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Une Lumière en rouge pour les Ombres voilées

Un titre intriguant, une petite histoire pleine d'une grande sensibilité

Un titre intriguant, une petite histoire pleine d’une grande sensibilité

Voici un des livres les plus « délicats » que nous ayons lu le long de notre parcours des lecteurs de l’Atelier. Nous sommes vraiment subjugués par cette lecture…

Il s’agit d’un  tout  petit livre d’une centaine de pages sur lequel la couleur rouge jette une lumière spéciale sur ce récit plein de sensibilité, qui ne peut être lu qu’avec un crayon pour bien souligner les nombreuses pensées qui marquent en fer le cerveau du lecteur.  Mais, plus le livre est petit, plus nous avons plus de choses à dire…

Notre Atelier est devenue « une petite famille » qui a ses manies, ses tics, ses surprises, ses cohérences et incohérences… mais il semble aussi que nous sommes contents de vivre ensemble (!) une ou deux fois par mois, c’est la meilleure de cohabitations pour rompre avec notre quotidien… L’Atelier nous surprend toujours par sa force tranquille…
C’est dans cet esprit que nous avons abordé le débat à propos d’une lecture aussi suggestive que brève.

Ce récit peut être considéré comme l’hommage silencieux et savant aux femmes qui n’ont pas de voix et à la « raison » outragée à ces femmes.

On a connu, lors de l’écoute d’un entretien fait à l’auteure, Lamia Berrada-Berca,  que l’auteure a eu l’idée d’écrire cette histoire  à la suite d’un commentaire d’une des ses élèves lors d’un cours de philosophie au sujet des lumières :

« Je n’ai jamais appris à dire « je »

Dès la première page, il y a des mots qui vous accrochent, un style qui vous charme, une histoire qui vous touche, vous sensibilise, vous révolte.

Mais ne dévoilons tout d’un coup. Marchons, comme d’habitude, pas à pas.

L’AUTEURE

Lamia Berrada-Berca

Lamia Berrada-Berca

Lamia Berrada-Berca est professeur de lettres modernes en France et se partage entre Paris et Casablanca. Elle était invitée du Salon international de Tanger 2011.  En fait, ce livre a été achevé d’imprimer pour la Journée de la femme de mars 2011 et présenté au Salon du Livre de Paris. Ce livre a été écrit avant les évènements du Printemps Arabe et juste après il a été publié.

« Le français c’est ma langue, ma langue maternelle, je parle l’arabe très mal » reconnaitra cette auteure d’un sourire ensorcelante, d’une jeunesse prometteuse.

À LA FAÇON D’UN RÉSUMÉ DE L’HISTOIRE

C’est Carmelo qui nous fait un parfait résumé de cette histoire:

Il paraît que tout le long  de notre parcours, le monde de la lecture nous a réservé le privilège de nous croiser encore une fois, avec la délicatesse. On s’aperçoit que Kant et la petite robe rouge, c’est un titre parfait, tout en rapport avec l’histoire de ce conflit d’identité.  Kant, c’est la raison, la certitude ; la robe rouge, la liberté, tout un ensemble d’émotions. Et ce sont justement les antithèses de la vie d’Aminata, une femme qui vit enchainée, pleine de carences qui l’obligent à être une survivante entre deux mondes qui ne sont pas les siens, ni l’un ni l’autre.

Mais c’est sa fille qui arrive à sauver sa mère car elle est, elle-même, sa conscience, la voix qui l’invite à réfléchir, à sortir de soi même. C’est une fille éloignée du corset de l’Islamisme (peut-être pas d’un autre Islam possible) qui montre à sa mère le bon chemin, un chemin libéré des ténèbres pour toutes les deux. C’est grâce à sa « petite fille » qu’Aminata va devenir une femme de courage qui  perd la peur de son bourreau qui l’aliène, une jeune femme qui rejette le mensonge de la fausse cohabitation d’un couple qui ne cohabite pas, une femme qui ose devenir un être humain, en volant vers le monde presque inaccessible de la sagesse, de l’utopie.

Mais elle est finalement convaincue d’avoir trouvé le chemin pour essayer la voie de la connaissance et de la sagesse : c’est la robe (la liberté) ; néanmoins il y en a un  autre pour gagner la liberté : c’est Kant (la Philosophie)… mais quelle serait  la première cause idéale pour atteindre l’autre ? Elle essaie les deux tentatives. Finalement elle choisit le chemin de la liberté (la robe, un défi pour tous les regards) pour parvenir à la connaissance. Dorénavant elle va  être bien reconnue à l’instant, et va laisser d’être une ombre invisible.

L'expulsion du paradis, de Michel-Ange.Chez la plupart des cultures, la femme est coupable de "tenter" les hommes et châtiée avec des règles qui ne s’appliquent pas qu'à elles.

L’expulsion du paradis, de Michel-Ange.
Chez la plupart des cultures, la femme est coupable de « tenter » les hommes et châtiée avec des règles qui ne s’appliquent pas qu’à elles.

Car, comme Teresa souligne, c’est l’histoire d’un parcours personnel, d’un processus dont la protagoniste va se découvrir elle-même, va expérimenter une libération personnel, va récupérer une vie condamnée depuis son mariage, surmontant les « péchés » qu’elle avait « commis » en tant que femme:  (p12)

    1. être une femme
    2. croire qu’elle peut s’exprimer
    3. croire qu’elle peut avoir un désir et l’exprimer
    4. croire que l’on peut exister pour soi
    5. vouloir exister à part entière
    6. avoir envie d’y croire
    7. croire qu’elle est un individu

C’est être protégée du désir des hommes qui ont le droite, eux de désirer. (..)  C’est aux femmes de protéger les hommes d’elles-mêmes (…) Il faut rappeler éternellement les femmes leur impureté originelle (p8)

Les "ombres voilées", femmes qui voient la vue depuis «sa prison de voile» (p17)

Les « ombres voilées », femmes qui voient la vue depuis «sa prison de voile» (p17)

LES OMBRES VOILÉES

Le livre est une approximation aux sentiments cachés des « femmes voilées », enfermées dans un monde où « il fait toujours noir’».  C’est pour cela, qu’0n leur a nommées dans cet article comme des «Ombres voilées». Un appellatif qui mêle en même temps l’invisibilité de ces femmes et la nature de leur prison: le voile.

On a beaucoup parlé à propos de ce sujet. Faut-il condamner l’utilisation du burqa, interdire de l’utiliser comme l’a fait la France? Récemment en Espagne, un tribunal a donné la raison à un lycée de Pozuelo de Alarcón, à Madrid, qui avait interdit à une fille d’enter au lycée si elle portait le hidjab.

Est-ce un sujet de liberté religieuse ou bien une décision pour protéger la liberté à décider des femmes? Porter le voile est un choix personnel ou une imposition?

Le Prix Nobel turc Orhan Pamuk  fait à propos de ce sujet cette réflexion poignante dans un entretien dans le journal « Le Monde » en 2004:

La question du voile est un problème accablant qui porte atteinte à la démocratie en Turquie depuis vingt ans. Quiconque pense avoir une solution simple et raisonnable à ce problème est un imbécile. J’ai une fille âgée de douze ans. Je détesterais et lutterais contre tout Etat ou institution « islamiste » qui la contraindrait à porter un voile. Mais je la défendrais tout autant si elle portait le voile de sa propre volonté – ce qui est peu probable – et si un Etat – français ou turc – l’obligeait à l’ôter. Il y a quelques années, une poignée de gauchistes et de libéraux ont réalisé que le mauvais traitement exercé par les gouvernements turcs sur leurs « filles voilées » était dû, en partie, au modèle de l’Etat jacobin français qu’ils avaient tenté d’importer. Aujourd’hui, ce n’est pas une surprise de voir que l’Etat français est aussi confronté au même problème accablant. Bien sûr, c’est un problème « mineur » en France, parce que les musulmans sont minoritaires et que la question est limitée aux lycées. Derrière la notion de l’Etat jacobin se trouve une idée très démodée du nationalisme. L’arrogance des élites dirigeantes de la Turquie et l’intolérance des classes supérieures occidentalisées et des médias ont mis de l’huile sur le feu concernant cette question. La plupart du temps, j’ai constaté que le radicalisme des hommes – laïcs ou islamistes – politisait et dramatisait le « problème du voile » mais que seules les femmes en souffraient.

On a fait aussi une comparaison entre la situation des femmes voilées et celle de jeunes filles de nos jours qui portent des robes excessivement décolletées. Rosa nous fait noter que les femmes qui peuvent choisir s’habillent toujours pas pour les hommes mais pour les autres femmes.  Mais on a aussi noté que les deux buts se touchent, se rencontrent: ne sont-ils pas tous les deux une manifestation de l’utilisation de la femme comme un objet du désir pour les hommes?

Il nous manque d’autres points de vue différents qui nous donnent les arguments féminines pour le voile, comme celui qui montre cette vidéo que nous avons aussi analysée dans cette séance et qui montre l’histoire d’une fille qui veut porter le hidjab

Nous tous sommes le résultat de notre entourage culturel, de notre histoire collective. Ici en Espagne, les femmes portaient aussi, il y a quelques décennies, les voiles, peut-être pour d’autres raisons que les femmes musulmanes, mais avec un même substrat idéologique: différencier les obligations et les droits des femmes et des hommes.

Dans cette vidéo, en espagnol, une journaliste analyse les réactions des citoyens espagnols et leur tolérance quand elle porte un voile intégral:

  Vodpod videos no longer available.

En tout cas, le livre ne fait de ce sujet un débat. Il nous parle d’un cas concret, celui d’Aminata, bien que le nom n’ait aucune importance parce qu’elle est le portrait, l’archétype d’une espèce d’êtres privés d’une partie importante pour devenir humains, volée par une société des mâles: leur liberté, leur identité.
De ce côté le livre est fantastique, d’un style intime, sous le monologue intérieur, il nous montre à la perfection ces vies sans horizon, sans espoir, nourries d’une quotidienneté pathologique, malades sociaux.

Elle voit le monde « à travers un moucharabieh flottant » (p17), « sa prison de voile » (p17), « un rempart de solitude qui sépare du monde tout le reste de sa vie » (p18), devenant « un fantôme en promenade au milieu des vivants » (p22).

On essaie d’imaginer quelles sont les idées qui assaillent les millions de femmes émigrées qui sont dépossédées du droit d’être elles mêmes et condamnées à errer comme des fantômes sans visage, sans identité, des femmes qui sont l’objet des insultes et des regards des incompréhensions.

LA FEMME QUI HABITE DANS LE SILENCE

Aminata est une femme qui ne vit pas. Elle habite seulement en soi. Elle est privée de sa vie, trompée par son mari qui lui avait promis d’être heureuse mais qui jamais a fait, jamais il fera rien pour l’apporter cette félicité. Elle habite dans le silence de ses pensées, de ses rêves qui plongent depuis la fenêtre qui ne montre que quelques bâtiments d’un quartier qui est sa prison en vie.

Le silence est une évidence ici que la jeune femme ne songe même pas à effacer ou à modifier (p6) (…) Elle veille tout le jour sans bruit sur sa solitude (p10) (…) Elle a toujours été seule depuis qu’elle est mariée. (10) La solitude est la seule chose qui reste à la jeune femme et qui lui appartienne vraiment (p10)

Aminata est une jeune femme -33 ans, orpheline, vivant dans la région parisienne, mais une étrangère  » d’un pays du Nord », analphabète, qui porte la burqa intégrale est qui vit sans un isolement social, un enfermement moral, où tous  les espaces lui sont interdits, ou il n’y a pas d’espoir, de futur.

À l’horizon il n’y a rien. Elle s’est habituée à ce qu’il n’y ait rien (11) Un horizon qui est  toujours « immobile et patient » (p15)

Sa seule « amie », sa complice, son attachement à la vie,  c’est sa fille, qui lui apprendra à lire et qui, à la fin, de ce simple geste, lui sauvera la vie.

C’est un livre plein de « petites filles ». Elle parle de soi comme petite fille, entremêlant ses sentiments de son enfance avec les sentiments et le futur qu’elle veut pour sa petite fille.  La soumission forcée, engravée dans l’âme depuis des siècles d’obéissance, gravée par une analphabétisme obligée ne laisse pas la place aux femmes, à la maturité… Petites filles à toujours, mineurs marchant sur un chemin préfixé par des hommes.

Juan nous a parlé d’une épisode d’une émission française appelée « J’irai dormir chez vous » et qui se déroulait aux Émirats Arabes Unis et  qui montrait les efforts d’un journaliste dans ce monde oppressant et fondamentaliste, paternaliste en extrême sur « leurs femmes » . (minute 40 et après)

Vodpod videos no longer available.

UNE LECTURE SALVATRICE
C’est un livre fait à la mesure de l’Atelier: la lecture, la découverte de l’essai de Kant, l’acquisition de la capacité de lire, de «dévoiler» ces codes en paroles, ouvre une fenêtre à cette liberté interdite et dévoile aussi la protagoniste, laissant tomber sa tenue noire, cercueil meurtrier qui l’enterre en vie, la changeant en robe rouge, métaphore d’une nouvelle vie.

Le livre mystérieux : Qu’est-ce que les Lumières ? est une œuvre du philosophe allemand Emmanuel Kant datant de 1784. Ce livre nous a peut-être rapportés à nos années de lycée quand on étudiait de la philosophie et notamment Kant était l’un des auteurs le plus importants, et on essayait dans nos cours d’adolescents de pénétrer dans le monde de Kant et sa « critique de la raison pure ».

Dans cette vidéo (en espagnol) le philosophe Fernando Savater nous explique la philosophie de Kant:

 Les Lumières sont l’émancipation de l’homme de son immaturité dont il est lui-même responsable. L’immaturité est l’incapacité d’employer son entendement sans être guidé par autrui. Cette immaturité lui est imputable non pas sur le manque d’entendement mais la résolution et le courage d’y avoir recours sans la conduite d’un autre en est la cause. Sapere aude ! Ose savoir! voilà donc la devise des Lumières

L’auteur a déclaré avoir tenu à associer ces deux éléments qui constituent le livre : Kant (la raison) et la petite robe rouge (le désir interdit pour une femme musulmane de vouloir devenir « une femme » comme les autres)

Le désir c’est une chose oubliée en elle sur laquelle se son accumulés des jours, des mois, des années de mutisme parfait (p5)

Maintenue à l’écart de lui (son mari) par une distance infime de respect qu’elle pourrait dans son cas assimiler à de l’indifférence, alors que d’autres femmes ressentent du dégout ou de la crainte. (p10)

La nuit de noces prend le soir même la forme d’un viol dont elle ne se plaint pas (p13).

Ma petite fille es morte,  songe-t-elle (la grand-mère), on la désormais mariée. (p14)  Dire mariée ou vendue c’est presque pareil (p14)

On dirait que l’on trouve des ressemblances entre ce livre et «La cravate rouge» d’Abdellah Baida, mais avec des messages et des dénouements tout à fait différents… Quelle serait la réaction de son mari quand il trouvera sa femme en rouge? Serait-il possible cette métamorphose si elle se produisait dans un pays réglé par la religion et les fondamentalismes?

Mais, soyons respectueux. Ne ruinons pas un final qui invite à l’optimisme, qui donne de l’espoir à autant des femmes  partout dans le monde.

DES SCÉNARIOS PLEIN DE SYMBOLISME

La station de métro "Couronnes": la porte de la liberté pour Aminata

La station de métro « Couronnes »: la porte de la liberté pour Aminata

Cette petite histoire nous fait sauter d’un scénario à l’autre et nous oblige à changer d’état d’esprit à chaque fois. De la dépression du foyer familial à la joie de vivre des rues vers « Chez Héloïse ». Prenons donc quelques « tableaux » de ce livre pour poursuivre notre petite description de ce bijou littéraire:

  • Le métro Couronnes (Ligne 2 Porte Dauphine / Nation ), une ligne très fréquentée qui représente la porte à un nouveau monde qui appartienne à la protagoniste, où habite sa liberté.
  • La maison, le palier où se passe la magie de la trouvaille d’un livre . Une marmite « pleine de secrets » (p77), complice de son péché de lire. La chambre « d’hôpital » de la petite fille. La chambre à coucher du couple. Le salon et la télé pour le mari, où les images sont « satanées » seulement pour les femmes.
  • La boutique : «Chez Héloïse» où sa « robe d’espoir » l’attend chaque jours, suspendue éthérée dans un portemanteau.

UNE COULEUR QUI EST PLUS QU’UNE COULEUR

Le désir d’une robe rouge est un affreux péché quand on sait depuis toute petite qu’on est née pour porter une robe noire (p7)

Cette robe rouge changera toute sa vie. Elle le sait. C’est pour cela qu’elle revient de plus en plus souvent la regarder à la boutique, essayant de remplir les forces suffisantes pour l’acheter.

Alors, « le rouge n’est pas une couleur, dans son histoire, c’est un cri » (p15) , un cri qui arrive depuis un horizon « immobile et patient », un horizon qui l’attend. C’est aussi la couleur du sang, la couleur « du Sud » (p19) : des salades, des tomates, des poivrons rouges…

Elle pensera et nous avouera que « le fait qu’elle soit rouge, cela en soi suffit » : le rouge, en guerre contre le noir, la couleur de l’ombre, de la voile.

Alors le mystère est déjà dévoilée: Aminata ouvrira sa fenêtre aux Lumières, de la main de cette révolution provoquée par la lecture du livre de Kant, qui est porter une robe rouge.

Mais aujourd’hui elle sait qu’elle veut « être visible », elle.  Cesser d’être la nuit au milieu du reste du monde. D’être une étoile morte, d’être un visage de pierre qui ne peut rien dire de sa colère ou de sa tristesse. Cesser de ne pas être, de n’être plus… »

"La petite robe noire", une mode inventée par Coco Chanel dans les années 20.

« La petite robe noire », une mode inventée par Coco Chanel dans les années 20.

Notre chère Rosa nous a illustré avec une note historique:  dans les années 20, du XXème siècle, Coco Chanel a inventé la mode de « la petite robe noire », une tenue indispensable dans l’armoire d’une femme.  Deux mondes opposées, un jeu de mots de l’auteure?…

En tout cas, la protagoniste changera non seulement la couleur de ses habits mais elle passera d’une vie en noir et blanc vers une autre  pleine de couleurs.

ANTHOLOGIE

Pour bien savourer le style de l’auteure, voyons à ce propos quelques morceaux de choix du  livre :

  • À trente-trois ans (…) elle a envie de cette robe rouge

  • Elle pense qu’elle est devenue folle, et court se mettre chez elle à l’abri.

  • Le désir d’une robe rouge est un affreux péché quand on sait depuis toute petite qu’on est née pour porter une robe noire…

  • La petite fille avant d’être jeune femme ne sait pas ce que c’est qu’un péché mais on le lui apprend, à défaut de lui enseigner à lire et à écrire.

  •  Car même derrière le rien elle se dit, soudain, qu’il peut exister un monde, peut-être

  •  Son mari lui dit que c’est la plus belle des femmes, qu’elle est à lui, entièrement, et qu’il en est fier. À lui seulement et pour toute la vie.

  • À quoi ressemble le bonheur quand on est une femme

  • Son mari ne la bat pas. Il se contente juste de faire comme si elle n’existait pas.

  • La maîtresse veut tout de même savoir pourquoi la petite n’est pas venue

  •  Ce soir-là son mari n’est pas venu avec elle se coucher. Elle a pourtant dénoué ses cheveux et les a parfumés comme elle le fait chaque fois. Ce soir-là elle le fait pour elle.

  • Voilà, ici nous sommes de l’autre côté du monde, se dit la jeune femme.

  • Dans le quartier du métro Couronnes, il manque le grand figuier de son enfance où elle allait dès qu’elle pouvait déposer son poids de solitude de petite fille orpheline.

  • À quoi bon être libre en prison ?

  • Grand ouverts. C’est l’expression qu’elle préfère de tous les mots qu’elle entend autour d’elle

  •  Tu sais que je veux lire ce livre et porter la robe rouge que je t’ai montrée

  •  Comment être quelqu’un sans visage ?

  • Et pour la première fois se demande ce qu’il peut bien y avoir de différent entre elle et toutes les autres femmes qui ont –comme elle-deux seins, deux jambes, deux bras. Et un visage aussi.

  • Combien dans le monde sont seulement capable d’entendre aujourd’hui la parole d’Emmanuel Kant…

  • Qu’une mère n’a de valeur qu’en enfantant un mâle.

  • Elle accepte l’idée qu’il faudra des années  pour apprendre à lire mais elle refuse d’en parler ouvertement à son mari.

  • Kant dit vrai. Ose savoir

  • Avoir foi en la raison, voilà ce qu’elle a appris dans le livre de son ami Emmanuel Kant

Comme Teresa a souligné, ce livre c’est de la poésie, en lisant ce livre on a l’opportunité de parcourir l’âme de la protagoniste, petit à petit, avec délicatesse,une triste délicatesse mais en même temps il y a de la force et de la détermination dans l’intérieur de cette jeune femme…

La notion d’individu n’a pas encore émergé dans beaucoup de pays. La mesure éthique d’une société  reste sur son respect pour la liberté des individus, de tous les individus sans leur imposer une croyance quelconque, une vision unique de la vie.

La lecture de ce livre dense, dont des messages profonds sont enveloppés d’une délicatesse singulière, a provoquée beaucoup de réflexions .

La qualité d’un bon écrivain, parmi d’autres sans doute, c’est celle de nous introduire dans l’histoire racontée de la main de la sincérité,  faisant croyable tout ce qui se passe, tout ce qu’on vit  quand le lecteur prend le rôle du personnage. De ce point de vue, on peut vraiment dire qu’après avoir lu « Kant et la petite robe rouge » nous tous avons porté le voile, nous tous avons regardé l’horizon derrière d’une fenêtre barrée. L’univers des sentiments féminins est tellement bien reflété qu’il ne faut pas être des femmes pour sentir tout ce néant d’une vie volée,  violée, voilée.

Les plus grandes révolutions, qui ne seront jamais dans le livres d’histoire, « restent à la mentalité » nous dit Lamia Berrada-Berca lors d’un entretien.

Dans la dernière phrase du livre Aminata va prendre son courage à deux mains, lançant un message de auto-surpassement plein d’espoir:

« Demain, pour t’emmener à l’école, je la mettrai »

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Une Réponse

  1. […] Kant et la petite robe rouge (Lamia Berrada) : Une lumière en rouge pour les ombres voilées. […]

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