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De Tanger à Barcelone: une épopée silencieuse

"Rue des voleurs", de Mathias Énard

« Rue des voleurs », de Mathias Énard, Actes Sud 2012.

La chronologie est l’essence même d’un blog. Fixer sur le temps les moments, les évènements, au fur et à mesure qu’ils se produisent. Mais, de temps à autre, une espèce de plainte silencieuse devient révolution, exprimant le besoin de ne pas suivre les  ordres impérieux du Temps. C’est ainsi que notre « Rue des Voleurs », le livre de Mathias Énard, a pris sa place et s’est imposé aux autres livres déjà lus et commentés dans l’Atelier: « La Délicatesse », de David Foenkinos et « Loin de mon père » de Veronique Tadjo. Ils devront encore attendre un peu pour se montrer « noir sur blanc » dans les pages de ce blog, déplacés pour cet « arriviste ».

Mais ils sont beaucoup les mérites qui justifient cette « injustice » temporelle. Le roman de Mathias Énard est une œuvre bien construite, faite à partir d’une analyse réussie et destructrice de la société habitant autour  de la Méditerranée.

Publiée en 2012, ce roman distille actualité. L’écrivain lui-même a qualifié cette œuvre dans un interview sur Le Monde comme de la « littérature de gare », un genre de littérature populaire apparemment sans prétentions.  Mais « Rue des Voleurs » est beaucoup plus qu’un livre pour remplir le temps en attendant l’arrivé du train. C’est un roman poignant, bouleversant, d’un « noir » intense, un « roman-fleuve » qui ramasse l’actualité pour nous montrer sans ambages une réalité crue, nue, qui nous découvre toute une constellation des vies qui crèvent dans les rues, en cachette, dans le « patio en arrière » des vies des gens « normaux ».

C’est un livre qui garde des parallélismes avec « Le pain nu », l’imposant livre de Mohamed Choukri, bien que l’action se déroule chevauchant sur deux villes, peut-être jumelles dans les petites tragédies quotidiennes qu’elles cachent: Tanger et Barcelone. Voici, à la manière d´exemple représentatif de la pensée de cet « humaniste désenchanté », comme il se décrit lui-même, la terrible et oppressante description avec laquelle  débute le livre:

Les hommes sont des chiens, ils se frottent les uns aux autres dans la misère, ils se roulent dans la crasse sans pouvoir en sortir, se lèchent le poil et le sexe à longueur de journée, allongés dans la poussière prêts à tout pour le bout de barbaque ou l’os pourri qu’on voudra bien leur lancer, et moi tout comme eux, je suis un être humain, donc un détritus vicieux esclave de ses instincts, un chien, un chien qui mord quand il a peur et cherche les caresses. (p11)

Ce livre a connu la reconnaissance des étudiants, lors de la réception du Prix Goncourt des Étudiants de Beyrouth et  espère encore la attendue arrivée du monde académicien.

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"Pateras"

« Pateras » qui traversent le Détroit de l’incompréhension et de l’injustice

Rue des voleurs est une métaphore de l’échec de deux mondes qui étaient, néanmoins, obligés à s’entendre, depuis des siècles de disputes. Ce sont deux mondes contraires, mais complémentaires, dont l’existence était justifiée respectivement: ce sont deux mondes d’intérêts opposés, mais qui s’envient et qui se haïssent en même temps:  la « modernité » du monde occidental, chrétien, versus le «traditionalisme » du monde Oriental, islamiste (bien que cette analyse peut déborder des lieux communs ce n’est pas du tout ce qu’il prétend). Tous les deux mondes unis par une mer qui les réconcilie et qui les entremêle, mais qui les embrouille aussi méchamment, maintes fois, dont le symbole le plus remarquable c’est le détroit de Gibraltar, ce grand rempart, ce grand défi.

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Ce n’est pas par hasard que deux filles Espagnoles osent débarquer sur le continent qui devrait garder quelques uns de leurs espoirs. Elles étudient l’arabe ; c’est justement le lien espéré de sa partie, pour partager des expériences avec des inconnus. Mais elles  sont mal-reçues (l’attentat de Marrakech).

Deux garçons Marocains bien maltraités par leur entourage, pleins de complexes personnels, pleins aussi de désir, ils s’approchent des filles sans rien espérer. Néanmoins, il semble que le paradis est venu leur rendre visite. Tous les quatre s’attirent, parfois ils se repoussent. Mais le vrai paradis des garçons se trouve au Nord, de l’autre côté du rempart, de l’autre côté du détroit (Le Détroit).
Pourtant, le Paradis, ce n’est pas le paradis. Le paradis est devenu un enfer.
L’Europe reste déçue par l’Afrique. L’Afrique reste déçue par l’Europe. L’ écroulement du capitalisme, l’idée usée d’une Europe humaniste,  trouve son complément dans l’échec de l’islamisme. Derrière la façade du miracle économique européen se cache une vraie débâcle: le Printemps Arabe ne semble qu’un dur et long hiver.

On apprend le nom du protagoniste (très peu courant) bien entamée la lecture d’une centaine de pages, Lakhdar, est un personnage inquiet, autodidacte, qui mêle sa jeunesse à un besoin permanent d’amélioration. La rue deviendra sa demeure pour toujours à cause d’un « pêché » qui s’avère insignifiant à nos yeux mais qui sera impardonnable des siens: une aventure d’adolescents qui l’amène à fauter avec une cousine lui fera payer pour toute une vie,  la « tache cainite » la portant sur ses épaules. Seule la lecture accompagnera et sauvera Lakhdar.

À la manière d’un journal intime, le livre laisse de la place à son auteur pour son avis sur les évènements d’une déchirante actualité: le Printemps Arabe, le mouvement des indignés… avec une acidité et une lucidité pleine de criticisme sur des mouvements qui n’ont pas encore finis.

L’indignation (dont j’avais vaguement entendu parler par Internet) me semblait un sentiment assez peu révolutionnaire, un truc de vieille dame propre surtout à vous attirer des gnons, un peu comme si un Gandhi sans projet ni détermination s’était un beau jour assis sur le trottoir parce qu’il était indigné par l’occupation britannique, outré. Ça aurait sans doute faire doucement rigoler les Anglais. (…) Je ne me souviens pas si nous avons évoqué, quelques semaines plus tard, l’évacuation des Indignés qui occcupaient la place de Catalogne à Barcelone, chassés comme un vol de pigeons par quelques cars de flics et leurs gourdins, soi-disant pour permettre la célébration de la victoire en championnat du Barça: voilà qui était indignant, que le football prenne le pas sur la politique, mais il semble que personne n’ait réellement protesté, la population reconnaissant, sans son for intérieur, que la réussite de son club, était en soi, un belle fête de la démocratie et de la Catalogne, un Grand Soir renvoyant celui de l’Indignation à quantité négligeable » (p49-40)

Quelqu'un devrait avertir la police que de simples barrières ne pourront pas nous protéger de ceux qui sont dedans.

Quelqu’un devrait avertir la police que de simples barrières ne pourront pas nous protéger de ceux qui sont dedans.

Ces portraits de la réalité du moment actuel font de « Rue des voleurs » un livre proche, un livre qui parle de nous, qui montre l’échec de la démocratie, vaincue par l’économisme.  Une bonne analyse qui nous fait réfléchir sur la fin d’un humanisme utopique guidant les pas des politiciens qui croient régler la vie des tous. Des politiciens qui tournent leur dos aux citoyens qui osent « nous » représenter. Une séparation métaphorisée par l’image du Congrès Espagnol entouré de barrières. En lisant ses pages on arrive même à prendre conscience de l’importance des évènements que nous sommes en train de vivre, on laisse deviner une transcendance encore embryonnaire mais certaine que nous comprendrons avec le repos apporté par les années à venir.

Et cette proximité est renforcée de son style direct, qui s’adresse directement et souvent au lecteur, dans un dialogue permanent avec lui et qui nous fait complices des évènements, de la vie du protagoniste.

Perdu dans un monde des barbus, de drogue, de violence… le protagoniste vit des moments angoissants avec la normalité d’un survivant. L’habilité et les connaissances de l’auteur nous font croire vraiment que Mathias Énard est un vrai arabe et pas un professeur Français, traducteur des livres arabes. Un écrivain sincère, croyable qui mérite d’une autre séance pour bien analyser tous les mystères et les nuances d’une œuvre admirable.

Aura-t-il l’occasion dans notre prochain séance o bien la chaine du temps sera une autre fois brisée par l’impatience d’un autre livre?

Nous serions ravis un jour de pouvoir commenter ce roman avec des étudiants marocains, c’est l’un de nos plus chers souhaits. En attendant ce moment… nous poursuivrons notre débat, sur des sujets qui méritent une réflexion permanente.

Pour en savoir plus

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