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Retour à la vie

Rue Darwin

Voici la plaque bleue de l’ancienne « Rue Darwin » de Belcourt, à Alger. N’y aurait-il pas une rue Darwin dans chacun de nous ?

On ne peut pas parler de littérature francophone sans citer cet auteur: Boualem Sansal, l’auteur de « Rue Darwin ».

C’est la première fois dans toute l’histoire de l’Atelier que nous allons aborder le commentaire d’un livre en trois séances. Telle est la complexité de cette œuvre.

Un roman psychologique, qui mérite d’une lecture reposée, avec un style moderne d’un auteur maudit dans son pays, pour le régime politique, mais qui distille sensibilité, émotion, et beaucoup de réflexions.

Alors, qui est Boualem Sansal?

D’abord il faut parcourir un peu ces bribes de biographie de l’auteur pour le situer dans le panorama littéraire et pour connaitre ses idées et son idéologie. Boualem Sansal est un écrivain algérien francophone, né en 1949, dans une famille laïque, moderne et francophone, et qui a vécu en Algérie depuis sa naissance et ne possède pas de double nationalité.. Il est l’auteur de plusieurs romans et essais, dont en particulier: Le serment des barbares (1999), son premier roman, Poste restante Alger, Lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes (2006), Le village de l’Allemand ou le journal des frères Schiller (2008), Rue Darwin (2011), publiés aux Éditions Gallimard.

Ingénieur et économiste de formation,  il a longtemps travaillé pour l’industrie pétrolière, et, plus tard, il a fait sa carrière dans l’enseignement et après comme un haut fonctionnaire dans le ministère de l’Industrie et dans l’administration de son pays. En 2003, il sera limogé de son poste de directeur général au Ministère de l’Industrie en raison de ses écrits et de ses prises de position contre le régime algérien.

Or son histoire d’écrivain a commencée très tard dans sa vie. Un acte de bravoure car il a préféré quitter une bonne position sociale pour une «copine» : «la littérature» si peu prévisible mais non moins prolifique.

En 2011, à Francfort, il reçoit le prestigieux prix de la Paix des Libraires allemands.

Très populaire en France et en Allemagne, ses livres sont interdits en Algérie où il continue à vivre malgré tout. La menace qui pèse sur Boualem Sansal est probablement accentuée par son statut, d’appartenance à l’élite intellectuelle algérienne.

Dans un entretien accordé à Global Post, Boualem Sansal déclare:

«J’ai de nombreux ennemis» dit-il, en esquissant un sourire. «J’ai toujours détesté la manière dont les gens utilisent l’Islam, comme une arme de guerre. J’ai toujours détesté le discours anti-occidental des islamistes. Ils m’accusent d’être un ennemi de l’islamisation, mais comment pouvez-vous être un ennemi de quelque chose que vous ne reconnaissez pas ?»

Son travail, et ce depuis son premier roman, rédigé à 50 ans, s’est toujours axé sur ce rejet profond du fanatisme islamique très présent et oppressif en Algérie, enraciné profondément dans la population traditionnelle, malgré les tentatives du gouvernement actuel d’améliorer les relations avec l’Europe.

Et,à propos du Printemps Arabe, dans ce même entretien, il dit:

« Le printemps arabe a complètement échoué » (…) « C’est une catastrophe dont seuls les islamistes vont tirer profit ».

Selon l’auteur de cet entretien…

Boualem Sansal, se définit en «exil intérieur» permanent. Lui et son épouse Naziha, professeur de mathématiques, vivent dans une ville universitaire encerclés de murs et de barbelés. Sa femme et ses sœurs «font partie des gens les plus braves que je connaisse» dit-il, «car ils osent quitter le foyer en tenue occidentale régulière, et sans le voile».

Son premier roman, publié en 2000, lui a fait perdre son emploi au Ministère et a provoqué le licenciement de sa femme de l’Université d’Alger. Il a commencé à avoir du mal à renouveler son passeport. Il a également été la cible d’une campagne de propagande dans laquelle il a été décrit comme un ennemi de la nation arabe, de l’Islam et des traditions, à la solde des États-Unis, d’Israël et de leurs perversions. Ses deux filles, issues d’un premier mariage, vivent à Prague en République Tchèque. Il définit l’islam radical comme le «vrai problème de tous les pays arabes». «Pendant environ une dizaine d’années après l’Indépendance, les choses étaient normales en Algérie» explique-t-il. «Puis ils ont débuté un processus de nationalisme, d’islamisation, d’arabisation et ont progressivement abandonné le développement et la laïcité. C’est là que tous les problèmes ont commencé.»

Boualem est, alors,  le produit de son éducation française, une contradiction souvent présente chez les peuples soumis au colonialisme et qui ont conquis leur indépendance

« Les » rues Darwin

Un quartier oublié

Un quartier oublié du Temps

Voici un livre dont l’histoire est complexe et simple en même temps, avec beaucoup de personnages dont le sujet est humainement déchirant. Un roman fortement philosophique. Un fil conducteur presque invisible nous conduit vers l’histoire du protagoniste-narrateur, Yazid, qui, après la mort de sa mère, décide de retourner rue Darwin dans le quartier de Belcourt à Alger, où il a vécu son adolescence.

Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face est venu. (page 33)

Il est temps alors que le mensonge redevienne la vérité… (Page 70)

Son passé est dominé par la figure de Lalla Sadia, dite Djéda, sa toute-puissante grand-mère adoptive, qui a fait fortune installée dans son fief villageois – fortune dont le point de départ fut le florissant bordel jouxtant la maison familiale. Djeda, riche, importante, respectée, effrayante, un archétype insolite, peu fréquent dans la littérature.

Né en 1949, Yazid a été aussitôt enlevé à sa mère prostituée, elle-même expédiée à Alger. Il passe une enfance radieuse au village, dans ce phalanstère grouillant d’enfants. Mais quand il atteint ses huit ans, sa mère parvient à l’arracher à l’emprise de la grand-mère maquerelle. C’est ainsi qu’il débarque rue Darwin, dans une famille inconnue.

Cela et le dénouement de l’histoire nous permet de comprendre la dédicace du livre :

À ma défunte mère. À mes frères et mes sœurs de par le monde.

Et celles de la première des couvertures intérieures :

Nous sommes faits de plusieurs vies. Mais nous n’en connaissons qu’une.

C’est de cela que nous allons parler, c’est notre histoire, nous la savons sans la savoir.

Yazid, «écrivain- narrateur», nous fait penser à Boualem, revient sur les lieux de son enfance, Une enfance entourée de femmes, et quelles femmes. !!! Les hommes se font rares, et très petits quand ils existent ; Il ne sait pas trop d’où il vient, Yazid. Sa mère, son père…tout cela est bien flou

Comme un décor à peine perceptible, l’Algérie est toujours présente. L’auteur fait aussi un portrait de son pays, ce même pays qui a vu naitre Albert Camus avant les années de plomb. L’époque décrite par Sansal c’est celle de la guerre entre Algériens et Français, la guerre de l’Indépendance. On dirait que l’auteur nous fait découvrir la grande Histoire de l’Algérie au fur et à mesure que l’on connait la petite histoire de sa vie.

Les pieds noir, le film

Les pieds noir, le film

On apprend beaucoup sur l’histoire de la seconde moitié du XXème siècle sur le thème de l’émigration et des racines, de l’identité, de la religion. La situation brutale du pays, on dirait un pays arriéré, un pays coupé par la douleur, mutilé par une guerre sociale, brutale, folle, comme il arrive pour toutes les guerres.

Pour nous, les Espagnols, l’histoire de l’Algérie et même celle du peuple algérien nous est un peu trop méconnue. Le plus «français» des pays du Nord de l’Afrique surgis à partir de la décolonisation. Mais les problèmes continuent et la situation est devenue insoutenable pour la population qui n’arrive même pas à pouvoir soigner ses malades.

Quelqu’un d’entre nous avons des souvenirs joyeux à propos de l’expérience d’avoir partagé des moments avec quelques « pieds-noirs », ces Français qui étaient passé par L’Espagne au moment de devoir quitter l’Algérie et qui se sont même installés dans notre pays dans une ville côtière : Alicante, Valencia…  Une vie en déroute qui mérite notre respect et admiration, plus encore en ce moment dont autant de familles, de personnes sont aussi forcées à abandonner leur pays pour essayer de prendre une vie qui puisse être qualifiée d’humaine.

Nous avons exprimé lors du commentaire du livre notre confusion envers toute cette succession des évènements racontés et qui rendait le fil de l’histoire un peu bizarre ,car elle nous empêchait de suivre facilement la lecture.

Camus et Boualem Sansal

Albert Camus

Le débat nous emmène à penser à un autre écrivain bien connu et compatriote de Boualem Sansal et on pourrait dire « voisin » du même quartier, car il a habité aussi Belcourt : Albert Camus , et à réfléchir à ces phrases exprimées dans son premier petit roman « L’envers et l’endroit »  (1937), le tout 1er essai de Camus et sa première œuvre écrite à 22 ans.

Camus disait que le seul rôle véritable de l’homme, né dans un monde absurde, était de vivre, d’avoir conscience de sa vie, de sa révolte, de sa liberté.

La pauvreté, d’abord, n’a jamais été un malheur pour moi : la lumière y répandait ses richesses. Même mes révoltes en on été éclairées.(p.13 )En Afrique, la mer et le soleil ne coutent rien. (pag. 14)

J’aime la maison nue des Arabes ou des Espagnols (pag.18) (L’envers et l’endroit)

Et voici le 1er paragraphe de la 2ème partie de la « Rue Darwin » qui fera aussi le lien de l’endroit à travers le spectre descriptif de la population de Belcourt

De tout l’ancien peuple de Belcourt, il ne restait personne.Ou de vagues survivants, des vieux particulièrement abimés, des Robinson Crusoé échoués sur une ile peuplée d’étrangers, surpeuplée je dirais. Et, naufragés parmi les naufragés, se reconnaissaient quelques Israélites ratatinés par les soucis mais qui savaient encore passer inaperçus, et des pieds-noirs dépareillés, des vieux ou des vieilles, jamais les deux ensemble, la main dans la main ou bras dessus bras dessous. Ils me faisaient de la peine et surtout ils me déprimaient, ils me disaient ce que je serais moi-même dans quelques années dans mon propre quartier, le Champ de Manœuvres, je l’étais déjà,un naufragé parmi des étrangers frais émoulus, des inconnus, des campagnards mêlés de jaunes, des voleurs de boulot ou des Chinois venus de loin, des Afghans de passage, des repentis, des récidivistes, des islamistes de tout poil, que sais-je, tous plus ou moins recherchés par Interpol mais que personne ne semblait pressé de saisir et de déférer, et des changeurs en état d’alerte qui couraient d’une boutique à l’autre avec des sachets noirs pleins de billets sales […] S i anciens il restait, ils ne se montraient pas dans le quartier, comme moi ils devaient vivre dans une certaine clandestinité.

C’est un portrait terrible, poignant. Qui a lu Camus ou a connu ce pays et ses habitants avant les années de plomb ressent un terrible sentiment de révolte, et de gâchis . Sansal avec ce paragraphe décrit une société déchirée parla guerre et expose ce contraste et fait constater que rien n’a changé… (lire l’article écrit par Carmelo López à propos de la relation entre les deux auteurs)

Le style

C’est une écriture attirante, qui nous montre l’habilité et le métier, ainsi que  la profonde connaissance d’un écrivain dans sa maturité.  C’est l’œuvre d’un écrivain détaillé, précis, élégant. L’auteur nous offre une manière différente d’écrire, de penser, de nous surprendre et d’interpréter les évènements de chaque jour. Deux styles de langages se côtoient, le soutenu et scientifique et cet autre des expressions de langue familière et parlée.

Ce murmure comme un acouphène (pag. 248)

Elle pouvait sortir à présent, nous étions immuns  (pag.248)

Je ramassais mes cliques et mes claques.. (pag.252)

…d’une favela en activité tellurique permanente (pag. 40)

Tout là-haut, entre un immeuble métastasé, une maisonnette dévorée par son sauvage bric-à-brac…

les colères de la terre avaient à voir avec la tectonique du bien et du mal. (Page. 81)

La structure du roman est un peu choquante: deux parties inégales en extension et en style. La première, immense par rapport à la deuxième, plus obscure et avec des descriptions complexes et dures et des digressions qui font perdre le fil de temps à autre. La seconde partie est une espèce de libération, quand on trouve la justification finale.

C’est un livre avec beaucoup de facettes: émotive, émouvante parfois; dense et distante en quelques moments…

Les portraits des personnages sont très acides et critiques; il utilise les  métaphores, les adjectifs, les descriptions avec l’habilité et la subtilité d’un chirurgien.

L’homme est une bête abominable, et cette bête vit en troupeau, or la vie en troupeau c’est ça, dévorer ou se faire dévorer, dominer ou être dominé, et dans cette affaire la femelle est une bête à part, inutile et déplorable, cruelle et insatiable. (Page 75)

 Un style moderne, direct, dont le Temps devient le régleur, le seigneur et maitre de tout:  des flashbacks, des flashforwards secouent le lecteur avec l’impuissance  d’un marin en plein panne. Nous avons admiré le style élégant et parfois ironique de lauteur pour mener à bien la description des portraits des personnages, la quête de soi, le courage et la force de faire face à son passé, ses profondes réflexions philosophiques … et tout cela enveloppé dune  technique  littéraire moderne: le monologue intérieur que nous a poussés aussi à nous demander nous-mêmes où se trouve la poésie de ce long roman .Ce qui nous a bien accroché dans cette histoire cest la grande habilité de lauteur pour maintenir la haleine du lecteur jusqu’à la fin.

En somme, un texte mûr dont on savoure chaque ligne.

Teresa souligne le manque d’écrivains espagnols actuels d’une profondeur pareille. Pas du tout comme ça c’est passé chez la littérature sud-américaine, d’un style raffiné, plein de poésie et de saveur.

La symbologie

Le narrateur devient un explorateur en quête de soi-même, «éventrant» des tombes oubliées, découvrant des histoires enracinées dans une dense couche pleine d’amnésie thérapeutique. C’est un personnage qui aime tout et tous, les siens, son pays. L’amour partout, comme « slogan » implicite du roman.

SAN MANUEL BUENO, MARTIR   de MIGUEL DE UNAMUNO. Une bonne lecture pour revenir aux "classiques" espagnols.

SAN MANUEL BUENO, MARTIR de MIGUEL DE UNAMUNO. Une bonne lecture pour revenir aux « classiques » espagnols.

On souligne le contraste entre cette façon de contempler le passé, la propre vie comme spectateur critique et le sens tragique de ce que nous avons appelé « la littérature pathétique » des Espagnols.

Teresa a remarqué aussi des liaisons avec l’oeuvre de l’espagnol Miguel de Unamuno, San Manual Bueno Mártir, aussi à la recherche de soi-même que vous pouvez lire en Espagnol, sur ce lien.

Quelques clés pour bien saisir l’âme de cette histoire:

  • L’importance de la famille comme gardienne de l’identité personnelle: toute l’histoire autour d’une quête pour accomplir l’ultime désir de la mère du protagoniste.
  • Le dilemme impossible: pouvoir choisir entre deux vies, la vie vécue et la vie manquée, celle qu’il pouvait avoir eue s’il avait été l’héritier, s’il n’était pas  retourné avec sa mère. Une vie tronquée comme celle du protagoniste élevé  dans un bordel – autobiographique. Boualem Sansal s’expose, risque tout dans cet exercice d’auto-analyse, cette dissection de son âme.
  • Un sens de « quotidienneté » à côte du Fatum: on nous annonce la fin de l’histoire avant la fin même, il va nous cadrer d’une fois pour toutes ce que le lecteur attend : un résumé clair et authentique des origines

J’étais l’enfant du néant et de la tromperie ( page 69) Je découvrais que mon père nétait pas mon père et il venait de mourir; que ma mère nétait pas ma mère et elle venait de disparaître; que ma vraie mère était une inconnue qui mavait conçu avec des inconnus de passage dans une maison interdite et elle avait disparu à son tour. Ne restait que Djéda et plus tard jai découvert quelle nétait pas ma grand-mère mais la sœur aînée de ma grand-mère, laquelle nétait pas plus ma grand-mère que son fils nétait mon père. (Page 69)

  • Le symbole de l’arbre:

Une fois écrite, lhistoire est comme un arbre coupé de sa terre, ébranché, écorcé, rectifié, débarrassé de ses nœuds et rangé dans un coin. Cest une grume lisse et propre quon peut emporter aisément. En me relisant, je constate quil reste tant de questions sans réponses et dombres que je ne peux dissiper. Autour de lhistoire il y a une histoire et dans lhistoire il y a lhistoire de chacun de ceux qui sy sont trouvés mêlés, tout se tient. Larbre est aussi dans ses branches et ses racines, et dans la sylve qui lentoure .(pag.233)

l'arbre tranché

Un arbre tranché, dépourvu de ses racines, oublié au milieu d’un paysage vide. Mais sur chaque souche d’arbre on peut encore lire sur ses anneaux l’histoire de sa vie

Mais l’histoire se déroule sur un des sujets éternels : la recherche des origines, le besoin de retourner sur nos pas pour trouver les explications de notre propre existence, les clés qui gardent les secrets les plus chers, les plus intimes  et les plus oubliés de notre mémoire…

La phrase leitmotiv du texte tourne insistante sur nous, pendant que nous parcourons les pages:

Retourne à la rue Darwin, Retourne à la rue Darwin… (pag.32)

Pour quelques uns d’entre nous cette image nous a rappelé cette autre du film « Citoyen Kane » et le célèbre « Rosebud », « Rosebud »… comme un mystère qui  justifie et que transcende toute l’histoire.

Mais la rue Darwin n’existe plus. Il faut la découvrir au milieu de la modernité actuelle, au dessous des nouveaux noms des rues, essayant d’effacer dans notre imagination les couches superposées sur nos souvenirs pour cet artisan transformateur qui est le Temps.

Et aussi partout une autre expression : le grouillement de la misère, la menace de la pauvreté et l’effort des protagonistes pour éviter un destin presque décidé pour eux tous depuis leur naissance.

L’auteur-narrateur projette aussi son regard d’enfant sur la famille, la guerre -un discours intermittent qui apparait plusieurs fois dans l’histoire; sur son rôle de frère aîné, de ses convictions, d’un monde auquel il n’aurait pas dû appartenir . C’était une vie difficile, mais heureuse malgré tout.

« La guerre est finalement une sacrée machine à écourter l’enfance. »

Alors j’ai aimé mes frères et mes sœurs d’un amour de forçat, si fort que j’en ai oublié de vivre. »

Des tirades des reflexions, (pags. 72,73..)

Des descriptions cruelles (pag. 77,78..) d’autres sensibles (pag.90)

Sur la guerre et la paix (pag. 108… )

… j’ai vécu ma vie, seulement ma vie, d’une manière quasi autiste, jour après jour, comme un bon commerçant qui le matin ouvre sa boutique et le soir la ferme, sans joie ni dépit, avec l’idée que demain il fera mieux. Un monde de routine, méfiant et renfermé. (pag. 234 )

Les dernières questions posées à l’auteur dans cet entretien dont on a déjà parlé peuvent nous aider à comprendre son roman et à comprendre aussi son point de vue existentiel

Tu n’as jamais été tenté par l’exil ?Si, si. Cela me tente tous les jours, mais je préfère rester en Algérie. Je vis à Boumerdès avec ma femme. Mes deux filles, nées d’un premier mariage avec une Tchèque, vivent à Prague. J’avais et j’ai encore la possibilité de partir, de vivre aisément ailleurs, mais j’ai choisi de rester dans mon pays. Je n’ai pas quitté l’Algérie dans les années de bruit et de fureur, je ne la quitterai pas aujourd’hui.

De quoi vit Boualem Sansal ? Mes livres me mettent à l’abri du besoin. Je vis confortablement des revenus de mes écrits qui sont traduits dans une vingtaine de langues. Quand j’écris, je suis dans ma bulle à la maison. Je travaille entre 10 et 12 heures sans arrêt. Quand le livre est publié, j’assure comme on dit le service-après vente. Sinon, je suis un citoyen algérien ordinaire.

Nous avons parlé de nos sentiments après avoir lu l’une des dernières phrases de l’histoire :

Au jeu du secret, je les ai un peu battues… sauf si elles savaient que je savais. (pag. 254)

Une conclusion inachevée: regarder en arrière avec générosité et sans amertume est une démonstration de maturité; la vie ne nous offre pas d’habitude une seconde opportunité…

L’auteur arrive à imposer le calme à la fin de la tragédie,  à assumer le passé comme une partie essentielle de la vie, à établir un grand respect pour l’essence de chacun, enfermée dans cette petite histoire personnelle ciselée de douleur.

Rosa,  nous a rendu visite, à déployé tout son sens de l’humour pour nous raconter une anecdote qui nous rappelle que l’histoire  ne s’écrit jamais comme une liste de défaites et des échecs mais avec la relation des batailles gagnées.

Avant de finir définitivement nous avons décidé pour une fois nous livrer au jeu du portrait chinois: à chaque fois qu’on nous demanderait des opinions sur ce roman on pourrait répondre en faisant des liaisons sentimentales avec nos expériences.

Voici, alors, ce portrait chinois qui va nous servir de résumé pour cette grande lecture.

  •  Si c’était une chanson, ce serait « La Bohème » /«Ne me quitte pas », «La Calle Melancolía»
  • Si c’était un personnage de l’histoire (nous sommes encore à la recherche de ce personnage, mais on pourrait dire que ce serait un explorateur, peut-être Livingstone, perdu et rencontré, ou « notre » Léon l’Africain, un des personnages de la « famille littéraire » de l’Atelier…. )
  • Si c’était une vertu, la générosité, la patience, la prudence, le dévouement
  • Si c’était un pêché , ce serait le pêché originel
  • Si c’était une dévisse ce serait « rue/mère/pays » /«à la recherche de l’origine perdu »
  • Si c’était une question ce serait « qui suis-je ?» / «Qui a la clé pour fermer le pas à l’injustice ?»
  • Si c’était un film ce serait « La bataille d’Alger »/ «Chacal»/ «Ciudadano Kane»

La « Rue Darwin » nous a attrapés. Décidément… cette rue est un terrain de « sables mouvants » des et pour les sentiments… Boualem Sansal est vraiment un charmeur des serpents…

On doit couper ce « cordon ombilical » que nous relie aux « rues Darwins » de chacun de nous pour sauter vers notre prochaine projet de lecture, chez les terrains de l’Afrique la plus profonde, « Loin de mon père », de Véronique Tadjo,  un titre qui nous semble aussi une très belle manière de clore ces séances, loin de ces souvenirs cachés dans nos mémoires.

Pour en savoir plus

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2 Réponses

  1. […] Rue Darwin (Boualem Sansal)  : Retour à la vie […]

  2. […] ville que nous avons connu de la main d’un autre auteur algérien : Boualem Sansal : et sa « Rue Darwin ». À cette occasion, notre copain Carmelo a fait un essai à propos aussi d’une […]

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