture

Un peu de musique

Le prof J.M.Campo, du département de français de l’IES Leonardo Da Vinci de Majadahonda (Madrid) a préparé cet incroyable “jukebox” en français dont on pourra passer de bons moments pendant que l’on lit de la littérature.

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Bienvenue, 2009

Joyeux Noël

Joyeux Noël

On est arrivé à la fin du trimestre. Comme toutes les années l’École fait une fête où la gastronomie, la langue et l’amitié nous réunit autour d’une même passion : l’apprentissage des langues.

Cette année il y a eu le traditionnel concours des « Mots Favoris » avec un gagnant et trois finalistes :

  • Le voyage de la Moustache .- Belén Plaza

  • Finalistes : Coquille – Aujourd’hui – Mélange

Mélange

Mot favori: Mélange

Aujourd'hui

Mot favori: Aujourd'hui

Aujourd'hui

Mot favori: Aujourd'hui

Quant à l’atelier, on se réunira à nouveau après les vacances. En attendant la rentrée on vous sohaite un joyeux Noël à vous qui suivez notre petite démarche au cœur de la littérature francophone.

À bientôt

À bientôt

Veuillez cliquer sur l’image pour vous rappeller avec l’aide de quelques photos ce qui a été le plus important dans ce premier trimestre de l’année 2008, pour l’atelier. Joyeux Noël

L'atelier en images

L'atelier en images

Pour bien accueillir Noël

Le cancre, une image du passé?

Le cancre, une image du passé?

La fin du trimestre s’est comme toujours présentée : Noël nous pousse tous pour se faire un lieu et il force le rythme de nos travaux pour que nous puissions arriver avec  ponctualité à sa date annuelle .
C’était le tour pour « Chagrin d’École », le livre de Daniel Pennac qui a connu un si grand succès dès le précis moment de son apparition.
De la même manière que nous tous avons des mémoires de notre enfance, comme fils ou filles, nous avons été des élèves à un moment donné de notre vie. Parler de «Chagrin d’École » c’est, d’abord, faire un exercice de mémoire, de recherche personnelle. Beaucoup de questions arrivent après cet exercice de lecture: comment étaient nos écoles quand nous étions des enfants? Comment étaient nos professeurs? Comment nous définirions-nous comme élèves ? Quelles ressources avaient les professeurs pour nous enseigner ? Que pourrait-on dire du système éducatif ? Comment avons-nous vécu cette période scolaire ?
Daniel Pennac dit, dans un des paragraphes de son livre que l’avenir de l’école, comme institution, passe par la remembrance et analyse des qualités de ce professeur inoubliable que, sans doute, nous tous avons trouvé au moins une fois dans notre vie d’ecolier.

L'École a beaucoup changé en peu de temps

L'École a beaucoup changé en peu de temps

L’école a expérimenté un très profond changement, aussi profond au moins que celui de la société qui l’entoure.

Nous aimons dire que l’école va toujours un peu plus à l’avance de sa société ou peut-être ce serait mieux de dire qu’elle suit ses propres rythmes, un peu à l’écart des bouleversements sociaux. On dit souvent que l’institution scolaire est un des piliers le plus traditionnels de toute société car elle tient aux valeurs, aux principes essentiels de la vie en commun,… Peut-être que ce soit vrai mais c’est pour cela que, dans un  moment de crise, comme l’actuel, tout le monde tourne son regard interrogatif vers l’école comme pour chercher les réponses aux problèmes.

Certes, les temps changent, la technologie arrive chez l’école, mais l’échec scolaire reste présent. Et avec lui, la éternelle figure du « cancre ».

Le cancre, un personnage toujours présent chez nos écoles

Le cancre, un personnage toujours présent chez nos écoles

On ne pourrait pas qualifier vraiment « Chagrin d’École » ni comme un roman ni comme un essai. C’est, en tout cas, une récolte d’idées que l’auteur a fait autour des sentiments de ces enfants qui restent à la frontière du système éducatif. Mais, en partant de cette situation, Pennac nous dévoile son point de vue, ses solutions -peut-être- pour ces « chagrins d’école ».
On analysera dans une autre séance avec plus de détail les différents aspects traités pour l’auteur, mais au dessus de la, parfois, chaotique, superposition d’idées versées dans l’œuvre, un sentiment optimiste et aussi eternel survole les pages : il y aura toujours de « bons maîtres », ceux qui ne feront pas un cliché des difficultés des élèves pour apprendre, ceux qui seront capables de rester à côté d’un de ces élèves et, sans se transformer en figures faibles, pleines de compassion inutile, de leur transmettre la force suffisante pour établir leurs propres objectifs, ceux qui les aideront à s’en sortir de leur situation actuelle.

Daniel Pennac, un cancre devenu professeur

Daniel Pennac, un "cancre" devenu professeur

Le « cancre » de Pennac est un survivant. Un enfant qui préfèrera répondre n’importe quoi, même des absurdités, que de rester muet, comme s’il n’appartenait pas à la classe. Il habite dans le domain de la “pensée magique”.

Mais il a les mêmes besoins que tous : être reconnu, faire partie d’un groupe. Si la marginalité devient le chemin pour accomplir son objectif, bon, ça suffit.

C’est curieux comment les problèmes de l’éducation sont, dans le fond, les mêmes, peu importe le pays ou le moment historique. On continue à parler de l’échec scolaire depuis des siècles. La solution viendra toujours de la main des relations humaines, de l’étrange et merveilleuse connexion qui, parfois, s’établit entre un élève concret et son prof, de l’empathie.

La seule arrivé de la technologie ne fera aucun changement éducatif sil ne saccompagne pas dun changement dans les relations profs-élèves

La seule arrivée de la technologie ne fera aucun changement éducatif s'il ne s'accompagne pas d'un changement dans les relations profs-élèves

Ce n’est pas de la main de la technologie, seulement, que la situation améliorera. Les écoles ne sont pas des ‘îles : elles se son mêlées avec les problèmes de la société, bien que suivant ses propres règles.

La famille, on dirait « les » familles, elles, ont changé. Mais un enfant reste toujours un enfant. Et l’école, le refuge pour les uns, la salle d’attente vers un futur incertain, pour les autres; une expérience essentielle pour tous.

Dans ce vidéo, Daniel Pennac lit un extrait de “Chagrin d’École”, dans lequel la petite Natalie pleure parce qu’elle ne comprend la définition d’une catégorie de proposition subordonnée et lui, son prof, arrive à la calmer:

Et ici, Pennac nous parle des “cancres”: de ses sentiments autour de l’echec scolaire et donne quelques conseils pour ces élèves presque en dehors du système.

Le cancre, de Jacques PrévertL’esprit du “cancre” est bien réflété dans le célèbre poème de Jacques Prévert (veuillez cliquez sur la photo pour elargir l’image)

C’est clair que la froideur est très loin des sentiments provoqués par l’école. Il n’y a une victoire comparable à celle que le professeur sent quand un de ces “cancres” trouve son chemin dans la vie, quand un sourire allume le visage de ceux qui parassaient enfermés dans un profond sommeil de solitude, quand il est reconnu les ans passés par ses élèves et salué comme s’ils étaient encore assis à table, avec le crayon ou le stylo prêt à engraver dans ses cahiers les mystères dévoilés par leur maître.


cahier-decole-miniPleins de cet esprit nostalgique on a apporté les cahiers de scolarité, vrais bijoux de la mémoire collective et personnelle.

Les droits des lecteurs, d'après Daniel Pennac

Les droits des lecteurs, d'après Daniel Pennac

Daniel Pennac nous a fait aussi un cadeau en créant “Les droits des lecteurs” que vous pouvez lire en cliquant sur l’image.

Pour en savoir plus

Les échos du Mai 68 resonnent à l’EOI d’Aranjuez

Soledad Obispo

Soledad Obispo

On était allés avec l’idée d’attendre une conférence sur les événements du mai 68. Soledad Obispo, professeur de l’École Officielle de Langues de Villaverde serait la personne chargée de nous en parler. Mais les sensations de normalité commencèrent à changer dès le précis moment où l’ont est entrés dans la salle de conférences. Au lieu de l’habituelle disposition des chaises, opposées au professeur, elles avaient été rangées en cercle. Non seulement les chaises remarquaient que quelque chose de différent allait se passer cet après-midi-là. Tous les murs étaient couverts d’affiches, de slogans, d’images… faisant référence à l’époque.

D’une voix claire, forte, exprimée à un rythme ajusté et grâce à un évident domaine du métier, Soledad a su adapter son savoir à l’audience présente, et elle a commencé à faire un récit qui nous a transportés 40 ans en arrière. On dirait que l’on pourrait même écouter les bruits des rues, des pas résonnant sur les pavés et les cris de la multitude,…

Elle nous parla, d’abord, de son expérience personnelle quand elle était étudiante à l’Université, à seulement une centaine de kilomètres de Paris, le centre de l’Europe à ce moment-là.

À la recherche du slogan

À la recherche du slogan

Un moment après, elle nous demanda de choisir le slogan préféré pour chacun et d’exposer au grand groupe le pourquoi de notre choix et de nos sentiments à l’heure de choisir nos affiches et nos mots qui reflétaient le mieux notre idée de Mai 68.

Après nous avoir raconté quelques moments les importants de cette période et de les avoir mis en relation avec d’autres événements mondiaux, en spéciale, la guerre de Vietnam, elle nous fit réfléchir sur la signification de cette époque et on essaya de découvrir ses échos en 2008.

Il y eut des idées intéressantes, mais on devrait souligner celle qui mit en relation le récent triomphe électorale de Barak Obama, aux États-Unis, avec l’esprit révolutionnaire de cette époque. Le besoin de changer la situation, d’établir un nouveau style sociale, de construire un monde plus juste et égalitaire,… ce serait des points en commun entre les deux situations.

Or, n’est-il pas le temps de constater que le vieux capitalisme, en temps de crise, est un échec comme système économique et comme basse pour bâtir une société ?

40 ans après, les fantômes du mai 68 furent convoqués cet après-midi-là par Soledad Obispo, pour nous signaler un point sur l’horizon, pour nous dire que toute idée d’un changement sociale ne passe que par les efforts du peuple, qu’elle n’arrivera jamais d’une réforme politique accordée dans un bureau officiel mais de la main de la solidarité entre tous, de la confiance dans l’avenir, d’une conception de l’Humanité comme un collectif d’intégration et non pas d’exclusion.

Pour finir, “à la française” on a chanté des chansons de l’époque, des découvertes pour les plus jeunes, des mémoires sonores pour les plus âgés. Une très belle façon de finir la séance.

  • Le meteque

  • Le poison et l’oiseau

Pour tout cela, Soledad Obispo nous a fait le plus beau cadeau… celui de nous retrouver avec le passé, de le regarder avec un sourire, de vouloir regarder le futur avec de l’espoir.

Merci beaucoup, professeur.

Aujourd’hui, on fait “la ronde”

La ronde nocturne, de Rembrandt

"La ronde nocturne", de Rembrandt

Ce fameux tableau, si obscure qu’il est, reflète l’atmosphère présente dans le récit “La Ronde” de Le Clézio. Sinistre, inquiétant, tragique, pleine d’une violence prévue,…

“La Ronde” fait partie d’une compilation de “faits divers” transformés en œuvre littéraire para “l’habileté” de Le Clézio.

D’après sa lecture il faut souligner l’importance du petit récit dans le panorama de la littérature actuelle.  C’est peut-être une autre manifestation de l’urgence des temps modernes, il est nécessaire d’admettre qu’il faut avoir du talent et maîtriser bien la langue pour condenser dans quelques pages une histoire complète et transmettre les aspects les plus importants de la psychologie des personnages, définir le rythme de l’action et même se permettre le luxe d’inclure un message tout au dessous de l’histoire. Tous ces aspects son présents chez « La ronde ». Si un avertissement sur la télé est, peut-être, le plus clair exemple de l’efficacité de la communication, concentrant en 20 secondes un message qui nous conduit à consommer le produit annoncé ou à tenir compte de l’idée transmise, l’exercice littéraire que Le Clézio développe dans ses « faits divers » satisfait par son efficience le lecteur avide de nouvelles sensations.

L’histoire est pleine du fatalisme dès le début du récit, suivant le modèle des tragédies classiques, comme c’est la thèse défendu par María Luisa Guerrero Alonso, de l’Université Complutense de Madrid. Le personnage principale est condamné d’abord par des forces mystérieuses qui le poursuivent tout le long de l’histoire comme si d’une course contre le temps s’agissait, mais dont la fin est bien décidé d’abord.

L’adolescence est une période de la vie où se profilent les principaux traits de la personnalité. Cette transition entre l’enfance et la maturité est un chemin plein de cailloux, difficile à marcher. Il faut seulement quelques expériences négatives, un caractère dépendant et un entourage inapproprié pour qu’un adolescent s’ engouffre dans un sentier d’autodestruction, compromettant son propre future.

Adolescence... de quoi?

Adolescence... de quoi?

C’est le cas de Martine, une fille faible, timide, qui dépend de son amie Titi, l’envers de la monnaie qui la traîne vers des activités interdites avec la seule aide de sa propre sûreté, un trait de la personnalité dont Martine manque. L’excuse : surpasser l’épreuve qu’ils se sont marquées, celle de voler le sac à main à une vieille femme qui, comme s’il faisait partie du scénario, attendrait dès la fin de l’histoire l’arrivée des jeunes.

En ce moment il y a un phénomène ¿culturel? relié a tous ces sentiments négatifs dont certains adolescents souffrent, appelé “EMO”. Ce sont de jeunes, garçons et filles, qui aiment s’habiller en noir, laisser tomber les cheveux dans son visage et dont la “philosophie” est la tristesse, le pessimisme, un existentialisme fataliste et autodestructeur. Récemment, la mort d’une adolescente a bouleversé la société britannique et a apporté plus publicité a cette vision marginal de la réalité.

Le rôle du reste de monde est réduit à la simple contemplation -« embusqués»- de l’action. Le lecteur même assiste aux événements avec un sentiment “voyeur” presque obscène, parfois complice, assumant la passivité réservée pour Le Clézio est qui coïncide avec la froideur qu’un lecteur d’un journal montre vers les petites tragédies enfermées chez les faits divers. Après ces tragédies, on lit les nouvelles sportives où la météo.

La maestria de Le Clézio se met en relief quand il développe le sujet principal du récit sans abandonner le style et l’ambiance d’un fait divers.

Dans la discussion suivant la lecture du texte, quelques membres de l’atelier ont trouvé quelques similitudes entre cette œuvre et d’autres romans espagnoles : « Tiempo de Silencio » de Luis Martín Santos, « El árbol de la Ciencia » de Pío Baroja et quelques autres appartenant à la courante littéraire appelée « Génération du 27 », un groupe d’écrivains qui, du moins au début de ce mouvement, n’aimaient pas  parler des sentiments ni refléter dans leurs livres aucune émotion. Quelqu’un d’autre a voulu voir des parallélismes quant à l’atmosphère générale du récit, avec « L’étranger » de Camus.

Il y a beaucoup de messages que l’on pourrait extraire à partir de la lecture de « La ronde » : le sentiment tragique de la vie, la fragilité des principes qui nous fait marcher jour à jour, la pluralité des mondes et des circonstances –une pour chaque être humain- et la nécessité d’éprouver des sentiments positifs pour se développer comme une personne équilibrée.

Ce dernier aspect nous lance vers notre prochain destin littéraire : l’histoire de l’échec scolaire que Daniel Pennac nous montre dans « Chagrin d’école ». Seulement de la main de la solidarité, de la générosité et de l’empathie avec les autres, on peut remonter un destin tragique établi par les expériences négatives vécues parfois chez l’enfance ou l’adolescence.

De Le Clézio à Pennac. Un très intéressant parcours littéraire, philosophique et didactique.

Pour en savoir plus

Prix Goncourt 2008: ATIQ RAHIMI « Un auteur inconnu » ?

Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008

Atiq Rahimi, prix Goncourt 2008

L’Atelier veut mettre en relief, à travers ces quelques mots, le talent de l’auteur de ce prix Goncourt qui appartiendrait à ceux qui sont « rares » et inconnus. Son premier roman écrit en langue française: « Syngué sabour. Pierre de patience »  a été celui sélectionné par le juré. C’est un recit en première personne de la profonde rébellion intérieure subie par une femme afghane contre la tyrannie des hommes et de son mari en particulier.

Voilà la response de l’auteur quand on lui a demandé par sa réaction auprès de la concession du prix.

Notre félicitations à cet écrivain pour sa personnalite charismatique.

Voici quelques extraits de L’Express où l’auteur parle de sa formation en France et de sa vie en dehors de son pays natal, L’Afghanistan.

…………..

En France, de quoi viviez-vous?

J’ai été hébergé dans un centre d’accueil pour réfugiés, dans l’Eure. Je me souviens de mon premier salaire, une allocation de 1200 francs, et du premier livre que j’ai acheté, L’Amant, de Marguerite Duras. J’ai étudié à Rouen, puis à la Sorbonne nouvelle, où j’ai passé un doctorat en sémiologie du cinéma. Je me suis lancé dans le documentaire, j’en ai réalisé sept – sur l’absinthe, les artistes de rue…

Quand êtes-vous retourné en Afghanistan?

En 2002, afin de réaliser un film pour Arte. Alors qu’à mon arrivée en France, je m’étais senti chez moi, pendant trois jours je ne suis pas parvenu à reconnaître mon pays. Je ne croyais pas à la réalité de cette ville détruite, à cette misère, cette violence. J’ai fait un livre de photos qui raconte ces retrouvailles. En 2004, le long-métrage que j’ai tiré de Terre et cendres a été primé au Festival de Cannes.

Et pour finir, un peu d’humour sur cette nouvelle.

Pour en savoir plus


Un début plein de promesses

Le début, la suite

Le début, la suite

Aujourd’hui l’atelier a repris son chemin. Toute une nouvelle année qui augure bien la suite. L’atelier a augmenté le nombre de ses membres: une nouvelle “artisan”, Isabel, qui apportera son point de vue et qui enrichira les débats que la lecture des différents livres que l’on a choisis pour cette année va sans doute provoquer. Isabel a gagné l’année dernière le concours de l’école  du « mot favori » avec son mot « coquelicot » , je vous renvoie à notre blog pour découvrir ce premier prix du département de français. Quel luxe!

Voici les titres des livres qui deviendront nos copains tout le long de ce parcours vers cet horizon qui nous attire, surtout par le vertige que la distance projette éclairant un chemin jamais promené, tout à fait vierge:

  • L’élégance du hérisson, de Muriel Barbery
  • “Chagrin D’école”, de Danile Pennac
  • “Il était une fois un vieux couple heureux”, de Kaïr Eddine
  • “Les carnets du major Thompson”, de Pierre Daninos
  • “Le rêve”, d’Émile Zola (On a inseré une page sur ce roman dans laquelle on peut écouter le livre ou le lire comme livre électronique).
  • Un sixième livre à choisir au fur et à mésure que l’année se déroulera.

On a parlé du prix Nobel. Une fois de plus une élection pas du tout absente de polémique: Le Clézio. Son esprit innovateur a été valorisé et reconnu par nous qui l’avons lu comme récreateur du roman en tant que figure littéraire. On a décidé de lire “La ronde” pour prendre du contact avec le style de Le Clézio.

L’importance des médias et des nouvelles technologies a occupée une partie de notre première rencontre et Inma nous a apporté un article du “Monde diplomatique”: “La machine a abrutir“, et qui illustre très bien ce phénomène social dont on ne peut s’en passer. Aussi avons-nous eu la chance d’avoir un autre texte très original apporté par Javier, c’est une fable moderne, écrite en espagnol: « El móvil de Hansel y Gretel » que l’on conseille de lire à tous ceux qui aiment la littérature en majuscule.

Entre gâteaux et entre beaucoup d’autres choses nous avons surtout célébré la joie de nous revoir et de pouvoir jouir du plaisir de la lecture partagée, et nous nous sommes donné rendez-vous pour vendredi 14 novembre.

Bonne lecture a tous et notre bienvenue aux nouveaux!

“Sans barrières”, un bon début

Sans barrières

Sans barrières

Le groupe de l’atelier félicite très sincèrement un de nos membres et participants, professeur de biologie au Lycée « Alpajés (Aranjuez) , et créateur et chroniste de notre « blogue » de luxe,  JAVIER MEDINA, pour le PREMIER PRIX NATIONAL obtenu pour son PROJET D’INNOVATION PÉDAGOGIQUE intitulé « Sans barrières ».
Ce prix est décerné par le FORUM D’EXPERIENCES PÉDAGOGIQUES DE LA FONDATION « Rencontre » = « Encuentro ».
De ce travail présenté le Jury met en relief son intégration dans la méthode de l’enseignement systématisé, son développement technique et l’usage des nouvelles technologies comme outil et non pas simplement comme but. Selon le même Jury le travail offre une planification organisée de l’activité pédagogique basée sur un modèle « d’élèves chercheurs »

NOS SINCÈRES FELICITATION DE TOUS pour Javier.