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Maux de Langue

Akira Mizubayashi une langue venue ailleurs_0Une séance émouvante

Nous étions presque tous, réunis autour du livre d’Akira Mizubayashi, « Une langue venue d’ailleurs » où nous avons trouvé tant de références et de points communs. Un groupe hétérogène, avec des personnes rechapées de plusieurs guerres. C’est la première fois que l’Atelier devient si nombreux : nous avons atteint le chiffre de 18 personnes.
Après les salutations et la plus chaleureuse bienvenue donnée aux nouveaux membres, nous avons parcouru les articles postés après notre dernier rencontre.  Mais nous avions du pain sur la planche et nous nous sommes plongés sur cette lecture si inspiratrice. Et comme si le temps ne s’était pas passé les commentaires ont coulé, libres, créatifs… On voit bien que l’été avait  fait son effet médical de repos…

Jamais le temps a été  moins généreux que pendant ces deux  petites heures à tel point que personne ne voulait partir après la séance et on a continué le débat en dehors l’école. Mais, le temps étant implacable, nous aurons le plaisir de pouvoir continuer dans quelques semaines …. car nous sommes devenus des « akiras » à notre manière.

Une vie entre un « presque » et un « plus tout à fait »

Dans la préface, Daniel Pennac résume très bien la position de cet auteur d’origine japonaise sur la langue Française qu’il a adoptée  comme la sienne:

C’est un « homme qui a voué sa vie à penser au plus précis pour parler au plus juste ». (p11)

Francisco Javier Galán nous a résumé son avis à propos de ce livre à la manière d’un titre de presse: « Les rêveries d’un Japonais solitaire » ou venu d’ailleurs » pour faire le paire avec le titre du livre du Rousseau « Les rêveries d’un promeneur solitaire »

Alors, Carmelo nous a régalé  avec ses réflexions, « une vision subjective et psychosociale  sur son apprentissage du Français ». Les-voici:

Akira Mizubayashi fait un exercice rétrospectif  qui nous montre sa manière de comprendre tout le processus d’apprentissage de la langue française, les états d’âme qu’il a traversés, les influences qu’il a reçues… D’une certaine manière,  le livre peut être aussi interprété  comme une sorte d’invitation pour les lecteurs étudiants de langues pour faire un auto-examen d’introspection sur les propos d’Akira

De mon point de vue, Mizubayashi après des années d’apprentissage du français, il est resté tout à fait étonné à cause du fort attachement qu’il sent vers sa nouvelle langue. Il assure dans  de nombreuses occasions l’affection qu’il sent pour la langue française –cette « langue venue d’ailleurs » et cependant, plus proche pour lui que celle d’origine. Akira  perçoit son cas d’une telle singularité, que chaque phrase, chaque affirmation, chaque idée exprimée sur le papier, semble plutôt une question à la recherche  d’un acquiescement de la part des lecteurs.

Akira se sent aussi étrange en français qu’en japonais. Akira se révèle étrange à l’intérieur d’Akira :

          « Le jour où je me suis emparé de la langue française, j’ai perdu le japonais pour toujours dans sa pureté originelle. Ma langue d’origine a perdu son statut de langue d’origine. J’ai appris à parler comme un étranger dans ma propre langue. Mon errance entre les deux langues a commencé… Je ne suis donc ni japonais ni français. Je ne cesse finalement de me rendre étranger à moi-même dans les deux langues, en allant et en revenant de l’une à l’autre, pour me sentir toujours décalé, hors de place. Mais, justement, c’est de ce lieu écarté que j’accède à la parole ; c’est de ce lieu ou plutôt de ce non-lieu que j’exprime tout mon amour du français, tout mon attachement au japonais.  Je suis étranger ici et là et je le demeure. »

« …Le français n’est pas ma langue première Pag. 229.

Néanmoins il ne nous offre pas une image de déséquilibre personnel. Au contraire il inspire du calme intelligent, de la pondération sensible, de la capacité d’analyse…

C’est pour cela qu’au fur et à mesure qu’on avance dans la lecture on arrive parfois à douter de l’objectif de ce livre : Est-ce la manifestation d’une préoccupation presque « existentielle»? Est-ce plutôt un petit essai faisant preuve d’analyse sur certains processus lors de l’apprentissage des langues? Ou est-ce plutôt, un jeu dialectique bourgeois pour distraire les esprits ennuyés?  Il se peut que ce soit tout un ensemble d’idées qui constituent simplement un discours littéraire; certes, bien fait.

La nouvelle langue et la musique.

Depuis son enfance, il paraît que l’influence de la musique sur Akira à travers son frère,  a modelé, sa sensibilité auditive de sorte qu’il a projeté une affection spéciale vers les sons de la langue  qu’il a mis en rapport avec toutes les pièces musicales qu’il a aimées le plus ; et surtout celles de Mozart.

Il assure :

(pp. 58-59 : « … ce désir de rajeunissement, de renouvellement et de configuration de mon insertion dans le monde, suscité par le sentiment d’une érosion de la langue qui se parlait en moi, avait été précédé d’un émerveillement, d’une expérience musicale fondatrice qui doit sans doute beaucoup à ma présence à toutes ces heures d’exercice de violon vécues par mon frère, a ma position d’auditeur inlassable (…), a une formidable accumulation de pratiques d’écoute musicale, transformée en une sorte d’habitus personnel.»

(pp. 155) : «  Oui, le français est un instrument de musique pour moi (…). Pour devenir un bon instrumentiste, il faut de la discipline, je dirais même le sens de l’ascèse ( …). Je dis a mes étudiants aujourd’hui : maîtriser le français, c’est en jouer comme un jouer du violon ou du piano. Chez un bon musicien, l’instrument fait partie de son corps. »

(pp.156) : « …je suis moi-même comme un musicien qui s’entraîne tous les jours. La différence entre un musicien et moi, c’est que je suis un instrumentiste sans public (…) Dans toutes les langues du monde sans doute résonne de la musique (…). La vie où s’entremêlent les sons de la nuit, les silences du jour et tous les bruissements du cœur comme du monde sensible est un gigantesque réservoir de musique »

(p.158) : « Les langues que je ne parle pas du tout (…) me semblent tout aussi musicales car, ne pouvant m’attacher au sens, je focalise tout mon attention sur le sons qu’elles produisent »

            Pendant ses années d’étude en France, Akira approfondit dans l’étude de la littérature française, mais il ne s’écarte pas de la musique. Il entre en contact, alors, avec les meilleurs classiques de la musique européenne : Wagner, Mendelssohn, Mozart… (p. 220).

            Il découvre alors, une forte liaison entre la musique de Mozart et les livres de Rousseau. Bien entendu, c’est le lien de la révolte, de la liberté, de la propreté d’esprit, ce qui les unit. Akira trouve chez Mozart le talent du musicien pour faire couler les sentiments de la population dans ses opéras. C’est, bien sûr, un message révolutionnaire qui connecte avec les idées de Rousseau.

(p. 62) : « Mozart n’est pas un bourgeois. Il n’est pas encore un bourgeois à part entière… »

Et, à propos du personnage de Suzanne, de l’opéra La Folle Journée, ou le Mariage de Figaro, de Mozart , il affirme :

(p. 73) : « Suzanne  n’est plus une simple servante, mais elle n’est pas pour autant une bourgeoise (…). Suzanne est un miracle de réussite littéraire et musicale (…) Elle se trouve à égale distance de l’existence traditionnelle  d’un enfermement féodale et de la vie moderne… »

Quant à Rousseau :

(p. 77) : « … Rousseau, qui m’était apparu comme le penseur par excellence de la modernité. Je n’étais pas insensible à la présence diffuse de tout un discours social de gauche sur l’auteur de Contrat Social (…) Rousseau, le précurseur de la démocratie moderne ; Rousseau, le précurseur de la Révolution Française ; (…) Puis il faut dire qu’  « être moderne » avait une valeur pour moi, moi qui savais  que mon père avait souffert d’un régime militaire d’un totalitarisme barbare et sanguinaire (…) Mozart et Rousseau ont été les deux héros de ma jeunesse et, près de quarante ans plus tard, ils le demeurent. »

Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778) (cliquez pour accéder à ses oeuvres complètes)

Jean-Jacques Rousseau (1712 – 1778) (cliquez pour accéder à ses oeuvres complètes)

 Ce sont, bien sûr, des mots très significatives qui illustrent très bien les idées d’Akira, Mais que pourrait-on en dire? À mon avis, Rousseau et Mozart sont  des  modèles qu’il n’a pas eus au Japon. Alors, est-il  parti à leur recherche? et les a-t-il finalement trouvés un jour?  Ou bien les a-t-il simplement  trouvés par hasard ?

Il semble que notre japonais reste stupéfait que ces deux grands créateurs-là étaient si audacieux, défiants,  « provocateurs » de la société de leur temps, en essayant de rompre les ancrages sociaux traditionnels  dont la société ne s’était pas encore détachée.

C’est la période où il découvre un lien spécial entre la musique et la littérature. Et il trouve, effectivement –comme il nous a dit – une connexion singulière entre Rousseau et Mozart.

C’est donc indubitablement l’apparition de l’empathie et de l’affection chez Akira pour la cause d’une langue et d’une idéologie puisque l’affinité crée des forts liens, que expose-t-on ici ? Le rôle le plus important : la raison ou les émotions? (on en parlera). Et, de plus, est-ce que cet attachement  au français a provoqué un éloignement par rapport au japonais ?

D’une certaine manière, oui :

(p.259) : « Ainsi s’achève l’histoire de mes liaisons avec cette langue venue d’ailleurs que j’ai passionnément aimé et que j’aime toujours avec une ardeur sans pareille. (…)

Dès lors, des questions s’imposent : « Qu’est-ce que je suis devenu en sa compagnie ? Qui suis-je encore et toujours japonais ? »

Non… je ne pense pas que je le sois. Je ne le suis plus. Plus maintenant… »

La langue et la littérature.

          Tous ces phénomènes découverts  par Akira à travers notamment ces intellectuels remarquables, ont favorisé le respect de l’auteur pour la langue française. Néanmoins, bien que la musique a été sa porte d’entrée au monde du français, cela ne s’est pas passé en France mais dans son Japon natal lorsqu’il était enfant:

(p. 57) : « Je n’ai pas fait de musique. Dans mon enfance, le piano fut un compagnon, mais forcé.  je ne m’y attaché pas (…) Pourtant, la musique ne me quitta pas : le français en prit la place. C’était pour moi un instrument qui faisait chanter une musique particulière. Je n’ai pas fait de musique à proprement parler comme mon frère (…). Mais j’eus une musique à moi, à moi seul, c’était le français. »

            « Devenu étranger a sa propre langue », Mizubayashi aime profondément le français, mais pas seulement comme une langue différente du japonais  pour se réjouir des sons, pour s’exprimer ou se communiquer en famille, par exemple ; mais comme instrument essentiel de connaissance de la réalité. Le français devient, alors, presque une philosophie de la vie.

            Akira éloge les méthodes de Jacques Proust -son professeur  à l’université de Montpellier – en faisant des commentaires critiques des textes littéraires. C’est évident qu’il fait référence à cette méthode de travail comme une grande nouveauté dans sa vie  qui l’a bien marqué et qui a agi sur lui à la manière d’empreinte, d’affection pour le français :

(p. 130) : « Non, je n’oublierai pas Jacques Proust. Car il y a encore quelque chose à ne pas oublier quant à ce que j’ai appris auprès de lui : l’approche critique des textes littéraires. Or je devrais plutôt qu’il m’a transmis le plaisir de la réflexion littéraire, de la réflexion sur la littérature. Oui, Jacques Proust est le premier à m’avoir transmis le plaisir de la lecture attentive à tout ce qui fait la spécificité du texte (…) L’attitude méthodique et systématique qu’il qualifiait de symptomale et qui consistait à scruter les détails significatifs (…) ; je n’avais connu jusqu’alors que des pratiques de classe largement réductibles à de simples et insipides exercices de version. »

Effectivement, avec ces mots, Akira fait une critique impitoyable de l’herméneutique japonaise, quand il ajoute :

(p. 183) : « C’est précisément dans le contexte de cette  dispersion de l’attention herméneutique qui était devenue au Japon une sorte d’impensé jamais remis en question que le chef-d’œuvre de Starovinski a fait son apparition devant moi. Une autre conception de la littérature était proposée :  (…) déploiement constructif d’un monde imaginaire (…). Dès lors, l’effort du critique, au lieu de diviser l’activité mentale de l’écrivain en plusieurs zones étanches, résidait dans l’appréhension unifiant de cette pluralité même. »

Et cette vision de la critique  de l’enseignement de la littérature est tout à fait en rapport avec l’opinion d’Akira sur l’éducation japonaise. C’est à propos de l’école de sa fille au Japon qu’il dit :

(pp. 229-230) : « Elle était dans une soi-disant bonne école japonaise, mais j’ai vu que l’enseignement n’y était pas de nature à mettre en branle l’esprit des élèves (…) la conception de l’enseignement qui me paraissait souffrir d’un sérieux dysfonctionnement. Le cours d’anglais, celui de japonais aussi bien que les disciplines relevant des sciences humaines et sociales m’ont semblé particulièrement inquiétants (…). Rien n’indiquait que les élèves étaient amenés à faire un usage actif de leur esprit par la voie de l’analyse (… ; aucune place faite à l’exercice critique de la raison face aux textes. »

Mais la forte critique de l’enseignement japonaise attire son point culminant dans le paragraphe  suivant:

(p. 192) : « Du collège à l’université, je n’avais rien connu, rien appris, s’agissant de la compréhension et d’interprétation des textes littéraires japonais (…) Les élèves avaient toute la liberté, mais ils ne savaient pas que cette liberté était l’autre nom de l’aveuglement esclave. On leur disait : « Vous écrivez librement ce que vous en pensez. », mais on ne leur donnait aucun outil pour être libres, pour penser, c’est-à-dire, pour penser contre, pour penser par soi-même (…) ; bref, on ne leur donnait aucun moyen qui leur permît d’accéder  à l’autonomie (…), les élèves se croyaient libres, mais ils étaient  esclaves de sa propre ignorance … »

Sans abandonner l’intérêt pour le monde de l’éducation, un autre éloge sort des mots de Mizubayashi quant à l’éducation française. Il se sent étonné et surpris par la méthode de travail en groupe à l’université, implémentée aussi par son professeur Proust.
Il s’agit de faire participer tous les élèves activement d’une manière alternative les obligeant  à prendre l’initiative et se soumettant à la critique postérieure du groupe:

(p125) : «  Je n’avais jamais imaginé qu’un cours pût être une pratique à ce point communautaire, tout en demeurant un lieu d’activité et de réflexion individuelles et solitaires. »

Ce sentiment de révolte qui est né chez Mizubayashi l’a appris à se fixer un objectif comme professeur de littérature :

(p.224) : «  Mon rôle consiste en effet, non pas à instruire les étudiants en les dotant de connaissances fatalement fragmentaires, mais plutôt à susciter et provoquer chez eux le désir de sortir d’eux-mêmes pour aller à la rencontre de l’espace de ses connaissances mêmes. (…). Car enseigner, c’est offrir la possibilité de se cultiver et de s’élever ; et se cultiver, c’est sortir de sa culture propre (…) »

Car la littérature, c’est pour lui :

(p185) : « …la littérature était devenue pour moi, précisément par le biais de la langue française, un lieu et un espace particuliers où se recueillent, en un foisonnement luxuriant, des projets, des espoirs, des regrettes, des secrets, des attentes, des déceptions, des joies, des chagrins, des audaces, des timidités, des penchants avoues et inavoués (…) »

Evidemment, une littérature où l’on limite la possibilité de sentir est très loin du concept de Mizubayashi.

D’après tous les commentaires de l’auteur, il est mis en évidence que tous ces nombreux clichés qui ont circulé autour de nous, par rapport aux Japonais, acquièrent soudain une apparence de véracité, mise dans la bouche d’un Nippon, qui a déployé un grand effort personnel pour extirper de lui même toutes les tumeurs culturelles dont il souffrait  comme citoyen japonais.

Alors, que peut-on sauver de la culture japonaise? En faisant attention aux détails du récit d’Akira, il reste encore deux éléments importants sans lesquels notre ami japonais n’aurait peut-être  pas  pu arriver à s’affirmer comme français en reniant de ses racines.

Ce sont deux aspects japonais tout à fait remarquables qui ont une place très importante dans cette histoire et qui, cependant, ont contribué à condamner le Japon (quel grand contradiction !) : Tout d’abord, le père d’Akira -un « père-phare »- un homme très familial et responsable qui a mis l’intérêt de l’éducation de ses enfants au dessus de tout ce qui représenterait les valeurs de la culture japonaise (pp 42 et 114) : le travail, l’effort constante, le sens de la discipline…; et sa projection sur son propre fils, qui a appris tout le meilleur de son père.

C’est le grand paradoxe : tout le meilleur du Japon sert à condamner le Japon, pour tuer le Japon. Le Japon meurt dans l’idéal d’un japonais  exceptionnel.

*     *    *

En définitive, Akira a appris  en français qu’il y a de nombreuses raisons pour se réveiller contre l’immobilisme, la répression, le manque de créativité… Ce sont des  valeurs qui portent les mots de Rousseau et des encyclopédistes. Ce sont des sons que sont transportés par les opéras de Mozart à toutes les oreilles. D’où le fort attachement d’Akira au français.

Néanmoins, Akira ne se sent pas bien aimé par son amante : cette langue qui est venue d’ailleurs, qui l’a arraché de ses origines et qui finalement  l’a transporté  loin de son entourage jusqu’à un lieu d’où le retour  c’est déjà impossible :

(p. 78) : « …mais la  langue de Rousseau (…) elle était comme une femme inaccessible ; je la désirais, elle me repoussait, elle fuyait, elle se dérobait sans cesse, alors que je cherchais désespérément à la retenir (…) »

(p. 228) : « Le français n’est pas ma langue première. Ce n’est qu’une langue d’adoption, une langue d’emprunt, une langue greffée, une langue d’autrui, une langue qui m’est venue d’ailleurs. Ce qui prévaut chez moi, c’est une proximité gagnée, le sentiment d’avoir annulé la distance (…)

(p.242) : «  (M. de la Bréteque, Dr du centre de Formation Pédagogique de l’Université Paul-Valery, à Montpellier) Il me dit qu’il était surpris de la correction de mon français (…). Je n’en suis pas sûr. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que mon français oral manquait  de naturel, qu’il ne se coulait pas  dans les formes propres au registre oral. Il était entièrement façonné par l’apprentissage de l’écrit. J’avais en effet le sentiment (…) de faire un trajet  connu, de voir se dérouler devant moi une succession ordonné de mots »

La langue française écoutera-t-elle  sa lamentation un jour dans l’infini  perdu des mots ?

Finalement, Akira apprécies une série de défauts du Japonais et qui lui empêchent de  s’exprimer d’une manierè juste:

(p.170) : « Il me semble que la langue japonaise, par la pauvreté en moyens destinés à amorcer des liens, ne m’encourage guère à aller au-delà du seuil des relations fondées sur la sociabilité du type intracommunautaire (…). Tout en parlant en Français, je conserve en moi comme une cicatrice ineffaçable, l’écho et l’empreinte de l’être-ensemble japonais.

Je viens d’un pays et surtout d’une langue où, pour établir des relations avec une personne considérée comme habitant un monde qui n’est pas le vôtre, on excuse sans cesse, on demande  pardon à tout bout de champ (…) Les formules d’excuse remplacent presque celles remerciement. Les demandes d’amour ne s’énoncent pas ; pour dire « Je vous aime » (qui veut dire : Aimez-moi ») on se contenterait de dire : « Ce soir la lune est belle. »

Dans cet entretien, Akira Mizubayashi, ils reconnait que le jour où il s’est emparé de la langue française, il a perdu le japonais pour toujours dans sa pureté originelle…

Quelques bijoux littéraires

            Il serait peut-être, encore convenable de toucher d’autres aspects aussi importants, car ils jouent des rôles remarquables et qui occupent des places précises dans la vie française de Akira Mizubayashi. Pourtant, par manque de temps, nous sommes obligés de les enregistrer pour ne pas les oublier, voici quelques morceaux de choix sortis de cette envie vitale pour saisir une langue évasive…

  • Le choix de la langue implique des pertes p22
  • La littérature c’est…Un recueil de désirs qui font la vie p185
  • Ma musique c’est le français (p57),  le français, un instrument de musique (p153-155)
  • Les souvenirs cicatrices après l’effort de s’approcher de sa langue de choix et l’inévitable constatation que « quelques fautes resteront pour toujours » (p173),  au « vastes champs de registres » resteront inaccessibles ( p175), car on ne peut pas accéder «le vaste continent des significations» (p236)

  • Il nous a laissé quelques conseils et un modèle pour lire un livre. C’est sa « lecture symptomale » (p130) faite «le crayon à la main» (p124) pour détecter les symptômes, «les déterminants significatives» (p130)
  • L’amour dans sa vie: « Un tissu tantôt serré tantôt lâche de nos existences fusionnées » (Michelle, sa femme) (p148)

Pour conclure

Un moment littéraire, intime, délicieux, autour des sentiments à propos de sa chienne Mélodie morte après la publication de ce livre:

Akira c’est un instrumentiste anonyme de la langue, qui fait le pont linguistique entre ses racines culturelles et ses fils, tout à fait Français. On ressent partout une douleur silencieuse. La souffrance des traverses pleureuses de ce pont tout le long de la lecture de ce livre intime, et aussi la solitude de cette métamorphose impossible, nécessairement inaccomplie.
 Une lecture, pleine de références littéraires,  sur la forteresse d’esprit, sur le désir de commander sa propre vie et de déjouer le destin.
C’est pour cela que nous mêmes, nous somme aussi des «akiras», car tout revient au même combat:

«ENSEIGNER, CRÉER, PROGRESSER, ANIMER, TRANSMETTRE ET EN DÉFINITIVE: FAIRE AIMER…

C’est par l’amour qui passe tout… surtout LA LECTURE.

Pour en savoir plus

Une Réponse

  1. C’est réellement difficile de croire que quelqu’un est arrivé à ce niveau d’étude par l’apprentissage, niveau d’implication et de si grand approfondissement d’une langue, mais monsieur Akira l’a traversé largement, même jusqu’à « mourir quand sa langue paternelle, le Français mourra ». Vraiment admirable. Pourvu que nous pouvions arriver à ce niveau un jour monsieur Mizubayashi…

    Ramón Delgado.

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