2011, une année “blogueuse”

Les lutins statisticiens chez WordPress.com ont préparé un rapport annuel 2011 pour notre blogue. Nous, les membres de l’Atelier de Littérature Française, vous remercions de vos visites et vous encourageons à continuer à partager avec nous cette aventure littéraire, ce pont interculturel à travers les lectures. Pour un 2012 littéraire.

Voici un extrait:

La salle de concert de l’Opéra de Sydney contient 2 700 personnes. Ce blog a été visité environ 14 000 fois en 2011. Si c’était un concert à l’Opéra de Sydney, il faudrait environ 5 représentations à guichets fermés pour pour qu’autant de personnes le voient.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Vers le futur

Joyeux Noël

Joyeux Noël

L’Atelier de Littérature Française veut vous remercier de votre fidélité avec notre blog et vous souhaiter un Joyeux Noël et un 2012 plein de littérature.

Nous vous laissons une collection de petits moments littéraires qui laissent trace de ce que l’année 2011 nous a permis de vivre et de partager avec tous les visiteurs et lecteurs du blog.

Avec nos meilleurs et grands vœux pour ce nouvel an 2012 qu’il soit rempli de ces mots en grandes lettres : Liberté d’expression, Consensus, Dialogue, Éducation, Respect, Optimisme, Droits, Émotions, Illusions, Paix, Science, Culture, Littérature, Amitié … Que l’on puisse bannir de notre horizon tout ce qui est la « cécité » de ceux qui ne veulent pas voir au-delà de leurs nombrils, la surdité de ceux qui ne veulent entendre qu’eux-mêmes, la paralysie de ceux qui croient que le meilleur chemin est déjà parcouru, le mutisme de ceux qui refusent le dialogue, l’amnésie de ceux qui préfèrent  ignorer le grand travail bâti  pour  la construction de notre présent , la faiblesse de celui qui n’est plus capable de tendre les bras…

Pour tout cela nous portons un toast car nous croyons toujours  et fermement qu’un autre monde est encore possible, il suffit de recommencer à le construire…

Un écrivain en déroute

Jorge Semprún

Jorge Semprun

44904. C’est le numéro que Jorge Semprún portait marqué dans son corps après avoir passé par le camp de Buchenwald. Il est difficile de tourner la page quand la mémoire est chaque jour frappée par un souvenir pareil.

Jean Daniel, le fondateur du “Nouvel Observateur” définit Semprún comme

“un romancier qui a fait de la déportation son univers et de ses héros des personnages qui lui ressemblent tous comme des frères et qui sont tous ou des révolutionnaires ou des déportés.”

Et c’est comme ça que l’on doit lire Semprún, comme un témoignage vivant, personnel, éternel, au-delà même de la simple existence. On a souvent reconnu l’immortalité littéraire des écrivains. Lire Semprún va nous rappeler pour toujours  l’injustice de la guerre, la folie des êtres humains lors de l’exercice sans contrôle du pouvoir, la tentation de dominer les autres… et aussi la solitude des penseurs, la grande difficulté d’être prophète chez soi, l’invisibilité portée par l’oubli.

L’Atelier fait son particulière reconnaissance à cet écrivain peu connu du grand public espagnol et même des élites intellectuelles et a réalisé ces jours-ci la lecture commentée de son livre Adieu, vive clarté. Ce n’est pas une question de profiter de l’actualité après le décès de Semprún, c’était plutôt la coïncidence qui a voulu que nous soyons en train de lire l’un des ses œuvres les plus représentatives.

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Lettres indignées

Indignez vous!

Indignez vous! À la rencontre d'une nouvelle société

L’invitation à “l’indignation” de Stéphane Hessel lors de son manifeste représente une incision morale dans notre conscience collective qui n’arrive pas à être une vraie chirurgie mais qui, du moins, a la valeur d’avoir été “thérapeutique”.  En effet, le texte présenté sous ce titre  reflet un profond sentiment d’une grande partie de la population mondiale.

Comment peut-on expliquer, sinon, le succès d’une si petite oeuvre qui n’ajoute presque rien de nouveau à la pensée humaine, qui n’ouvre pas de nouveaux chemins à l’action?

C’est justement ça, la brièveté du livre exprime, avec les mots justes, un cri partagé de tous pour exiger aux pouvoirs publics un comportement “digne”, à la hauteur des avances espérés d’une ‘Humanité qui marche vers son XXIIème siècle d’histoire.

Mais ce cri silencieux nous rappelle aussi que nous, citoyens, nous avons la possibilité de dessiner notre futur comme société. Nous qui restions confortablement assis sur le fauteuil de notre inactivité, de notre pensée unique, de notre action déléguée, nous pouvons -nous devons- faire face aux problèmes politiques et sociaux et, suivant les anciens slogans du Mai68, “prendre la rue”.  C’est cela ou devenir complices des malheurs de notre sociéte´.

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Delacroix, un peintre littéraire

Le 2 décembre dernier, les membres de l’Atelier et des élèves de l’EOI d’Aranjuez sont allés visiter l’Exposition sur Delacroix à Caixaforum, à Madrid.  C’est une des plus complètes compilations de l’oeuvre de ce grand peintre, chroniqueur de son époque et figure principale du romantisme à  la peinture.

Autoportrait de Delacroix
Autoportrait de Delacroix

Voici l’un des plus fameux autoportraits de l’artiste “qui aimait bien les gilets” . On dirait qu’il nous fait penser à quelqu’un de connu… ou peut-être d’inconnu ?

Dans notre parcours silencieux par l’Exposition nous nous sommes bien délectés de ses très belles peintures, fraîches et somptueuses qui nous ont fait penser à ce périple biographique de l’artiste et que nous voulons bien laisser écrit dans ces pages…

Mais avant l’inventaire des mots nous savions que :

Delacroix a toujours aimé s’entourer des amis musiciens et poètes, ses amis « notables étaient du côté littéraire : Victor Hugo, Alexandre Dumas ou bien Baudelaire, du côté musicien : Paganini, Chopin et Shubert. Et malgré ses amitiés de préférence, littéraires, après sa mort des peintres contemporains lui ont rendu hommage.

Nous savons aussi qu’il aurait préféré devenir écrivain, mais il était peintre, qu’il aurait voulu être affiché dans la catégorie « Classique » mais il était un grand représentant du mouvement d’avant-garde, qu’il aurait préféré être conservateur et pourtant il est devenu un révolutionnaire, qu’il aurait bien voulu être Anglais ou Italien mais il était Français , que dans son œuvre il aurait prédominé les traces de la représentation de la violence et de la liberté des couleurs, mais il a été toujours un grand romantique.

Et pourtant nous devrons garder de lui l’image de quelqu’un de pas conformiste, toujours à la recherche de ce constant esprit anticonformiste plastique et thématique.

Et pour mieux comprendre et pour ne pas oublier nos souvenirs voici ces morceaux autobiographiques qui vont mettre en relief le souvenir de notre visite, cet après-midi-là, à Madrid, un vendredi d’un mois de décembre de l’année 2011.

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La maison des livres

Bibliothèque d'Alexandrie

Bibliothèque d'Alexandrie. Fondée par Ptolémée Ier Sôter au début du III e siècle av. J.-C., la bibliothèque d'Alexandrie, en Égypte, rassemblait la plus grande collection de livres antiques. Elle a été dévastée à plusieurs reprises à partir de 47 av. J.-C., avant d'être complètement détruite en 640. La pratique consistant à copier les textes qui y étaient conservés et d'en diffuser des copies dans les bibliothèques du monde entier a toutefois permis de sauver le contenu de nombreux ouvrages. (Image: The Betmann Archive)

Parmi les nouvelles de ce 25 novembre 2011, nous voudrions souligner une qui a une spéciale importance pour tous ceux qui habitons sous l’ombre accueillante des livres. En Espagne on a célébré pour la première fois “la  Journée Nationale  des librairies”.

C’est vrai que chaque année, le 23 avril, la Journée Mondiale du Livre trouve son lieu chez le calendrier. Une célébration qui trouve son origine en Catalogne (Espagne) où il est traditionnel d’offrir une rose pour l’achat d’un livre. Cette journée consacrée par l’UNESCO en 1995, rend hommage au livre et à ses auteurs,  prenant comme excuse la mort, le 23 avril 1616 de grandes figures littéraires comme Cervantes, Shakespeare et Garcilaso de la Vega dit l’Inca.

Mais il manquait encore le jour pour remercier les librairies de garder soigneusement la mémoire collective de tous, protegée à l’abri des étagères de leurs établissements. Dans cet article nous voudrons rendre hommage à deux institutions qui partagent beaucoup de leurs objectifs, différentes mais complémentaires, postes au secours de la culture, phares intemporels qui plongent leurs profondes racines dans le terrain commun de l’histoire de l’Humanité, de leurs envies de connaître: les bibliothèques et les librairies.

La crise économique signifie, en Espagne, une réduction des ventes des livres d’un 7% par rapport aux chiffres de l’année 2010. Mais, sans doute la lecture est en train de souffrir une révolution de la main de la parution du livre électronique, des supports digitaux de lecture. Aussi en Espagne, ces éditions électroniques ont réprésenté en 2010,  780 millions d’euros, un 6,3% de plus qu’en 2009.

La Cuesta del Moyano

La "Cuesta del Moyano", à Madrid

Loin de nous, les membres de l’Atelier, de nous prononcer contre le progrès et contre l’application de ces avances pour la promotion de la culture. Mais on veut souligner la vision romantique que l’on voudrait aussi protéger, des anciennes librairies. À Madrid, par exemple, c’est obligé de se promener dans la “Cuesta de El Moyano“, tout près du jardin du Retiro, et d’essayer d’y trouver ce livre désiré, perdu ou un ancien livre au prix le plus bas possible. Mais il y en a beaucoup d’autres à Madrid et partout en Espagne et dans le monde.

Ces librairies sont, dans une certaine façon, un autre type de bibliothèques. La question économique n’a pas lieu quand il s’agit de trouver CE livre chéri, désiré. Au contraire, le mot “bibliothèque” a souvent quelques connotations d’inaccessibilité qui l’éloigne un peu des lecteurs.

Pour nous, toutes ces institutions sont des “maisons des livres“, des “librairies”, le mot que nous aimons le mieux.

Quelle était la plus ancienne librairie de l’histoire, dans le sens plus général du mot? La plus fameuse, sans doute, la bibliothèque  d’Alexandrie, détruite 5 ou 6 fois: la première durant l’entrée de Jules César à Alexandrie (48 av. J.-C.) quand  César a fait incendier la flotte amarrée dans le port et l’incendie s’est propagé à la Bibliothèque signifiant la destruction de 40 000 et 400 000 rouleaux; la dernière, en 642 par le général ’Amr Ibn al-’As, sur l’ordre du calife Omar Ier qui, selon la légende, a ordonné la destruction de tous les livres, les utilisant pour chauffer les bains publics pendant six mois, car

« Si tous ces livres sont conformes au Coran, ils sont inutiles, il faut les détruire. S’ils ne sont pas conformes, ils sont dangereux, il faut les détruire».

On retournera un peu plus avant sur ce sujet de la peur des livres.

Tablete de Gilgamesh

Tablette du Déluge de l’épopée de Gilgamesh

D”autres anciennes librairies-bibliothèques  sont celles d’Ougarit (s XIII a.C.) en Syrie et celle d’Ussurbanipal (s VII a.C.). Le chercheur Fernando  Báez a écrit l’“Historia Universal de la Destrucción de los Libros” (Histoire Universelle de la Destruction des Livres”) qui nous raconte les plus importants épisodes historiques où la folie humaine s’est projetée sur les livres.

Retournant à l’actualité, peut-être les plus anciennes librairies encore actives sont la librairie Bertrand de Chiado à Lisbonne, fondée en 1732, la librairie  Lello , à Porto, considérée la plus belle librairie de l’Europe et tant d’autres.

Librairie Moya

Librairie Moya, à la rue Carretas, à Madrid

À Madrid, la librairie considérée la plus ancienne est celle de Nicolás Moya, créée en 1862, la première spécialisée en livres de médecine et dans laquelle de prestigieux médecins ont célébré des “tertulias” littéraires et scientifiques, dirigées par Federico Oloriz, comme par exemple Ramón y Cajal, entre autres.

Sur ce lien  et sur les vidéos vous trouverez les plus surprenantes librairies-bibliothèques plus belles du monde:

L’aventure de lire est souvent accompagnée de celle de trouver le livre écrit en exclusif pour nous, le livre de notre vie.

Dans l’histoire les mouvements fondamentalistes et totalitaristes ont toujours trouvés les livres comme dangereux. Nous venons de refléter dans les pages du blog la situation du livre posthume de Mohamed Leftah, “Le nouveau combat du captain Ni’Mat”,  qui a été interdit -en secret- d’être vendu au Maroc.

Faisons ici une évocation pour nos mémoires, un  petit extrait de ce film Fahrenheit 451, nous expose une catastrophique vision de la culture et comment les livres devraient être détruits pour contrôler la société.


Il faut récupérer le plaisir de la lecture et la figure du libraire, conseiller de l’esprit nous approchants des lectures souhaitées, nous découvrant les nouveaux mondes cachés dans les pages des livres.

Comme souligne l’écrivain espagnol Gustavo Martín Garzo:

“Lire, c’est asseoir dans le monde une vérite appartenant à l’âme »

Il faut retourner aux maisons des livres, notre maison.

Pour en savoir plus

La critique littéraire, contre les cordes

La critique littéraire, envoyée dans les cordes

http://homepage.mac.com/uriarte/manchas.html

Les traces invisibles

KaftanUn caftan rouge nous a emmenés avec enthousiasme à la seconde lecture prévue pour cette séance de l’Atelier de ce 18  novembre 2011.  Un autre de “nos écrivains admirés”, El Mostafa El Bouignane nous a offert un très joli récit, un grand hommage à la mémoire, une manifestation de justice faisant  face à l’oubli imposé par le temps.

Touria la Musulmane” nous raconte l’histoire d’une femme juive convertie à l’Islam et les traces invisibles qu’elle a laissé chez le protagoniste, un des enfants de cette histoire émouvante, très apprécié de cette femme discrète. Il est maintenant un jeune homme quand il se souvient de ce passage de sa vie d’enfance.

Écoutons un peu de l’histoire, lue par les membres de l’Atelier:

Le récit se fait échos du premier livre de l’auteur, “La Porte de la Chance” que nous avons aussi lu. Quelqu’un d’entre nous a même dit que ce récit pourrait parfaitement avoir été un des chapitres de ce livre. Mais, en ce cas, la tendresse de cette histoire pourrait avoir passé inaperçue, voilà pourquoi il méritait un bon récit à part.

Nous avons remémoré cette histoire et parcouru des endroits partagés par tous, essayant de retrouver dans nos mémoires les échos des personnes qui nous ont touchés de près, qui nous ont transmis une affection spéciale: une voisine, une institutrice, la mère d’un/e ami/e … des femmes anonymes mais sans lesquelles nous ne serions pas ce que nous sommes aujourd’hui. Ce sont des héroïnes quotidiennes, qui font partie de nos  “paysages personnels”. Paysages invisibles, oubliés de tous, toujours présentes.

Il nous est venu à la mémoire un des personnages du film “Les Choristes”, ce surveillant qui a marqué la vie des internes de l’institution  “Le Fond de l’Étang”, mais qui est demeuré dans l’oubli de tous, sauf dans la vie d’un petit enfant qui trouvera en lui le père qu’il n’avait jamais eu. À la mort de ce surveillant, si anonyme comme notre “Touria”, l’enfant, devenu adulte, rencontrera un autre ancien élève de cette institution et il le fera réapparaître dans sa mémoire à travers la lecture du journal intime de cet homme , juste le jour où il reçoit le plus grands des applaudissements pour son travail de chef d’orchestre. En fait, ce surveillant lui avait fait découvrir sa passion pour la musique.

Cet exercice de mémoire collective est présente aussi sur le récit. De la main de l’histoire nous avons un peu visité ces endroits presque mythiques dans l’actualité qui sont “les quartiers juifs” des anciennes Medinas, ces “Mellah” où se trouvaient les fours publics pour y faire cuire le pain.  Certains d’entre nous ont connu aussi cette ancienne habitude dans leurs petites villes ou villages espagnols. Ce souvenir d’une vie quotidienne disparue nous a fait nous rappeler l’ambiance de ces après-midi en hiver où la pâtisserie et la cuisine remplissaient le temps et faisaient plus supportable le froid.

Nous avons aussi mentionné avec une spéciale tendresse ces types de femmes “rondes et blanches” décrites par l’auteur et la chaleur accueillante qu’elles ont pu laisser dans notre imaginaire enfantin, elles représenteraient la mère de tous, la grand-mère universelle, la tante attendue, la présence humaine hors du temps et des clichés établis, le triomphe de la bonté sur la beauté.

La solitude de la tombe de Touria n’arrive pas à couvrir de tristesse ces traces invisibles qui ont fait jaillir de la lecture de ce récit un sourire pour une parfaite clôture de cet après-midi-soir d’automne.

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Deux récits

Mohamed Leftah, une liberté incommode

Mohamed Leftah, une liberté qui incommode

Une table vide. La pluie qui commence à frapper, impatiente, contre les vitres. Des pas qui avancent dans le couloir. C’est vendredi, il est 17h de l’après-midi et tout est prêt pour une nouvelle séance de l’Atelier.

Dans cette occasion nous devions commencer par une triste nouvelle. Les événements marquent notre chemin. Nous venons de connaître l’interdiction non déclarée contre le livre posthume de l’écrivain Mohamed Leftah: “Le dernier combat du captain Ni’Mat”, un livre qui a reçu très récemment, en octobre 2011, le grand et prestigieux Prix Littéraire de la Mamounia, au Maroc.

Pourquoi, cette interdiction? Si jamais une raison eût-elle servi comme excuse pour bâillonner les bouches, quelle aurait pu bien être cette excuse? (Abdellah Baïda nous présente, lors d’un récent entretien, une possible explication)

Une action plus critiquable car l’écrivain ne peut pas se défendre lui même ni faire défense des valeurs de son oeuvre car n’oublions pas que Mohamed Leftah nous a quittés en juillet 2008.

La liberté d’expression est une valeur toujours en risque. L’intolérance des oppresseurs veut assourdir les voix dissonantes:  incapables d’opposer des arguments valables ils utilisent la force pour réprimer la puissance de la vérité et de la justice.

Une situation qui n’appartient pas seulement au Maroc. En Espagne, par exemple, ce sont nombreux les cas des Proviseurs et des professeurs qui ont été punis pour avoir essayé d’expliquer aux parents d’élèves le harcèlement que l’enseignement public souffre actuellement à cause de l”application, dans la Communauté de Madrid, d’une dure politique de réductions économiques et humaines menées par l’Administration. Le dernier cas, celui d’un Proviseur dont la punition peut arriver à six ans sans salaire et déplacement de son lieu de travail. On interdit aussi de visiter les endroits publics habillés avec le tee-shirt vert, confectionnés pour l’occasion, la couleur qui représente la lutte pour une éducation publique de qualité (voir la vidéo o lire les nouvelles apparues en presse: 1, 2, 3, 4)

Mais il faut risquer pour défendre cette liberté d’expression. Les citoyens marocains l’ont bien compris et ils sont en train de signer le manifeste qu’Abdellatif Laâbi a affiché sur Internet. Nous, les membres de l’Atelier, citoyens du monde, aimants de la liberté et de la culture et littérature marocaine, nous avons aussi signé et nous vous demandons de faire la même chose.

(Par rapport à la situation à Madrid, vous pouvez aussi signer un manifeste contre la punition référée qui est affiché sur cette adresse web)

Passer la page

Après, nous avons tourné la page et révisé les nouvelles culturelles de notre entourage:

Et à continuation on a abordé la lecture et le commentaire de notre premier récit: “Vous entendrez de mes nouvelles” de notre cher Abdellah Baïda.

Voici les premières lignes lues par les membres de l’Atelier:

D’un style direct, moderne, l’auteur sous l’apparence d’un récit à propos innocent, court, de la longueur d’un conte, va dégainer une critique acérée, pleine de morale , contre les “intélos”, les “cultivés officiaux” . Le protagoniste devient l’archétype de ces individus qui, arrivés à une certaine hauteur dans l’échelle sociale, déguisent leur manque de talent sous une patine de mépris envers leurs subordonnés. Dictateurs quotidiennes, ils ont inventé une catégorie moderne de torture nommée “Harcèlement de travail”.

Art, de Yasmine Rezza

Art, de Yasmina Rezza

Mais la critique qu’A. Baïda déploie dans son texte arrive plus loin. Entre lignes il rejette les discours vides, la “culture officialisée”, le néant sous le supposé nom appellatif d’art, une situation qui nous a fait faire un saut dans le souvenir de la pièce “Art”, de Yasmine Rezza, et ce tableau géant, tout peint en blanc sauf les fins lisierés blanches qui l’encadrent, acheté par la somme de 200 000 francs.

Revenant au texte d’A. Baïda, il montre bien sa solidarité avec ses contemporains Fouad Laroui et le même Mohamed Leftah, prenant le rôle de ceux qui les ont critiqués et se moquant de leurs arguments.

Pour finir, la justice/vengeance -mannipulée avec maîtrise par l’écrivain à la manière d’une marionnette- va venir de la main de la secrétaire, la femme annulée par le bureaucrate, qui, comme les morales des contes le veulent, va prononcer le dernier mot, celui qui donne le sens au récit entier.

En résumé, un chant à la prudence, à la vraie culture, au respect envers les autres… Un joli jeu des suggestions, des mots bien choisis, à peine dessinés, pour laisser passer l’intelligente plume de l’auteur.

“Suivez mes consignes”, car autrement, “vous entendrez de mes nouvelles”.

Pour en savoir plus

À la mémoire d’Edmond Amran El Maleh (Safi 30 mars 1917 – Rabat 15 novembre 2010)

L'Atelier veut rendre un petit hommage à notre cher écrivain, éleveur des mots

L'Atelier veut rendre un petit hommage à notre cher écrivain, éleveur des mots

Les écrivains sont vraiment des personnes privilégiées. Ils jouissent de la fortune de l’immortalité, celle que la mémoire de leurs lecteurs leur concède.

Souvent une espèce de complicité, de liaison invisible jaillit entre les « éleveurs des mots » et les « consommateurs des émotions » qui lisent  leurs œuvres.

Et cette liaison continue au-delà même de l’essence matérielle des créateurs lorsque celle-ci  est finie, suivant la dérive naturelle de tous les êtres humains.

Rien ne change alors entre cette amitié, tressée en temps d’intimité,  surgie de ce monologue à deux qui croise sans cesse les pages d’un livre ouvert.

Ou peut-être oui, quelque chose arrive lors de cette disparition, car à partir de ce moment, les lecteurs, tous les lecteurs, deviennent les gardiens de cette mémoire, amplificateurs de ces mots orphelins.

C’est le cas d’Edmond Amran El Maleh qui, un autre quinze novembre, remplit sa valise de ses plus chers vécus et partit, nous laissant ses pensées, ses idées, sa mémoire, son regard, son art littéraire.

L’Atelier voudrait , une année après, lui rendre un petit hommage et profiter de cette occasion pour remémorer sa figure, et ainsi marcher et faire un nouveau petit pas de sa  main sur son « Parcours immobile » récréé et offert pour nous tous.

À toujours, Edmond.

(…) qu’il caressait  secrètement plaisir solitaire éleveur de mots c’est ça il l’avait consigné dans son cahier d’écolier de cette écriture qu’il avait toujours détéstée qui avait ce goût de l’échec :  Le beau plumier la gomme le porte-plume des plumes sergent-major le taille-crayon des crayons de couleur le tablier noir l’ardoise et l’odeur de craie, cet équipement merveilleux retombait en objets sans vie un seul jour de classe puis l’asthme l’avait de nouveau confiné dans sa chambre, retranché du monde des autres enfants : il se souvenait ils venaient d’habiter la nouvelle maison Dar El Ghali une superbe maison à deux étages à Trab Sini, en dehors de la médine l’école française était juste  à côté il n’était pas question qu’il aille à l’école de l’Alliance israélite le directeur ami de la famille avait fait la faveur de l’admettre un seul jour et elle s’était refermée devant lui il se souvenait vaguement il devait y avoir une fête de fin d’année par gentillesse on lui avait permis quand même d’y participer « Papillon de nuit veux-tu te marier ? sa mère sa tante lui avaient fabriqué des ailes bleues ajustées sur le dos une espèce de gilet en soie le corps du papillon  une petite fille devait lui adresser cette demande en mariage un gilet de soie sur la peau ! (pag 53,54)
« Parcours Immobile » Edmond Amran El Maleh
 
 

Colloque sur Edmond Amran El Maleh
Prochaine rendez-vous avec Edmond, à MEKNES pour un Colloque : Edmond Amran El Maleh: Art, culture et écriture (Faculté des lettres de Meknès, 1 et 2 décembre 2011)
Cycle de conférences de la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc

Cycle de conférences de la Bibliothèque Nationale du Royaume du Maroc

Peur des mots

Mots dangereux ou conscience intranquile?

Mots dangereux ou conscience intranquile?

Nous, lecteurs de l’Atelier, nous venons de connaître l’interdiction de distribuer au Maroc le livre posthume de Mohamed Leftah, ”Le Dernier combat du captain Ni’Mat”, denoncée par l’écrivain et poète marocain Abdellatif Laâbi.

En conséquence, une pétition a été lancée par Laâbi, signée déjà par plus de 100 personnes au Maroc.

Ce n’est pas une interdiction clairement explicitée mais, comme on souligne dans l’article paru sur Lesoir:

Seule information sûre : celle du retour des exemplaires commandés par le distributeur Sochepress à Volumen, distributeur des Éditions de La Différence. « Quelques mois après la sortie du livre en janvier 2011, Sochepress a commandé 250 exemplaires, ils ont été retournés », précise la directrice des Éditions de La Différence. Aucun écrit ne leur a été envoyé pour motiver ce retour. Contacté par Le Soir échos, un responsable au département Livres se contente de répondre : « Je n’ai pas d’informations à vous communiquer à ce propos ». Même si elle n’est pas officiellement clamée, l’interdiction de ce livre existe bel et bien selon la majorité des libraires marocains. « Les demandes d’éclaircissement adressées à ce sujet par nombre d’organes de presse au ministre de la Communication sont restées lettre morte. La conclusion qui s’impose est que nous avons bel et bien affaire à une mesure d’interdiction », écrit Abdelatif Laâbi dans son texte de la pétition.

Donne la liberté aux mots, signe pour "le dernier combat"

Donnez la liberté aux mots, signez pour "le dernier combat"

C’est sans doute une agression à la liberté d’expression, la vraie matière de l’humanité et de la littérature. Nous vous proposons de signer cette pétition et aussi de diffuser cette demande sur l’Internet. Pour faire ça vous devrez envoyer vos mots d’adhésion en envoyant un mel  (en précisant « Pétition Leftah« )  à l’adresse: pacte@culturetoute.net

À ce propos, nous avons créé un hashtag sur Twitter pour faire référence et recueillir toutes ces manifestations d’adhésion à cette proposition: #derniercombat

Ajoutez ce hashtag à votre demande sur Twitter.

Nouveauté

  • Treize exemplaires du Dernier combat du captain Ni’mat de Mohamed Leftah sont chez deux libraires au Maroc. Les livres ont finalement été importés mais la vente reste interdite. Les détails, ici.
  • L’Atelier de Littérature a ajouté le livre de Leftah à la liste des lectures à commenter pour cette année 2012, comme une manifestation de solidarité et de compromis avec la liberté d’expression.

 

Petit résumé du livre (d’après le site ‘Fnac)

Le captain Ni’mat, réserviste de l’armée égyptienne qui a souffert la défaite devant les Israéliens en 1967 et a participé à l’expédition au Yemen, se retrouve vieillissant et désœuvré à passer ses journées en des discussions oiseuses dans un luxueux club privé du Caire avec d’anciens compagnons. Devant leurs yeux s’ébattent dans la piscine de jeunes adolescents qui fendent l’eau.
Une nuit, le captain Ni’mat fait un rêve magnifique et glaçant : il voit la beauté à l’état pur sous la forme de son jeune domestique nubien. Éveillé par les images fulgurantes qui ont interrompu son sommeil, il se glisse dans la nuit jusqu’à la cabane où dort nu le jeune nubien. Il le découvre abandonné et somptueux. Cette vision trouble si profondément le captain Ni’mat que sa vie en est brusquement modifiée. Dans l’opulente maison où s’écoulent des jours monotones avec son épouse, il vit, en cachette, la bouleversante découverte de l’amour physique que lui procure le jeune homme. Cette passion interdite dans un pays où sévit chaque jour davantage l’intégrisme religieux va le conduire au sommet du bonheur et à la déchéance. 
Sur l’auteur
Né à Settat, au Maroc, en 1946, Mohamed Leftah fait ses études à Casablanca, puis s’oriente vers une carrière scientifique. Il atterrit à Paris dans une école d’ingénieurs en travaux publics. En 1968, au milieu des événements qui secouent la capitale, il écrit des poèmes… et s’enivre. En 1972, il revient au Maroc, se forme à l’informatique, devient informaticien puis journaliste littéraire au Matin du Sahara et au Temps du Maroc. À partir des années 90, il écrit dans la fièvre. En 1992, après la parution de Demoiselles de Numidie aux Éditions de l’Aube, il renonce à éditer ses textes jusqu’à ce que Salim Jay l’introduise auprès des Éditions de la Différence, qui éditeront l’ensemble – considérable – de son œuvre inédite. Mohamed Leftah est mort au Caire, où il résidait depuis 2000, le 20 juillet 2008.

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