Le 27 février passé le groupe de l’atelier s’est réuni pour parler du succès littéraire de « L’élégance du hérisson » de Muriel Barbery.
On a commencé par commenter les « différentes conditions » pour qu’un livre fasse partie des lectures de l’atelier. On a conclu que l’on a besoin, au moins, d’en accomplir deux :
- D’une partie, il doit avoir quelque chose de « bizarre » dans le sens d’éviter les lectures trop légères, une sorte « d’élitisme » littéraire qui nous lance vers des lectures qui souvent se mêlent avec l’essence de la nature humaine et de la marginalisation. Combien de fois avons-nous « invité » dans nos séances des personnages tragiques, compliqués, écartés d’une manière ou d’une autre du monde disons « normal », qui regardent la vie comme s’il s’agissait d’un cadeau réservé aux autres, sans aucune relation avec leurs possibilités ou leurs ambitions personnels ?
- L’autre -et peut-être la condition la plus importante- c’est de ne jamais être d’accord sur l’opinion de l’œuvre choisie.
Pour cette occasion les deux conditions sont présentes : les personnages qui habitent le livre sont vraiment, du moins en principe, des « observateurs » de la vie réservant le rôle d’acteurs ou actrices principaux aux autres. Leur monde intérieur bien que très riche devient alors une sorte de tanière qui enferme des personnalités complexes qui devront se développer et que, par la magie de la lecture, se dénoueront et se montreront tel qu’ils sont seulement pour ceux qui avons osé regarder l’intimité de leurs âmes en cachette par le trou de la serrure transformé en livre.
On a commencé par parler sur l’auteure. Qui est-ce cette Muriel Barbery ? Une prof de philo, née à Casablanca il y a presque une quarantaine d’années et qui est mariée avec Stéphane, un psychologue, avec qui elle reconnaît avoir écrit « L’élégance… » Un mélange presque dangereux qui justifie la nature particulière du livre. Une autre caractéristique de ce couple c’est son penchant pour le Japon : Ils sont allés habiter temporairement à Kyoto. Barbery a travaillé comme formatrice de profs dans un IUFM à Saint Lô. Comme d’habitude parmi les écrivains ses premiers travaux ont été refusés mais finalement ils ont connu le succès et la reconnaissance, ce qui finalement a permis à Muriel d’arriver en 2004 à écrire « L’élégance du hérisson ».

Après avoir commenté la vie de l’auteur , on a passé à commenter celle de l’animal: le hérisson. Pourquoi un hérisson ? C’est peut-être l’un des animaux le plus inconnu. Ses habitudes crépusculaires et timides, d’une partie, et sa peau épineuse, d’autre, le relèguent au royaume de la nuit et du secret. Pourquoi choisir un animal qui est peut-être un des moins « littéraires » ? Il y a très peu de symbolisme relié à la figure du hérisson.
On a trouvé à peine trois références dans la littérature qui utilisent le hérisson comme « totem » :
Le roman « Du hérisson » d’Éric Chevillard, dont l’écrivain utilise l’excuse de l’intrusion d’un hérisson sur sa table de travail pour dérouler l’idée du roman.
Un travail sur le hérisson publié en 2006, écrit par Sophie Sarrazin et Lucie Saint-Gelais.
La célébration du hérisson célibataire qui est référée dans la « Théorie du corps amoureux », en 2000, de la main de Michel Onfray.

Dans la mythologie égyptienne, le hérisson protégeait les morts et chez les romains il était utilisé pour deviner la durée de l’hiver, à la façon que l’on utilise dans quelques endroits des États-Unis et du Canada la marmotte : observant la réaction de l’animal vers son ombre quand il sort de sa période d’hibernation (n’oubliez pas le film « Un jour sans fin » -Harold Ramis, 1993- ou un désolé Bill Murray se levait chaque jour au même endroit, la même date, célébrant le jour de la marmotte.) Et même au Moyen Âge, le pauvre hérisson était utilisé pour fabriquer des produits miraculeux : contre la calvitie, pour améliorer la vision nocturne,…
Il y a très peu, donc, qui nous servirait à établir une base solide pour rendre hommage à cet animal comme celui d’entitrer un roman d’après lui.

Après avoir discuté sur ce sujet, dans l’atelier nous croyons ou bien, nous avons décidé de croire que c’est à cause de la difficulté naturelle de cet animal pour se mettre en relation avec son entourage que l’auteur l’a choisi : il refuse la compagnie, il ne se mêle pas avec d’autres créatures, il se cache toujours et si on veut le caresser, il fait une boule et nous montre les épines, toujours des épines vers l’exterieur.
La vie d’un hérisson se fait toujours à l’intérieur, loin de la présence incommode des autres.

C’est l’élégance cachée du hérisson qu’il faut découvrir et que, à la fin, c’est la même qui est derrière une concierge philosophe ou une adolescente qui doit imiter la médiocrité pour ne pas révéler sa surdotation et pour laquelle le suicide c’est la fin naturelle d’une vie qui ne lui satisfait pas. « Pour vivre heureux, vivons cachés » c’est la norme qui toutes les deux femmes suivent tout le long du livre. La concierge et la fille, elles maitrisent le temps, la première à cause de son travail et de son âge avancé ; la deuxième, à cause de son isolement de l’extérieur mêlé avec le singulier sens du temps que l’on a quand on est adolescent, à la fois intense et court, toujours fixé dans le présent, sans projection possible vers le futur, sans jamais regarder le passé qui, d’autre part, est une période presque inexistante.

Et pour finir cette première séance dédiée au monde des « hérissons humains » on a établi une curieuse relation entre le dernier livre commenté chez l’atelier -le « Chagrin d’école » de Pennac- et celui de Muriel Barbery : les protagonistes de tous les deux se sont sauvés par l’intervention d’un prof qui leur a montré son intérêt pour eux, réussissant à leur faire extraire de cette cage personnelle que sa vie était devenue.
Comme dans la vie… “à suivre”.

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