Rencontres

Un simple banc, la maison d'une amitié de roman

Un simple banc, la maison d'une amitié de roman

C’est vendredi. Et comme beaucoup d’autres vendredis, nous, les participants de l’Atelier de Littérature, avons la chance de nous retrouver autour d’un livre pour le commenter. On a beaucoup parlé et écrit sur l’importance de la lecture pour nous rencontrer nous-mêmes, pour rechercher dans notre âme nos vraies pensées et sentiments guidés par un bon roman. Mais, souvent on ne fait pas allusion à la merveilleuse expérience de partager ces découvertes avec les autres que, de même que nous, ont réfléchi autour du même livre. Cette expérience a été montrée à cette séance de l’Atelier. Le livre « La petite fille de Monsieur-Linh » nous a permis d’échanger surtout de sentiments entre tous ses lecteurs et vraiment arriver à enrichir l’expérience individuelle de la lecture avec ces visions individuelles qui ont finalement construit un puzzle partagé qui nous approche beaucoup plus de l’essence de ce merveilleux conte.

La petite filleCar, « La petite fille… » (ou « La petite-fille… », on verra après) est surtout un conte. Comme dans la plupart des contes, ni le temps ni l’endroit où l’action se passe, sont bien dessinés par la simple raison qu’ils ne sont que des excuses pour nous montrer les personnages principaux dans un scénario concret.
Philippe Claudel a déjà visité notre Atelier. On a lu « Les âmes grises » l’année dernière et quelques uns d’entre nous avons vu le film « Il y a longtemps que je t’aime » inspiré du roman du même titre. On a voulu trouver des ressemblances entre « Les âmes grises » et « La petite fille… » pour essayer de comprendre un peu la vision de la vie de Claudel. Mais comme les grands écrivains, il se résiste à être classé et il devient «caméléonesque». On a trouvé, dans la grande différence entre les deux œuvres, un élément commun : Claudel est un peintre aussi bien qu’un écrivain. Doté d’un style décontracté, facile à lire, pas du tout surchargé et presque minimaliste, il arrive à nous montrer des images clairement dessinées avec ses mots, un monde entièrement sensoriel.

AUTEUR_Philippe-Claudel

Philippe Claudel

Écrire pour Philippe Claudel est « sa respiration » comme il nous révèle dans un entretien :
« Mon univers, je n’arrive à le définir qu’á travers les livres. Quand j’écris, je ne me pose jamais la question de ce que je suis, de ce que je fais. J’ai simplement envie de raconter des histoires que j’ai en moi de façon profonde et urgente. Des histoires cohérentes en rapport à cet univers qui est en moi. Mes livres n’obéissent pas à des pensées précises. »

Prenons quelques exemples soulignés pour quelques uns d’entre nous :

  • raicesLe soleil perce les nuages. Ce qui n’empêche pas le ciel demeurer gris, mais d’un gris qui s’ouvre sur des trouées blanches, à des hauteurs vertigineuses. La fumée de Monsieur Bark semble vouloir rejoindre le ciel.
  • Il prend les deux paquets de cigarettes, d’une marque qu’il n’aime pas d’ailleurs, qu’il ne fume jamais parce qu’elles ont une odeur mentholée qu’il ne supporte pas. Mais cela n’a aucune importance. Il regarde les paquets, regarde le vieil homme en face de lui. Il aurait presque envie soudain de le serrer dans ses bras.
  • Parfois un peu de la fumée de sa cigarette atteint les narines du vieil homme ; et il se surprend à respirer cette fumée, à la faire entrer le plus possible en lui. Ce n’est pas vraiment que la fumée soit agréable, celle des cigarettes des hommes du dortoir est affreuse, mais celle-ci est différente, elle a une bonne odeur, un parfum, le premier que le pays nouveau lui donne, et ce parfum lui rappelle celui des pipes que les hommes du village allument le soir, assis au bord des maisons, tandis que les enfants infatigables jouent dans la rue, et que les femmes en chantant tressent les bambous.
  • Ce que sent le vieil homme, c’est que le ton de la voix de Monsieur Bark indique la tristesse, une mélancolie profonde, une sorte de blessure que la voix souligne, qu’elle accompagne au-delà des mots et du langage, quelque chose qui la traverse comme la sève traverse l’arbre sans qu’on la voie.

Les sentiments, avant tout, et aussi l’absolue absence de nécessite de connaître trop de détails sur les personnages, sur leur histoire…  Rien que les personnages et les personnes.

Juan a fait une recherche pour établir l’origine de Monsieur Linh. Prenant la seule référence géographique présente dans le livre – « La rivière des Douleurs »- il l’a trouvée au Viêt-nam, sous le nom de Bên Sông dau. Voici quelques photos de cet endroit fait pour rêver, impossible d’oublier si jamais on a vécu là bas.

Dans ce roman Philippe Claudel joue avec ces détails, il les laisse pousser tout le long de l’histoire comme les traces d’un chemin que l’on ne peut diviser qu’en prenant une distance suffisante… celle qui nous apporte l’arrivée aux dernières pages du livre. Soudain, tout est clair, le mystère révélé, le miroir cassé nous laisse contempler l’intérieur et alors c’est le tour des détails.

Le lecteur voudra faire une marche en arrière pour retrouver ces traces et il se surprend lui-même de ne pas avoir vu le sentier clairement dessiné du début : le médecin révisant la santé de la petite fille, l’appellatif de « Sans Dieu » que trompeusement Monsieur Bark donne à la petite fille, la robe offerte comme cadeau pour elle par Monsieur Bark, l’infinie patience de la fille… et la cantilène constamment présente avec laquelle Monsieur Linh berce sa petite fille :

Toujours il y a le matin
Toujours revient la lumière
Toujours il y un lendemain
Un jour c’est toi qui seras mère

On a essayé de choisir des mots pour résumer l’esprit du livre. Ceux-ci ont été prononcés : espoir, amitié, tendresse, tristesse, parabole, échange, intimité, déracinement… Il y a autant de sentiments dans ces pages !

Un roman de personnages et une spectatrice qui accompagne les deux protagonistes sans rien dire, sans rien manquer mais qui deviendra le personnage principal à la fin de l’histoire : la petite fille.

C’est un lieu commun celui de dire que « les égaux s’attirent ». Ce n’est pas le cas. Monsieur Linh et Monsieur Bark sont tellement opposés qu’ils sont condamnés à se comprendre, à se mêler, à fusionner ses âmes, créant une seule créature. Ils sont des esprits complémentaires. L’un d’eux, Monsieur Bark, fort, vitale, grand… L’autre, Monsieur Linh, fragile, petit, « un hérisson », calme, portant toujours la paix dans son silence.
Le lien entre eux : la solitude comme seul foyer. Les deux sont des survivants des tragédies de la vie. Monsieur Linh a vu mourir toute sa famille ; Monsieur Bark, lui aussi, a perdu sa femme et il a assisté à voir son âme se déchirer par les erreurs commises dans la guerre avec tous les ennemis réincarnés dans la figure de son dernier et seul ami, Monsieur Linh.

Une profonde réflexion sur le déracinement des personnes immigrantes mais aussi sur celui des personnes exilées dans leur propre pays. Une profonde réflexion sur l’isolement que l’on peut sentir parmi la multitude, sur les fondements de la vraie amitié.

Des murs partout, des murs à tomber

Des murs partout, des murs à faire tomber

Ces jours-ci le monde entier célèbre la chute du « mur de Berlin », un symbole de l’obsession insensé de l’être humain pour se déshumaniser, pour se séparer de ses frères, pour s’infliger des blessures qui ne guériront jamais, pour établir des différences qui n’existent pas.
Il y a un mur entre les deux personnages. Le mur de la réalité. Il y un murmure de fond que les deux amis essaient de surmonter dès son silence : c’est le bruit produit par les mots des autres, des bruits parce que le langage qu’ils utilisent ce n’est pas celui de la compréhension, celle de l’empathie mais celui de juger les autres, de les écarter quand leur rythme n’est pas celui mené par les autres, quand leurs besoins ne sont pas les mêmes que les leurs.

Besoin de l’autre. Besoin d’amitié. Besoin d’espoir. Besoin d’une raison de vivre. La petite fille sera cette raison par un «déraillé» Monsieur Linh qui ne peut pas accepter qu’il n’a rien d’autre que lui-même, qu’il est le dernier de sa dynastie, qu’il « est le seul à savoir qu’il s’appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui ». Ses espoirs, avivés par la connaissance de son ami Bark, avec qui il peut parler sans mots, des espoirs qui lui donnent une nouvelle opportunité pour une vie qui s’éteignait progressivement.

raicesDes miracles parfois, de l’or et des rires, et de nouveau l’espoir quand on croit que tout autour de soi n’est qu’un saccage et silence !

C’est aussi un livre, comme Isabel nous a fait remarquer, qui met en relief la sagesse que la vieillesse peut apporter : ils sont sages parce qu’ils sont vieux, ils sont sages parce qu’ils ont saisi l’essentiel dans la vie. La jeunesse reste ici comme un temps pour se tromper, pour commettre des erreurs… erreurs que la générosité du temps justifiera précisément comme un fruit de l’inexpérience.

raices Qu’est-ce que donc que la vie humaine sinon un collier de blessures que l’on passe autour de son cou ?

Des âmes errantes dans un monde qui n’est plus fait pour eux, deux âmes qui se retrouveront dans une amitié qui augmentera sa qualité à cause d’une nécessité exagéré par l’existence loin de son pays. Une amitié « de loin » qui deviendra un immense trésor.

raicesQuand ils sortent du café, Monsieur Bark prend par l’épaule Monsieur Linh et le raccompagne jusqu’à la porte de l’immeuble où se situe le dortoir, comme il le fait tous les jours désormais. Et puis là, les deux hommes se disent longuement au revoir en se disant bonjour.

Un monde parallèle. Il y a des exemples semblables dans la musique et la cinématographie. Pour souligner seulement un de chaque catégorie on pourrait choisir la chanson « De cartón piedra » (« En carton-pâte ») de l’espagnol Joan Manuel Serrat, dans laquelle le protagoniste c’est un jeune homme tombé amoureux d’un mannequin et qui sera poursuivi et enfermé à cause de cette amour impossible de comprendre pour les autres. Et aussi le monde surréaliste et plein de morale de « Le roi pêcheur » (« The Fisher King ») de Terry Gilliam, qui nous montre un journaliste qui tombe depuis le plus haut succès vers le monde obscur et plein de « folie » des vagabonds , des marginaux, mais qui trouvera dans cette folie la paix intérieure.

(Lire la traduction en français de cette chanson aussi que les mots originaux en espagnol)

Dans ce livre nous avons rencontré le monde des émotions, ces émotions cachées quelque part, dans notre plus fort intérieur… Et cela a été une excellente retrouvaille pour nos sens littéraires.

L’image finale du livre est d’un potentiel “brutal”. La fin parfaite pour un livre plein d’émotions. Si la petite fille c’est un conte –on pourrait discuter si cette lecture serait convenable pour les adolescents, après tout ce que l’on sait après avoir lu le livre et les renseignements que l’on peut tirer de sa lecture- la morale principale arrivera comme un coup de poignard après la lecture de ses dernières phrases.
Merci Monsieur Linh, merci petite fille.

raices« Monsieur Bark lui tient la main tout en lui parlant. C’est le début d’un très beau printemps. Le tout début. Le vieil homme regarde son ami, lui sourit. Il serre la jolie poupée dans ses bras maigres, il la serre comme il serrerait une vraie petite fille, silencieuse, tranquille et éternelle, une petite fille de l’aube et de l’orient. Son unique petite fille. La petite-fille de Monsieur Linh ».

La mort paresseuse

La mort paresseuseComme si elle ne voudrait pas faire son travail, la mort –parfois pressée, parfois cherchant ses victimes d’une manière inopportunément obscène – a décidé d’enlever le même jour deux âmes qui, ayant vécu une très longue vie, elles paraissaient avoir trouvé le secret de la vie éternelle. Car, en effet, la transition octobre-novembre 2009, restera comme la période où toute l’Humanité perdit deux de ses plus illustrés fils : l’espagnol Fancisco Ayala et le français, Lévy-Strauss.

L’Atelier veut dédier quelques mots à rendre hommage à ces deux personnages.

Levy Strauss

Levy Strauss: "L'être humain universel"

Né le 28 novembre 1908, Claude Levy-Strauss devint un anthropologue et ethnologue décisif pour illuminer avec ses idées toute la pensée de la seconde moitié du XXème siècle. Pendant 23 années, il occupa sa chaire d’anthropologie sociale à l’Université et il atteint son centenaire en tant que membre de l’Académie française. Les mythes, ses études sur l’existence de une vraie science dans les peuples primitifs et beaucoup d’œuvres dédiées à la divulgation de sa pensée dans des cercles moins académiques a fait de lui un penseur avec une grande influence et popularité, toujours sous le dénominateur commun de remarque des profondes similitudes entre les comportements de tous les êtres humaines. Il est mort le 30 octobre 2009.

Francisco Ayala

Ayala: À la recherche du sens de la vie

Trois jours plus tard, le 3  novembre, nous voyons disparaître Francisco Ayala, écrivain espagnol, né à Granada en 1906. Philosophe, licencié et docteur en Droit il devra s’exiler en Argentine pendant la guerre civile espagnole où il vécut une intense vie comme écrivain et journaliste, en plus qu’il continua à faire des cours. Il retourna en Espagne à 1960 et en 1983 il devint membre de la Real Academia Francesa. Gagneur du Premio Nacional de las Letras Españolas, du Prix Cervantes en 1991 et, en 1998, du Prix Príncipe de Asturias de las Letras. C’est l’auteur de presque une centaine d’œuvres, entre romans et essais, parmi lesquels il faut souligner la Tragicomedia de un hombre sin espíritu (1925), El hechizado (1944) ou la récente El jardín de las delicias (1971). Son influence littéraire a été décisive pour comprendre la littérature espagnole et quelques uns l’ ont comparé à des classiques littéraires. Sa principale préoccupation a été celle de trouver le vrai sens dans les événements quotidiens, du sens de la vie en résumé.

Marche mondiale pour la paix

La Paix a l'EOI d'Aranjuez

La Paix arrive à l'EOI d'Aranjuez

La Marche Mondiale pour la Paix et la Non-violence a été lancée durant le Symposium du Centre Mondial d’Études Humanistes qui s’est déroulé dans l’un des Parcs d’Études et de Réflexion – Punta de Vacas, en Argentine, le 15 Novembre 2008.

Cette Marche vise à faire prendre conscience du danger de la situation mondiale que nous traversons, situation marquée par la probabilité élevée de conflit nucléaire, par l’armement croissant et par la violente occupation militaire de certains territoires.

Cette proposition de mobilisation sociale sans précédent, est impulsée par le Mouvement Humaniste à travers l’un de ses organismes Monde sans Guerres.

La marche passa par Madrid le 14ème et 15ème de novembre et  le 13ème par Ontigola, un petit village près d’Aranjuez.

L’École de Langues d’Aranjuez a participé à  l’initiative et le 11 novembre, à 18 heures, coïncidant avec la commémoration de la fin de la Première Guerre Mondiale  a développé  un complet programme d’activités. Il s’agissait de participer d’une manière individuelle ou collective et de contribuer à mettre en relief cette journée pacifiste. Parmi les activités proposées étaient:

  • Parler de la biographie d’un Nobel de la Paix
  • Choisir des citations de personnalités importantes qui aient une référence à la Paix
  • Écrire un message pour dire « Qu’est-ce que c’est que la paix pour moi ? »
  • Écrire un poème pacifiste
  • Parler d’un pays en conflit, que vous connaissez bien et les présenter
  • Lectures de messages de paix dans d’autres langues (non étudiées à l’École) : roumain, arabe, chinois,…
  • Apporter de la musique faisant référence à la paix pour l’écouter à « el salón de actos »

Dans l’Atelier nous partageons les principes et motivations de cette marche et nous avons participé avec la création d’une toile de la Paix interactive avec toutes les apportations de ses membres.

On peut regarder aussi quelques photos de cet acte sur ce paneau.

À la fin, c’était une longue et belle journée poétique de paix vécue à l’école de langues ce mercredi qui restera dans la mémoire, le 11 novembre 2009. Une grande date historique. On a chanté en anglais, on a expliqué et traduit en français, on a connu plus largement « le projet de paix » de Daniel Barehboim. Désormais nous utiliserons le mot « paix » moins banalement, avec plus de sens et de « pudeur »… Et tout cela entouré de beaucoup de participation, collaboration et chaleur humaine.

Une expérience à se répeter. La cause le mérite.

Conférence: “LE MAROC MODERNE À TRAVERS SA LITTÉRATURE DE LANGUE FRANÇAISE”.- Abdellah Baïda

Abdellan Baïda: Ambassadeur littéraire

Abdellan Baïda: Ambassadeur littéraire

  • Lieu:  Escuela Oficial de Idiomas de Aranjuez
  • Date: Mercredi 29 Avril 2009
  • Profil: ABDELLAH BAÏDA, professeur de français à l’Ecole Normale Supérieure de Rabat (Maroc). Agrégé de Lettres , docteur en littérature et culture maghrébines, francophones et comparées.

La littérature marocaine en langue française est encore une littérature jeune. On pourrait établir ses débuts, tant que littérature écrite, ver la fin de  l’étape du Protectorat (1912-1956) et pour cela, restreinte par le colonialisme.

Monsieur Baïda établit  quatre étapes dans cette histoire :

1950-1960 : « La littérature de représentation ». Caractérisée par des textes déscriptifs de la réalité marocaine, le conférencier choisit trois mots pour décrire ce moment : rétrograde, discrétion, tradition. Les deux écrivains qu’il souligne comme les plus représentatifs sont :

  • Ahmed Sefrioui : « La boîte à merveilles »
  • Driss Chraïbi : « Le passé simple », une vision critique de la réalité, un peu autobiographique (le personnage principal s’appelle Driss Ferdi, un mot qui a deux significations en arabe, un d’eux « pistolet » qu’Abdellah Baïda interprète comme un essai de « tuer la réalité » ; l’autre, « unique, seule, différent » comme pour se distancier de la réalité.
La littérature arabe, presque inconnue en Espagne

La littérature arabe, presque inconnue en Espagne

1960-1975 : « Littérature postcoloniale ». C’est le temps de Mohamed V. La littérature porte un projet de société :

  • Valoriser et défendre la culture marocaine
  • Lutter contre le neocolonialisme mais aussi contre le pouvoir sur place. En 1971 il y aura un coup d’État qui échouera et qui va pousser le pouvoir vers une situation plus sévère : ce seront les « années de plomb ».
  • Servir de porte-parole d’un peuple qui est majoritairement analphabète.
  • C’est une littérature écrite en français (une contradiction avec sa volonté revendicative)

Les plus importants exemples seront :

  • Abdellatif Laâbi
  • Abdelkebir Khatibi
  • Mohamed Khair-Eddine
  • Tahar Ben-Jelloun

Ce groupe partira en exile en France et quelqu’un d’entre eux, comme Jelloun, resteront définitivement là-bas.

1975-1990 : «L’expérience individuelle ». Chaque écrivain prend son propre chemin sans avoir besoin de se sentir porte-parole de personne. C’est la « guérilla linguistique » de Khair Eddine ou le retour vers la culture marocaine de « Moha le fou, Moha le sage » ou « La prière de l’absent » de Tahar Ben Jelloun. En même temps, revendication encore de la culture populaire : les halga = les conteurs de la Medina  : « L’enfant de sable » de Ben Jelloun

1990-Présent : « Le triomphe de l’expérimentation ». À cette époque les refoulés retournent. On écrit en première personne, on parle de soi. Ce sont des histoires de personnages. Il n’y a pas de vie intime.

La littérature francophone arabe, ça intéresse

La littérature francophone arabe, ça intéresse

On reconnaît d’autres tendances littéraires :

  • Les écrits de femmes (pas féministes) comme c’est le cas de Fatima Mernissi, de Souáad Bahéchar (« Ni fleurs ni couronnes », un roman qui montre l’évolution d’une petite fille Chouhayra, qui veut laisser s’exprimer son corps et après s’être engagée avec un petit enfant, doit quitter le village) ou de Siham Benchkroun (« Oser vivre »)
  • La littérature carcérale, une littérature témoignant les « années de plomb » bien représentés par la prison Tazmamarte, celle qu’Hassan II dénier d’exister à la frontière de l’Algérie. Trois exemples de ce groupe : Ahmed Marzouki (« Cellule nº 10 »), Tahar Ben Jelloun (« Cette aveuglante absence de lumière ») et Abdelmajid Serhane (« La chienne de Tazmamarte »)
  • La littérature gay (homosexuelle). Pas tout à fait installée ou bien développée, c’est une littérature qui sera publiée en France car l’homosexualité est considérée comme un crime et une honte au Maroc, bien qu’elle soit un peu plus tolérée de nos jours.  Exemples de cette tendance seront Rachid O. (« Une enfance éblouie », «Chocolat chaud ») et Abdellah Taïa : « Le rouge du tarbouche » et « La mélancolie arabe ».
  • Littérature de l’immigration, avec de très bons exemples :
    • Youssouf Amine Elalamy (« Les clandestins »)
    • Mohamed Hmoudare (« French Dream », une satire du Maroc et de la France)
    • Mohamed Nedali (« Morceau de choix. Les amours d’un apprenti boucher publié en Espagne sous le titre « Carne de primera »)
    • Mohamed Leftah qui parle avec de l’expérience personnelle de la société la plus déprimée. Il écrit beaucoup d’œuvres  -une dizaine d’elles en seulement deux ans : 2006-2008- mais il ne les publie pas. La dernière et posthume œuvre « Une chute infinie » est apparue à 2009. (Monsieur Baïda est un specialiste de la littérature de M. Leftah qu’il étude dans son livre “Mohamed Leftah ou le bonheur des mots)
  • Littérature en arabe, une langue qui essaie de s’éloigner de la dialectale. Les témoignages sont plus ou moins les mêmes que dans les autres catégories. Un bon exemple de ce groupe est Mohamed Choukri, avec son « Le pain nu », un auteur qui ne fut pas scolarisé qu’à l’âge de 18 ans.

Bien que la conférence était pleine d’informations, Monsieur Baïda les présenta avec une vision clairement pédagogique et facile à suivre. Après l’exposition s’ouvrit un tour de questions avec quelques conclusions qu’ils méritent d’être soulignés :

  • D’abord il faut créer des scénarios pour que la littérature d’origine arabe d’expression française puisse être connue par les européens.
  • C’est une situation préoccupante même en France bien que les auteurs francophones d’ailleurs commencent à être inclus dans les programmes de lectures chez les institutions éducatives françaises.
  • La situation des écrivains au Maroc a amélioré un peu mais c’est clair qu’il y a une ligne qu’il ne faut pas dépasser quant à la critique sur des sujets tabous comme l’homosexualité.

De mémoire de conférencier, on a rarement eu à l’école une personne aussi cultivée, érudite, savante et exceptionnelle.

Conférence: “LE DÉREGLEMENT DU MONDE”.- Amin Maalouf

Amin Maalouf

Amin MaaloufL

  • Lieu: CASA ARABE
  • Date: 28 SEPT 09
  • Directrice: Gema Muñoz
  • Journaliste: Javier Rioyo

Il ne connaissait pas encore “la Casa Arabe” et dit d’être enchanté de pouvoir être là et à Madrid. Il prononce quelques mots et on passe tout de suite à l’intervention du journaliste et de la directrice pour établir un débat sur son livre et ses réflexions. Voici quelques-unes.

  • « Nous vivons dans des sociétés complexes, diverses, »
  • « C’est à travers la culture que nous pouvons nous connaître les uns les autres «

D’après le journaliste c’est un livre écrit avec de ” la sagesse, la perspicacité, la passion et la colère” (SENSATEZ, LUCIDEZ, PASION E IRA) Il veut qu’A. Maalouf explique ce sentiment de “colère”. Le journaliste lui parle en espagnol et A. Maalouf prend ses écouteurs, il dit qu’il ne veut pas perdre « les nuances » des questions, il ne connaît pas suffisamment bien la langue espagnole.

  • « Nous n’avons pas le droit de ne pas résoudre les problèmes de notre monde. »
  • « nous n’avons pas d’excuses, nous avons les moyens pour les résoudre (voilà pourquoi sa « colère».)
  • « j’ai écrit ce livre car j’avais le sentiment que quelque chose n’allait pas dans ce monde »

Amin Maalouf est un homme d’aspect agréable, aimable, pas du tout agressif quand il parle, avec la prononciation de ses « r » caractéristiques. Il n’accuse pas, il ne culpabilise pas, il expose tout simplement « ce déreglement mondial »

  • « le « marché » a toujours raison, ce n’est pas important si on laisse beaucoup de gens au bord de la route ».
  • « je suis sensible aux problèmes de ces deux mondes : l’occidental, et l’arabe . les deux sont en crise. Pour le monde arabe la crise est évidente, c’est une tragédie qui n’a pas de précédent.
  • « On a besoin de se poser ce problème parce que le monde a changé »
  • « il y a une civilisation globale qui est en train de naître. Il faut que tout le monde se reconnaisse dans cette civilisation ».
  • « Nous sommes devenus une nation planétaire ».

(Il dit  qu’il est né au Liban où il  a habité pendant ses premiers 27 ans , et après il est parti à Paris où il habite depuis 33 ans. )  Il a en ce moment 60 ans

À la demande du journaliste Javier Rioyo sur les « minorités »,  A. Maalouf a fait un parcours par une des minorités qu’il connaît, ou connaissait « LOS MANDEOS » c’est une petite communauté installée en Irak qui est en train de disparaître. Il avait utilisé un de ces personnages MANI  (de là le mot « maniqueisme ») pour un de ses livres.

Maalouf regrette beaucoup la disparition de tous ces cultures millenaires.

« Nous sommes tous minoritaires dans le monde d’aujourd’hui »

Javier Rioyo continue et dit :  “en la memoria de los pueblos nada prescribe » (dans la mémoire du peuple rien prescrits)

  • “je suis un peu inquiet, aujourd’hui on n’a pas beaucoup avancé . Quand on laisse les choses s’envenimer, infecter, après c’est déjà trop tard pour faire en arrière, on finit par payer le prix « .
  • « nous devons apprendre à vivre dans ce monde planétaire »

Une autre question du journaliste « ¿cuando van a confraternizar árabes y judios? » (Quand les Arabes et les Juifs fraterniseront?)

Sur ce sujet A. Maalouf est pessimiste car si on dit : « il n’y a pas de solutions ».

(Petite anécdote de CEAUCESCU  et l’écriteau. À cette époque-là pendant les manifestations contre ce dictateur on pouvait lire dans  un écriteau :  « CEAUCESCU , tu n’as pas ta place en Europe »)

On a abordé aussi le sujet de la DECOLONISATION, celle-là n’a pas amélioré la vie des pays, par exemple la colonie française lorsqu’elle est partie d’Algérie.. du Liban .

D’après lui, « la colonisation française, dans l’ensemble, était mauvaise, sauf au Liban.

Il cite de manière nostalgique les empires OTTOMAN et AUSTRO-HONGROIS. Il fait référence aussi, de manière nostalgique à  Al Andalus. À ce propos il cite un livre de Stephen Zweig : »Mémoires d’un européen ».

Maalouf revendique « la dignité culturelle », car c’est une chose essentielle. Il se demande pourquoi les pays du Sud (dans ce cas les pays arabes) apprennent toutes les langues du pays du Nord. Ce serait bien, d’après lui, pour les gens du Nord d’apprendre les langues du Sud. L’être humain doit sentir que sa culture est reconnue, respectée, qu’on puisse s’adresser à lui dans sa propre langue..

Il y une question du public qui se questionne fortement  sur « les démocraties » occidentales.  Ces démocraties ne sont pas un exemple à suivre.

Une autre question du public : Pourquoi il n’y a pas de révolutions maintenant ? »

Maalouf met  en relief le besoin de la notion de « citoyen » et non pas se contenter tout simplement de la notion d’une  democratie formelle. Il reconnaît qu’il y a une regression morale , les gens assistent impassibles aux désastres de « pateras » et la réclusion des immigrants dans des îles comme s’ils étaient des pestiférés . (par exemple le cas de l’île de Lampedusa)

On est à une époque où les gens acceptent beaucoup de choses.

Dans le public, quelqu’un lui dit s’il ne peut pas faire quelque chose pour améliorer la situation au Liban..Il dit que : »l’écrivain jette une bouteille à la mer »

De cette belle séance à la quelle j’ai eu la chance d’assister je retiendrai les suivants axes importants de l’exposition des réflexions de cet écrivain :

  • L’importance la connaissance à travers la culture
  • Le monde a changé, il y a une civilisation globale qui est en train de naître
  • La crise de deux mondes : occidental, arabe
  • La dignité culturelle
  • La défense des minorités

Contes berbères et vagues modernistes

Rêveurs

Rêveurs

Le projet de cette année pour l’Atelier essaiera de faire un voyage vers une autre littérature.  On a commencé par lire de petits extraits de contes berbères procédant du grand conteur de langue Chleuh, Abdesslam n Id Bram, retranscrits par Alphonse Leguil, un ancien militaire qui, après 25 ans dans l’armée, est devenu professeur de berbère à l’institut national des langues et civilisations orientales. Les fables de « L’homme, la vipère et le hérisson », « Le hérisson, le chacal et le lion » ont dérivé le débat vers la finalité des contes. Il y a un souvenir partagé par l’humanité autour d’un conte relaté par notre grand-mère, notre mère ou un oncle chéri. Ce sont des contes faits d’émotions mais aussi de peur, de morales, d’intentions subliminales qui ont tracé sans doute une partie importante de notre personnalité, une fois devenus adultes.

La petite chaperone rouge, un conte pour enfants?

La petite chaperone rouge, un conte pour enfants?

Clara, spécialiste dans le sujet, nous a exposé quelques beaux exemples des contes qui, ayant évolués  comme littérature pour enfants, ils avaient à l’origine une historie si forte qu’il serait impossible de les utiliser avec les plus petits. Sinon, ce serait intéressant de connaître la véritable histoire de « Le petit chaperon rouge » de Perrault.

Il faut se méfier des contes ? Quelles sont les intentions des contes pour les enfants ? Sans doute celles de transmettre les valeurs et principes d’une société mais aussi de les inculquer dès l’enfance ces principes d’une manière si profonde qu’ils ne pourront plus s’en séparer d’eux. On a découvert dans d’autres contes, des intentions politiques, religieuses… Ils font partie d’un autre type de philosophie, disons « prêt-à-porter », qui se nourrit de l’ambigüité car  il doit contenter tous. Ainsi, Clara nous fait réfléchir, dans toutes les cultures  il y a les contes –avec un message- et les contre-contes , avec le message contraire. Fait-on des équilibres dans la moralité ? Curieux et dangereux jeu.

Un autre point de vue mettait en relief la peur comme la matière qui est sous beaucoup de ces contes. Une peur qui, selon Thérèse, sera vaincue à force de répéter la même histoire une fois après une autre. Ce sera, enfin, une peur contrôlée.

On a fini par réfléchir sur les invasions des mots anglais chez la langue française. Ce mélange présent dans toutes les langues, peut enrichir la langue réceptrice mais quand cette incorporation n’est pas naturelle mais la conséquence d’une vague, d’une manifestation d’une modernité malentendue, la langue risque un peu de perdre sa véracité, son authenticité.

Mots envahisseurs

Mots envahisseurs

La revendication d’une certaine pureté du langage a été ajoutée dans une réfléxion faite parThérèse : il faut transformer le présent en une séquence de « petits seconds de bonheur ».

Ce blogueur, devenu chroniqueur par hasard, a voulu résumer dans quelques lignes un beau bouquet de ces seconds que nous, membres de l’Atelier,  nous avons eu l’opportunité de jouir et de partager et que, par les bontés des nouvelles technologies, il pourra être partagé avec beaucoup d’autres amants de la littérature et la langue française et ainsi rester protégés dans la mémoire collective de cet Atelier.

Divertissements

L’Atelier a commencé à marcher.  On a lu de petits morceaux littéraires des vieux « amis » : Philippe Claudel (« La petite fille de Monsieur Linh », sera notre prochaine lecture), Mohamed Leftah (« Une chute infinie »), Mohamed Nedali (« Morceaux de choix ») et Mohamed Kaïr-Eddine (« Il était une fois un vieux couple heureux »)

Après, ça a été le tour d’autres lectures qui ont eu comme sujet de discussion la curieuse situation de la langue et la littérature française. D’après le point de vue de Juan Gabriel Vásquez, auteur des livres  comme « Los informantes » et « Historia secreta de Costaguana » et de Manuel Rodríguez Rivero, la France se débat entre l’éternelle contemplation de son passé littéraire, réputé et consacré comme une partie essentielle de la littérature universelle, et un pessimisme vers l’ horizon immédiat de cette même littérature. La solution pourra venir du métissage avec d’autres littératures francophones : la littérature du Nord de l’Afrique, la littérature canadienne,… C’est une réinvention de la propre langue française qui élargira son panorama littéraire.

Il nous restera toujours l’emotion après la lecture d’une « Nemirovsky », soit la “Suite Française”, oeuvre voyageuse infatigable ,  enfermée dans un portefeuille silencieux, portant la mémoire de sa créatrice tout le long de la fuite d’une guerre exterminatrice, soit le dernier trésor trouvé de cette écrivaine, « Chaleur de sang ».

Notre démarche s’arrête peu après chez la National Gallery, à London. Là, on a assisté comme spectateurs au récit d’une « visite surveillée » qui serait drôle si on ne nous survolâit pas l’ombre de la possibilité d’être réelle.

Comme les enfants peints  par Sorolla, la soirée a fini avec les derniers rayons du soleil, pleins de joie après avoir passé de très bons moments; l’air plein des échos des sons qui ont écrit la petite histoire de la première séance de cet atelier de littérature française.

Le “net”, toute embrouillé

Internet, bienvenue à la jungle

Internet, bienvenus à la jungle

Ma fille est engagée  à “Tuenti”; mes amis m’ont invité à “Facebook” ; on m’a demandé de partager mes travaux chez “Twiter” et mes photos ne seront jamais connues si elles ne finissent pas affichées à «Flickr». C’est le nouveau phénomène appelé le «réseau social ». Mais, à quoi ça sert ? C’est sans doute une réponse actuelle aux nécéssités de communication, surtout des jeunes et des personnes « technologisés » , enracinée à une des caractéristiques les plus définies de l’être humain. Mais, c’est aussi une manifestation, à mon avis, d’un certain manque de pudeur qui leur fait avoir besoin de posséder une image publique, parfois au-dessus de la vraie personnalité. On ne sera personne si tu ne « surfes » sur le net, si tu n’appartiens pas à un groupe social, si tu n’as pas ton propre avatar ou si tu n’as pas crée ton propre compte pour faire partie du réseau social.

L’idée de “se communiquer”  c’est intéressant mais l’idée de se mettre en relation avec n’importe qui et sans aucun besoin d’arriver à une vraie connaissance de l’autre pose une sorte de paradoxe bizarre, de contradiction profonde entre le propos et le moyen. Par rapport à ce sujet on est devenu pratique : on laisse un mel, on envoie un SMS avec le portable, mais n ‘y a-t-il pas au dessous de toute cette apparence une résistance à la communication tête-à-tête, à se regarder dans les yeux pendant que l’on est en train de dialoguer ?

Il m’est arrivé récemment une situation curieuse et presque drôle avec une fille ados. Elle avait besoin de se mettre en contact avec ses amis et au lieu de se passer un coup de téléphone, elle a décidé de laisser un message dans une de ces webs du réseau social. Une autre amie à moi c’est engagée à un service de relations personnelles sur le net. Ce sont tous des phénomènes qui doivent être regardés avec de nouveaux yeux mais c’est aussi important de ne pas oublier que, de la même façon qu’il existent encore les livres et non seulement l’Internet pour trouver de l’information, c’est pour le moment en vigueur la méthode classique de se communiquer.

Si l’évolution naturelle laisse d’un côté les structures non utilisées et sélectionne celles qui sont les plus utiles pour la survivance, peut-être l’être humain du futur va perdre ses cordes vocales et il va développer des doigts plus longs pour ainsi mieux frapper les touches de l’ordinateur et, qui sait, parfois la télépathie.

Cinquième année: un espoir de futur

L'âge de la maturité

L'âge de la maturité

L’ATELIER entame sa cinquième année de vie. À cet âge les enfants sont prêts à faire n’importe quoi, ils posent des questions et se posent de questions à eux-mêmes. C’est tellement grande leur confiance en eux qu’ls osent établir une conversation avec les adultes. C’est l’âge de la confiance, de la maturité … et de l’inconscience enfantine

Après ce long parcours ensemble où notre plus grande « préoccupation » n’a été autre que celle de « lire » en français et de découvrir cultures et auteurs divers et différents, le temps est venu de donner un caractère académique et en même temps « ouvert » à notre partage « intellectuel ».

Tout en suivant notre chemin vers la littérature francophone en majuscules nous allons, cette année, prendre un biais particulier et ce sera celui de la « littérature marocaine d’expression française », j’espère vous faire découvrir une littérature étrangère, mieux la connaître, vous la faire aimer et dans cette approche acquérir une maîtrise de votre langue objet d’étude.
Vous aurez la chance d’entrer en contact avec d’autres auteurs qui ont fait de leur autre langue d’expression (dans ce cas la langue française) leur moyen de communication culturelle et qui ont écrit de vrais chefs-d’oeuvre.
Voici notre grand défi pour cette année…

UNE LANGUE DE CULTURE car la langue française n’est pas un simple outil de communciation. L’étude de cette langue doit s’appuyer sur celle de ses textes littéraires, et c’est vous qui allez contribuer à enrichir ce grand patrimoine culturel avec vos lectures, opinions, idées, suggestions, connaissances…
Notre objectif pour nous approcher de cette « autre littérature » serait celui de favoriser la connaissance de l’autre…

Et voici les TITRES PROPOSÉS (pour l’instant)

Pour le debut un tout petit livre d’un auteur français :

- LA PETITE FILLE DE MONSIEUR LINH de Philippe Claudel

Et aussi, nos auteurs marocains d’expression française (pris de la liste de la conférence de l’année dernière  de M. Abdellah Baida, Ecrivain et professeur ENS Rabat ,Avril 2009 )

  • MORCEAUX DE CHOIX, Mohamed Nedali
  • UNE CHUTE INFINIE, Mohamed Leftah
  • IL ÉTAIT UNE FOIS UN VIEUX COUPLE HEUREUX, Mohamed Khaïr-Eddine

et…. on pensera à d’autres…

Comme toujours l’Atelier est ouvert à tous. Nos amis internautes seront aussi très bienvenus et nous serons très heureux de compter avec vos impressions et commentaires.

À tous,

BONNE ANNÉE SCOLAIRE ET SOYEZ LES TRÈS BIENVENUS

Les âmes épineuses

Hérissons cachés partout

Hérissons cachés partout

Le 27 février passé le groupe de l’atelier s’est réuni pour parler du succès littéraire de « L’élégance du  hérisson » de Muriel Barbery.

On a commencé par commenter les « différentes conditions » pour qu’un livre fasse partie des lectures de l’atelier. On a conclu que l’on a besoin, au moins, d’en accomplir deux :

  • D’une partie, il doit avoir quelque chose de « bizarre » dans le sens d’éviter les lectures trop légères, une sorte « d’élitisme » littéraire qui nous lance vers des lectures qui souvent se mêlent avec l’essence de la nature humaine et de la marginalisation.  Combien de fois avons-nous « invité » dans nos séances des personnages tragiques, compliqués, écartés d’une manière ou d’une autre du monde disons « normal », qui regardent la vie comme s’il s’agissait d’un cadeau réservé aux autres, sans aucune relation avec leurs possibilités ou leurs ambitions personnels ?
  • L’autre -et peut-être la condition la plus importante- c’est de ne jamais être d’accord sur l’opinion de l’œuvre choisie.

Pour cette occasion les deux conditions sont présentes : les personnages qui habitent le livre sont vraiment, du moins en principe, des « observateurs » de la vie réservant le rôle d’acteurs ou actrices principaux aux autres. Leur monde intérieur bien que très riche devient alors une sorte de tanière qui enferme des personnalités complexes qui devront se développer et que, par la magie de la lecture, se dénoueront et se montreront tel qu’ils sont seulement pour ceux qui avons osé regarder  l’intimité de leurs âmes en cachette par le trou de la serrure transformé en livre.

On a commencé par parler sur l’auteure. Qui est-ce cette Muriel Barbery ? Une prof de philo, née à Casablanca il y a presque une quarantaine d’années et qui est mariée avec Stéphane, un psychologue, avec qui elle reconnaît avoir écrit « L’élégance… » Un mélange presque dangereux qui justifie la nature particulière du livre. Une autre caractéristique de ce couple c’est son penchant pour le Japon : Ils sont allés habiter temporairement à Kyoto. Barbery a travaillé comme formatrice de profs dans un IUFM à Saint Lô. Comme d’habitude parmi les écrivains ses premiers travaux ont été refusés mais finalement  ils ont connu le succès et la reconnaissance, ce qui finalement a permis à Muriel d’arriver en 2004 à écrire « L’élégance du hérisson ».

Hérisson

Après avoir commenté la vie de l’auteur , on a passé à commenter celle de l’animal: le hérisson. Pourquoi un hérisson ? C’est peut-être l’un des animaux le plus inconnu. Ses habitudes crépusculaires et timides, d’une partie, et sa peau épineuse, d’autre, le relèguent au royaume de la nuit et du secret. Pourquoi choisir un animal qui est peut-être un des moins « littéraires » ? Il y a très peu de symbolisme relié à la figure du hérisson.

On a trouvé à peine trois références dans la littérature qui utilisent le hérisson comme « totem » :

Hérisson Le roman « Du hérisson » d’Éric Chevillard, dont l’écrivain utilise l’excuse de l’intrusion d’un hérisson sur sa table de travail pour dérouler l’idée du roman.

Hérisson Un travail sur le hérisson publié en 2006, écrit par Sophie Sarrazin et Lucie Saint-Gelais.

Hérisson La célébration du hérisson célibataire qui est référée dans la « Théorie du corps amoureux », en 2000, de la main de Michel Onfray.

Hérisson

Dans la mythologie égyptienne, le hérisson protégeait les morts et chez les romains il était utilisé pour deviner la durée de l’hiver, à la façon que l’on utilise dans quelques endroits des États-Unis et du Canada la marmotte : observant la réaction de l’animal vers son ombre quand il sort de sa période d’hibernation (n’oubliez pas le film « Un jour sans fin » -Harold Ramis, 1993- ou un désolé Bill Murray se levait chaque jour au même endroit, la même date, célébrant le jour de la marmotte.) Et même au Moyen Âge, le pauvre hérisson était utilisé pour fabriquer des produits miraculeux : contre la calvitie, pour améliorer la vision nocturne,…

Il y a très peu, donc, qui nous servirait à établir une base solide pour rendre hommage à cet animal comme celui d’entitrer un roman d’après lui.

Hérisson

Après avoir discuté sur ce sujet, dans l’atelier nous croyons ou bien, nous avons décidé de croire que c’est à cause de la difficulté naturelle de cet animal pour se mettre en relation avec son entourage que l’auteur l’a choisi : il refuse la compagnie, il ne se mêle pas avec d’autres créatures, il se cache toujours et si on veut le caresser, il fait une boule et nous montre les épines, toujours des épines vers l’exterieur.

La vie d’un hérisson se fait toujours à l’intérieur, loin de la présence incommode des autres.

Hérisson

C’est l’élégance cachée du hérisson qu’il faut découvrir et que, à la fin, c’est la même qui est derrière une concierge philosophe ou une adolescente qui doit imiter la médiocrité pour ne pas révéler sa surdotation et pour laquelle le suicide c’est la fin naturelle d’une vie qui ne lui satisfait pas. « Pour vivre heureux, vivons cachés » c’est la norme qui toutes les deux femmes suivent tout le long du livre. La concierge et la fille, elles maitrisent le temps, la première à cause de son travail et de son âge avancé ; la deuxième, à cause de son isolement de l’extérieur  mêlé avec le singulier sens du temps que l’on a quand on est adolescent, à la fois intense et court, toujours fixé dans le présent, sans projection possible vers le futur, sans jamais regarder le passé qui, d’autre part, est une période presque inexistante.

Hérisson

Et pour finir cette première séance dédiée au monde des « hérissons humains » on a établi une curieuse relation entre le dernier livre commenté chez l’atelier -le « Chagrin d’école » de Pennac- et celui de Muriel Barbery : les protagonistes de tous les deux se sont sauvés par l’intervention d’un prof qui leur a montré son intérêt pour eux, réussissant à leur faire extraire de cette cage personnelle que sa vie était devenue.

Comme dans la vie… “à suivre”.

Hérisson