• Bienvenus à l’Atelier de Littérature d’Expression Française

    Bienvenues à l'Atelier de Littérature française
    Si vous, internaute, d’où que vous veniez, vous êtes arrivé sur ce blog emporté par l'espoir de trouver un lieu où partager votre intérêt pour la littérature en langue française, vous êtes les bienvenus. Veuillez bien participer avec vos inquiétudes et vos idées en répondant aux posts affichés. Merci de votre visite et de vos opinions..

    Les membres de l'atelier de littérature.

    Tous à vos tâches
  • Pour nous trouver...

    Vendredi de 17h-19h (Consultez le calendrier sur la marge droite)
  • J’aime lire

  • Lisez le Bulletin de l’Atelier

    Lisez le Bulletin de l'Atelier
  • Version iPad-iPhone

    Version iPad-iPhone

    Cliquez sur l'image, téléchargez Flipboard et regardez le magazine de l'Atelier sur ton iPhone, ipad

  • Contributions

    Contributions
  • Chercher para catégories

  • Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire a ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

    Rejoignez 321 autres abonnés

  • Follow Atelier de littérature d'expression française on WordPress.com
  • Vidéothèque

  • RSS Vidéothèque sur l’Islam (en espagnol)

  • Phonothèque

    Phonothèque
  • RSS Audiolivres

  • Fiches de lecture
  • Échos littéraires

    Échos littéraires
  • Ecos literarios

  • La bibliothèque de l'Atelier

    La bibliothèque de l'Atelier

  • Mon livre préféré

    Mon livre préféré
  • Articles les plus consultés

  • Archives

  • Commentaires récents

    Témoignage sur l… sur Rentrée
    Re-vivre la vie | At… sur Peindre pour survivre
    Leticia Hernández Ló… sur Le crépuscule des coeurs
    Symétrie meurtrière… sur Camus-Sansal, Sansal-Camus:…
    Symétrie meurtrière… sur Retour à la vie
  • Nous avons eu...

    • 125,878 visiteurs
  • Visiteur
  • Administration

Peindre pour survivre

Deux visages qui se regardent, qui se cherchent à travers le temps... Pour David Foenkinos c'est la résolution d'un défi obsessif; pour Charlotte Salomon, la récupération de l'oubli pour les nouvelles générations.

Deux visages qui se regardent, qui se cherchent à travers le temps… Pour David Foenkinos c’est la résolution d’un défi obsessif; pour Charlotte Salomon, la récupération de l’oubli pour les nouvelles générations.

David Foenkinos nous séduit dans cette occasion avec un délicieux roman sur la vie de Charlotte Salomon, qu’il décrit d´un point de vue poétique.

Paqui nous résume en quelques mots le noyau de ce récit:

Charlotte est une fille très douée, une jeune artiste juive assassinée à l´âge de 26 ans dans le camp de concentration d’Auschwitz;  elle doit surmonter une enfance terrible, avec un secret sombre et une famille maudite par les suicides d´une grande partie de ses membres.

Touchée par la violence et l´injustice nazi, Charlotte maintient une lutte entre le sens de l´existence et celui de la survivance.  Ce sera la peinture qui va donner du sens à sa vie.

Plaque en mémoire de Charlotte Salomon:

Plaque en mémoire de Charlotte Salomon:
« Dans cette maison Charlotte Salomon a vécu depuis sa naissance le 16 Avril 1917 jusqu’à sa fuite d’Allemagne en Janvier 1939. En 1943, elle a été déportée à Auschwitz . On n’oublie pas. LJR Berlin. »

Elle modèle sa vie en dessinant son monumental chef-d´œuvre « Leben? Oder Theater? » (« Vie ou théâtre? »)  plus de 1600 aquarelles et gouaches, accompagnées de textes et de la musique, un mélange de poésie, d´art, de peinture et de délicatesse qui ont fait partie de sa vie. Un ami à elle, le Docteur Moridis,  fera parvenir les toiles à Ottilie Moore qui les remettra ensuite aux parents de Charlotte. L’oeuvre se trouve à présent au Musée juif d’Amsterdam.

Charlotte est comme un petit oiseau, un très beau parfum, un souffle d´air frais au milieu de la barbarie  et de l’atrocité. Elle devra affronter le nazisme et l´holocauste juif  en même temps que, tourmentée par la Mort, elle combattra et vaincra cet élan familial qui la consacre au suicide.

Encouragée par Alfred, son amour, elle hurle sa douleur et son désespoir à travers ses peintures, reflet de sa vie.

C´est un livre profondément triste et poétique dont l´auteur devient lui même protagoniste avec Charlotte. On ne peut pas lire ce livre comme si rien n’y se passait, car l´histoire, malheureusement est présente dans nos jours. L´histoire se répète. L´homme s´écrase contre le même mur très souvent. Il est condamné à répéter ses erreurs. Au lieu d´apprendre, il commet à nouveau les plus grandes atrocités. Malheureusement, l´homme continue à être un loup pour l´homme.

Nous avons eu notre séance littéraire et nous avons décidé que l’on va écrire à la manière de l’auteur nos réflexions et nos commentaires. Ça va être difficile mais nous allons essayer. Voici la lecture que Carmelo a fait de ce roman:

Toute une vie contre la mort-des-morts.

L'enfant Charlotte

L’enfant Charlotte

Nager jusqu’au fond de l’abîme.

Descendre au plus profond du Hades.

Supporter, néanmoins,  l’angoisse qui affleure du monde glissant des morts…

Il est arrivé que l’esprit de Foenkinos a essayé, parfois, d’abandonner son corps de mortel pour accompagner sa protagoniste le long de tout le parcours, en livrant tous les deux ensemble une lutte constante contre les morts.

Et en se cachant des meurtriers.

Charlotte a eu à se refuser à participer à la mort-des-morts, dans le rebut qui implique transformer un esprit sans vie en corps brisé, à travers le suicide.

Un suicide collectif enveloppant, harcelant, qui a mis  à preuve toute la famille.

Car comment ne pas tomber dans le suicide dès que l’esprit se méfie du corps qu’il a à garder ?

Et comment nourrir et soutenir un corps déjà dépossédé ?

Charlotte a su, par contre, s’attacher au matériel, par le biais d’une communion littéraire constante avec l’auteur, qui en vertu d’une confiance parfaite avec Charlotte, n’a jamais hésité à suivre son chemin en marquant chaque pas sur les marchées d’elle.

Elle y a mis la couleur contre les ténèbres, la sensualité contre le dégoût embourgeoisé, le calme contre le pessimisme débordant et de petits fils d’illusion mesurée contre la tristesse annihilante.

Oui, Charlotte a osé défier le destin que d’autres lui avaient déjà écrit.

Plus Foenkinos a été-t-il fidèle à Charlotte, plus effrayantes devenaient les situations.

C’est pour cela que l’auteur nous confesse des moments de faiblesse le long de son processus de création et emploie un style entrecoupé, en changeant de rythme constamment.

De sa  part, Charlotte a bien su jouer le rôle d’anti-héroïne, dans le Théâtre ? de sa Vie ?

Et comme metteur en scène, a-t-elle employé un regard très froid pour découvrir à travers le casting de « toute sa vie » les vertus et les défauts de chaque personnage dans son entourage? Elle met en relief tout cela dans son œuvre d’une manière tout à fait surprenante.

Charlotte était une femme sage : elle a appris à éluder le suicide, mais a aussi pressenti la fin de ses jours : a ressenti dans sa nuque la respiration des assassins sinistres.

Mais puisqu’elle connaissait bien le monde des morts, elle était déjà prête.

Et avec elle, l’auteur de sa biographie littéraire a cherché la fin incontournable, qui était une mort annoncée.

Encore une fois un personnage remarquable nous a servi pour percer le désastre humain de l’Holocauste et en prendre conscience.

Carmelo

À coup de mots

Notre grand sujet central a été la beauté de l’écriture de Foenkinos que, pourtant, est aussi marquée par la désaffection et l’impression de détachement de l’auteur au moment d’écrire cette histoire. En effet: il nous a semblé tout de suite que Foenkinos a écrit ce « roman-poétique » en phrases courtes pour se détacher ou exprimer une certaine désaffection envers son histoire.

Telle était sa douleur qu’il s’est penché sur ce style-là pour ne plus en souffrir.

Pour quelques-uns d’entre nous, c’est le produit d’une obsession qui est aussi reflétée dans cette manière agonisante d’écrire. On a entendu l’auteur reconnaitre lors d’un entretien sur El País qu’il n’était pas capable d’écrire plus long, qu’il se bloqueait… Pour d’autres,  le vrai protagoniste de l’histoire est Foenkinos et cette obsession, Deux vies entrêmelées, presque une symbiose: sa recherche et l’histoire de la protagoniste.

Cette position éloignée lui permet de lancer ses phrases comme le peintre utilise ses coups de pinceau pour faire sortir la douleur de son âme et devenir création pour donner une allure inquiétante à la lecture.

Mais notre impression n’est pas négative, au contraire, on l’a qualifié de prose poétique, une recherche de la beauté  à travers les mots et la forme, avec de détails d’une grande sensibilité, une sensibilité spéciale comme chaque artiste et il ne cherche pas à éblouir le lecteur mais à montrer une beauté froide, la beauté de son texte, de ses mots, de la coupure des phrases.

Sa manière de s’exprimer est aussi une manifestation de sa sensibilité qui fait peut-être de ce roman une œuvre plus originale, plus attirante…

Nous nous demandions à plusieurs reprises si ce roman est vrai ou c’est de la fiction. Thèse ou roman? Réalité ou fiction? Voici notre choix difficile, notre dilemme. L’auteur justifie-t-il son choix par la froideur et l’éloignement?

Qui est le vrai protagoniste de l’histoire ? Charlotte/ Foenkinos ? Voici une de ses phrases : Devais-je être présent ?

La mort, la prédestination sont partout

« La Vie », de Marc Chagall (1964), un peintre qui représente « l’art dégénéré » pour le nazisme et que Charlotte aime autant:
« Pour trouver le sommeil, elle parcourt les souvernirs. C’est le seul endroit où demeure la tendresse. […] C’est maintenant un tableau de Chagall qui fait son apparition. Elle le recompose avec précision, visualisant chaque détail. Charlotte divague longuement entre les couleurs chaudes. Et peut s’endormir, enfin. »

Le livre est marqué par la présence omniprésente et menaçante de la mort: présent dans le passé, à cause de nombreux suicides chez sa famille, et dans le présent de la vie de Charlotte, par la présence des meutes nazis.

Tous ces propos nous ont rendu Charlotte encore plus fascinnante , un art inné l’a sauvée pendant ses 26 ans de vie, courte et intense vie de jeunesse, où le stigmate de sa malheureuse famille la hantait .

C’est en embrassant la vie qu’elle embrasse son art, et qu’elle va survivre.

Et c’est en lisant ce roman que nous avons rendu hommage aux victimes anonymes de l’Holocauste, un sujet qui, à force d’être l’argument d’autant des films et des livres, risque de tomber dans dépersonnalisation. Des romans comme « Charlotte » permettent de sauver de l’anonymat les vies coupés de milliards d’individus.

(…) Celui qui ôte une vie, détruit un monde entier; et celui qui sauve une vie, sauve un monde entier. (…)

Talmud (Traité Sanhedrin, chapitre 5, Mishna 5)


Celui qui sauve un seul homme, c’est comme s’il avait sauvé l’humanité tout entière

                                                                               (Coran 5.32)

Charlotte est aussi un roman qui tourne autour du sujet des maladies mentales, de la psychiatrie et des faibles lignes qui séparent la santé mentale du déséquilibre et la folie.

Nous avons plongé d’une manière naturelle vers la discussion du «suicide»… depuis le point de vue psychologique vers le côté scientifique-médical, sommes-nous prédisposés vers la dépression, nos ancêtres jouent-ils un rôle dans cette maladie? Est-ce génétique? Qui est le plus puissant : le corps ou l’esprit?

Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie.

Albert Camus

Le mot en espagnol «pozo» (puits) nous a fait nous rappeler cet excès de signification de certaines dictons espagnols, on compare souvent le mauvais extrêmes de la vie avec un puits…mais en français il nous a soulagé de trouver cette phrase de Saint-Exupéry dans le Petit Prince :

“Ce qui embellit le désert c’est qu’il cache un puits quelque part…”

On ne sait pas vraiment quelle étaient les raisons des membres de sa famille pour se suicider mais, d’après ce que Foenkinos nous raconte, la seule personne qui avait une vraie raison pour mettre une fin à sa vie, Charlotte, est la seule qui veut survivre de toutes ses forces, qui utilisera la peinture comme un refuge et une manière de s’enraciner dans la vie, de profiter d’un temps qui coule et qui s’évanouit sans cesse pour écrire-peindre son histoire d’une façon obsessive.

Un chalereux souvenir de cette séance pour ceux qui nous lisent et ceux autres qui n'ont pas pu nous accompagner.

Un chalereux souvenir de cette séance pour ceux qui nous lisent et ceux autres qui n’ont pas pu nous accompagner.

On a bien parlé sur les suicidaires, leurs raisons, les différents types des suicides, les différences entre ceux qui tombent dans la dépression et la décision rationnelle de ceux qui veulent l’euthanasie. Dans le premier cas, nous dit Carmelo, c’est l’esprit qui meurt avant le corps; dans le deuxième, le corps a abandonné la personne bien avant que l’on éteigne la flamme de son esprit.

Pour Paqui, une personne qui prend la décision de se suicider,  c’est un fou ou bien un courageux. Mais, dans aucun cas on ne peut penser qu´il soit lâche. La douleur et la souffrance doivent être si grandes et si terribles que la vie devient insoutenable. Pour prendre une telle décision on doit porter en soi-même toute la tristesse du monde. Il faut être vraiment désolé(e).

Pierre tombale de Charlotte Salomon dans le cimetière Berlin-Charlottenburg de Berlin

Pierre tombale de Charlotte Salomon dans le cimetière Berlin-Charlottenburg de Berlin

Charlotte est, malgré son tragique finale, une survivante: elle a réussi à survivre au destin marqué par l’appartenance à cette famille suicidaire.

À la fin, nous avons tous pensé que ce style moderne fera de ce livre le scénario d’un futur film français.

Nous remercions Foenkinos pour cet exercice de mémoire collective, de reconnaissance et de justice. On ne pourra pas oublier Charlotte, comme on ne pourra pas oublier Ana Frank. Ce sont des histoires  parallèles, chacune avec ses nuances, avec ses particularités, avec ses différences, très passionnantes et très belles. Un talent qui n’a vraiment pas fini le 7 octobre 1943, le jour où elle, âgée de 26 ans, enceinte de 5 mois, a traversé l’entrée à la chambre à gaz du camp d’Auschwitz.

La beauté, la mort, l’espoir…

Pour en savoir plus

Publicités

Une Réponse

  1. […] endroit de son ami écrivain : David Foenkinos ,  pour « bavarder » avec Charlotte Salomon, à propos de son livre, sans trop y penser et spontanément nous nous sommes mis à parler avec […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s