• Bienvenus à l’Atelier de Littérature d’Expression Française

    Bienvenues à l'Atelier de Littérature française
    Si vous, internaute, d’où que vous veniez, vous êtes arrivé sur ce blog emporté par l'espoir de trouver un lieu où partager votre intérêt pour la littérature en langue française, vous êtes les bienvenus. Veuillez bien participer avec vos inquiétudes et vos idées en répondant aux posts affichés. Merci de votre visite et de vos opinions..

    Les membres de l'atelier de littérature.

    Tous à vos tâches
  • Pour nous trouver...

    Vendredi de 17h-19h (Consultez le calendrier sur la marge droite)
  • J’aime lire

  • Lisez le Bulletin de l’Atelier

    Lisez le Bulletin de l'Atelier
  • Version iPad-iPhone

    Version iPad-iPhone

    Cliquez sur l'image, téléchargez Flipboard et regardez le magazine de l'Atelier sur ton iPhone, ipad

  • Contributions

    Contributions
  • Chercher para catégories

  • Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire a ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par e-mail.

    Rejoignez 339 autres abonnés

  • Follow Atelier de littérature d'expression française on WordPress.com
  • Vidéothèque

  • RSS Vidéothèque sur l’Islam (en espagnol)

  • Phonothèque

    Phonothèque
  • RSS Audiolivres

  • Fiches de lecture
  • Échos littéraires

    Échos littéraires
  • Ecos literarios

  • La bibliothèque de l'Atelier

    La bibliothèque de l'Atelier

  • Mon livre préféré

    Mon livre préféré
  • Articles les plus consultés

  • Archives

  • Commentaires récents

    2016-2017: Une année… sur Noël multicouleur
    2016-2017: Une année… sur Chagrin en temps de jeune…
    Témoignage sur l… sur Rentrée
    Re-vivre la vie | At… sur Peindre pour survivre
    Leticia Hernández Ló… sur Le crépuscule des coeurs
  • Nous avons eu...

    • 129,086 visiteurs
  • Visiteur
  • Administration

Suite Africaine

Un arbre très littéraire

Un arbre très littéraire au Congrès de la FIPF, à Durban (Afrique du Sud)

Une fois le temps passé et avec la distance qui caractérise tous les événements, je crois le moment venu de laisser dans cet espace bien à nous, à notre Atelier, une petite trace de  mon passage par Durban et de  ma participation au XIIIème Congrès de la FIPF (Fédération Internationale de Professeurs de Français) et je voudrais que ces quelques souvenirs s’appellent «Suite africaine»

Et je commence par une citation que j’aime beaucoup et qui me semble parfaite pour initier ce petit récit qui me paraît déjà, avant de le commencer difficile d’accomplir :

« Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne»

(Colette).

Cette phrase,  je l’ai entendue dans un reportage de France Culture à Xavier North (Délégué Générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) et que nous tous, les participants avons eu la grande occasion de voir en vif et en direct dans sa conférence plenière : « Le français au défi de la pluralité ». L’écouter, c’est une caresse pour les oreilles.

Je ne pourrais pas rassembler ici tout mon vécu mais je vais me contenter de raconter les moments forts, les moments profondément  émotionnels de cette semaine passée dans un pays nouveau pour moi, très jeune, très vivant, très mélangé, très diversifié et qui porte dans sa peau la marque de l’indépendance, de la diversité, de la lutte permanente, de l’affirmation de son identité et de son amour pour la défense des langues. Nous avons 11 langues officielles en Afrique du Sud.

 

Un tout premier moment fort a été mon arrivée à l’aéroport de Durban, après plus de 20 heures  de vol et trois escales, la plus impressionnante celle de l’aéroport de Johannesburg. C’était comme si ce jour-là tout le monde s’était donné rendez-vous devant les contrôles policiers qui occupaient un rang de plus de trente postes… et il fallait faire une immense queue  pour y accéder et pour bien te regarder sur ton passeport et franchir la porte magique de l’Afrique du Sud.

Un panorama du Congrès

Un panorama du Congrès

Un autre moment fort a été la cérémonie d’ouverture et il était normal de la commencer par un petit discours prononcé en anglais par le Ministre de l’Education Nationale,  bien vite traduit en français,  puisque la langue officielle en Afrique du Sud c’est l’anglais de la colonisation. Francesca BALLADON, une femme énergique qui a pris en main  avec toute son équipe l’organisation de ce grand Congrès a brisé la glace de la solennité. 140 pays réunis ici, c’est la preuve visible de l’union à travers la diversité. Et ce discours a été ouvert par une phrase fétiche, une salutation internationale entre la communauté francophone :

« Je commence par une phrase que nous connaissons tous comme professeurs de français : «Je m’appelle »…

Et les belles phrases des discours se sont succédé prononcées par les différents illustres intervenants :

« La richesse du français se trouve dans son pouvoir de cohésion». »Un message d’amour pour la diversité ». « Le temps de l’Afrique est arrivé ». « Nous serons 700.000 millions de francophones dans l’avenir » « Ce congrès rend hommage à votre travail et à votre engagement » « Vous êtes plus que tout cela, vous êtes les portes de la complexité, du pluralisme. » « Nul ne l’ignore, le métier de l’enseignant est tourmenté, frustrant, … » « Le français est une langue moderne, une langue d’avenir. « Le réveil du peuple arabe » « Il est temps de consolider la famille francophone, une géolinguistique en croissance ». Il reste beaucoup à faire en Afrique : scolariser les filles ». « Il est essentiel d’accompagner la littérature. « Le français est une des rares langues à enseigner comme 2ème langue , c’est la 2ème langue à être apprise. » « Il faut continuer à plaidoyer pour le multilinguisme ». « Convaincre qu’apprendre le français est un atout pour la vie commerciale, il faut développer les certifications. » « Les médias ne sont pas souvent nos amis, mais on va faire qu’ils le soient ».

Voici donc le moment de nous rassembler depuis 4ans, vous pouvez être fiers de représenter vos collègues.

Et les discours se suivaient et les belles phrases aussi et on était tous confortablement assis dans une grande salle de spectacles bien décorée, à l’africaine pour l’occasion. Et nous nous sommes levés pour écouter l’hymne de l’Afrique du Sud, et pour applaudir les danseurs africains. Et il ne manquait pas du tout une allusion claire et nette à Nelson Mandela qui a lutté contre la longue et douloureuse histoire de l’appartheid, et une de ses plus belles phrases :

« Ce qui est fait pour nous, sans nous, se fait contre nous »

Dans les rues de Durban

Dans les rues de Durban

Et les intervenants continuaient à se succéder et nous à bien écouter, et à nous regarder et à faire des commentaires. Ce premier jour j’avais fait la connaissance d’une jeune femme Congolaise à l’hôtel où on était logés  un bon nombre  des participants.(En espagnol on dirait : « la plana mayor ») car il y avait Xavier North, Pierre Janin, un autre répresentant de la langue française, Jean Pierre Cuq, le Président de la FIPF et d’autres membres du Conseil d’Administration.

Une ville de contrastes

Une ville de contrastes

Nous sommes parties toutes les deux ensemble pour le Palais de Congrès qui se trouvait à l’autre bout de l’hôtel, vers l’intérieur de la ville, cette vieille et moderne ville de Durban aux bâtiments noirâtres et colorés, visiblement dégradés les uns, bien entretenus les autres, une ville chaotique et tristement animée par des hommes et des femmes qui passent leur temps à regarder,  qui te croisent, qui parfois veulent t’interpeler. L’harmonie architecturale a été remplacée par l’anarchie moderne des laideurs permanentes . On y trouve des rues pleines de salons de coiffure qui sont à la fois des cyber cafés,  des boutiques fast-food, les unes collées aux autres.. des grandes surfaces commerciales, la plupart disait-on c’était aux Chinois… et aux Indiens…

Virginie et moi

Virginie et moi

Virginie Mouanda, conteuse et écrivaine Congolaise avait été mon guide très souvent..  Ce jour-la on était toutes les deux accompagnées aussi d’un autre prof africain qu’elle avait connu pendant son voyage depuis le Congo. Il venait de Bangui, un nouveau pays d’Afrique Centrale.  Souvent, après les activités de la journée au congrès nous repartions ensemble pour nous reposer un peu à l’hôtel et continuer la vie « nocturne » à Durban, une vie qui n’existait pas en dehors de nous et entre nous, les congressistes. Nous avions toutes les fins d’ après-midis des activités en commun : une réception à l’hôtel de ville, un cocktail offert par l’association Wallonie-Bruxelles, un dîner de gala pour la dernière soirée… La nuit tombait à Durban vers 5 heures , c’était l’hiver austral mais même en hiver on se croirait en été grâce à ce soleil éclatant qui nous a accompagnés pendant tout le séjour. Même pas un signe de nuage…

Les "tertulias": un trésor à garder dans la mémoire

Les « tertulias »: un trésor à garder dans la mémoire

Mais surtout  d’autres moments forts et bien appréciés ont été les rencontres que l’on faisait à l’hôtel, le soir, une petite réunion de gens qui connaissaient d’autres gens et qui invitaient à partager les conversations, les idées, les opinions de la journée, les activités réalisées ,… Ces « tertulias » font partie de mes plus beaux souvenirs j’y ai rencontré grâce à d’autres participants, , des écrivains, d’autres profs, et le traducteur de l’écrivaine Nadine Gordimer. Un homme bel et bien vêtu à la manière britannique.  Dès qu’une réunion était composée d’autres participants qui y arrivaient passaient dire « bonjour », et certains y restaient.. à discuter, à refaire le monde et sa littérature. Un de ces soirs, étant consciente de ce moment sublime que l’on respirait, j’ai  osé demander la prise d’une photo, en profitant de ce moment immortel : il y avait deux écrivains marocains,  notre cher ami de l’Atelier de Littérature  Abdellah Baïda, et Kébir Ammi, que l’on venait de me présenter,  l’écrivaine d’origine ivoirienne Véronique Tadjo, l’accueillant et sympathique Bernard Magnier, chef de la maison d’édition Actes Sud et directeur de Collection Afriques, un participant Québécois rencontré à l’aéroport avec sa femme, Nicole et Jean-Yves.  Tous les deux, de même que moi attendions nos valises, car cela aussi fait aussi partie de l’aventure, ma valise étant arrivée à Durban deux heures après moi . Je me rappellerai toujours  cette phrase gentiment prononcée par un agent de l’aéroport : « The next flight, mam ». Personne ne parlait ni français ni espagnol. Only english.

Jean-Yves venait invité par l’Institut Français de Paris pour parler de Twittérature.  Lui, un petit homme très souriant et Elle aussi possédait un bel sourire énigmatique toujours fixé sur ses lèvres.

Le jardin botanique

Le jardin botanique

Notre temps était doucement et habilement chronométré, on se sentait en vacances et en même temps on travaillait. Dès l’arrivée au Palais de Congrès on commençait a choisir nos ateliers, nos conférences, nos instants de détente autour d’un café pris après le repas de midi où l’on faisait aussi des rencontres imprévues comme par exemple celle de deux profs argentines de La Plata : Leonor et Gabriela, deux êtres incandescents qui émanaient le meilleur des sourires. Elles présentaient leur candidature pour le prochain congrès de la FIPF à Tucumán… mais le hasard de la vie a fait que le congrès voyage tout juste à côté de nous, les Européens, dans la ville de Liège pour 2016, et elles ont dû garder l’espoir de Tucumán pour 2020. Nous nous sommes mises à parler comme si on se connaissait depuis toujours , tantôt en français, tantôt en espagnol. Dans mon cas, n’ayant rencontré aucun prof espagnol dans ce Congrès j’ai passé la semaine à parler français (et un petit peu mon anglais de survivance) Un soir, seulement, à l’hôtel, j’ai fait la connaissance de notre représentant Espagnol à la FIPF Julian Serrano prof à l’Université de Cuenca. (Mais, malheureusement, je pense que le courant n’a pas bien passé entre nous).On aurait dit des étrangers, presque des inconnus…

Palais de Congrès

La Nature, dans le Palais de Congrès

Mon choix des ateliers était clair: je voulais des horizons nouveaux, en dehors de tout cadre des certifications, examens, cadre européen de référence, TBI et d’autres machins archi-connus. Je n’étais pas allée en Afrique du Sud pour continuer à me laisser rebattre les oreilles avec ces histoires à mourir d’ennui.. voilà pourquoi j’ai choisi des ateliers plutôt littéraires: Trois écrivains, trois littéraires, trois regards ; écritures de femmes, écritures militantes ; culture quotidienne, culture patrimoniale française, et francophone, la culture autrement ;panorama des littératures francophones d’Afrique .. L’intercompréhennsion et pourtant un après-midi j’ai concédé un peu de mon temps à un sujet européen : Les politiques linguistiques nationales des pays européens et les associations de CEO. Julian Serrano faisait un compte-rendu des associations de français existant en Espagne. Moi qui n’appartiens à aucune, c’était un sujet d’information générale sur les différentes associations de professeurs européennes.

Le plus important était sans doute le contact avec les gens, les rencontres dans les couloirs, un regard, un mot, suffisait pour nous dire bonjour et entamer une petite présentation… j’ai fait la connaissance rapide d’une prof hollandaise qui exprimait son désir de trouver des livres « faciles » pour la lecture en classe, et je lui ai tout de suite conseillé de lire : « Une année chez les Français » de l’écrivain Fouad Laroui.

Un endroit pour la lecture et la réflexion

Un endroit pour la lecture et la réflexion

Il y avait aussi dans l’enceinte du Palais des espaces alternatifs aménagés pour s’y asseoir, écouter et lire de la poésie. Dès mon arrivée j’ai toute de suite voulu découvrir « L’arbre à palabres ». Je m’attendais à un vrai baobab mais je n’y ai trouvé que la silhouette moderne, style Giacometti, d’un arbre où on avait suspendu les poèmes envoyés, comme par exemple le nôtre, celui de notre Atelier. Hélas, j’ai été très déçue, n’ayant pas pu le retrouver, j’ai pensé qu’il n’y était pas…

Le mercredi, à la moitié de la semaine c’était le jour des excursions et j’avais choisi la visite de la ville et les « mille collines » qui entourent Durban… Entre nous, ceux qui avons fait cette excursion on se disait pour rigoler que nous voulions visiter les « mille et une collines » de Durban.. Cette visite de toute une journée nous a permis de voir de près les quartiers « chauds » de la ville : ses marchés, ses rues, ses avenues… ces endroits que nous n’avons  pas visité la nuit car Durban a la réputation d’une ville pas du tout sûre pour les étrangers et la population en général. Nous avons fait aussi un petit peu de nature européenne : » Le jardin botanique » avec ses mille et une fleurs , ses arbres et ses plantes.

Village zoulu

Village zoulou

Une journée en car qui nous a emmenés à un village zoulu pour assister à un spectacle vivant de danse et l’accueil de vrais crocodiles endormis, de ceux que l’on voit dans les films. Les danseurs à Phezulu, le village culturel,  nous ont subjugués et même si c’était un spectacle préparé pour des touristes, c’était aussi une occasion unique de pouvoir marcher sur le sable rouge  et de se promener entre les maisons de toit de chaume. Il y a eu des participants qui ont osé entourer leur cou avec des gros serpents…

Au retour il faisait nuit, il était 5h et demie du soir. J’ai prêté à Viviane, Française et membre de la FIPF mon chargeur de batteries pour son appareil photo, car nous avions la même marque d’appareil et comme ça elle pouvait continuer à en prendre. Entre d’autres informations il faudra mentionner un fait d’éclat et c’est celui du passage de Mahama Gandi par la ville de Durban où il a vécu à l’âge de 23 ans, de même que le navigateur portugais Vasco de Gama qui fut le premier à arriver et découvrir ces terres lointaines…Sans oublier l’écrivain portugais Fernando Pessoa qui y habita pendant sa jeunesse et reçut une éducation britannique.

Ce soir-là nous avons bien profité d’autres moments de « tertulia » autour d’un pot de vin africain,  des frites,  des bières… et du thé pour ceux qui ne boivent pas… Kébir Ammi, l’écrivain marocain, invité par la FIPF habitant en France déployait son humour sérieusement drôle. C’est un amoureux de l’Espagne et une fois que je lui ai dit que j’enseignais à l’école d’Aranjuez il a fondu en nostalgie.. il voulait faire une visite rapide dans notre école… Pour lui venir à Aranjuez représenterait le comble de bonheur… (Malheureusement je ne lui ai rien proposé, étant donné la crise actuelle dans notre pays, je ne pouvais  m’engager à inviter personne.. Lorsque j’écris ce paragraphe  un autre petit souvenir revient à ma mémoire : lors de la table ronde Bernard Magnier demanda aux participants le livre qui les avait marqués dans leur enfance comme lecteurs; Véronique avait choisi « Le petit prince » et Kébir « L’île au trésor ».

Dans cette réunion improvisée..de ce soir-là il y avait aussi  Suzanne une canadienne très gaie et sympa qui savait montrer tous ses charmes de beauté enveloppés de ce parfois, indigène  accent québécois ; et Anuradha, la représentante Indienne de la FIPF et membre du Conseil d’Administration.  Toujours vêtue d’un  sari, elle  riait tout le temps aux éclats et n’arrêtait pas de parler et aimait bien faire des blagues, comme celle-ci :

« Je ne dis jamais que je suis d’Inde, mais que je suis Indienne»

Il ne nous restait que deux jours, en fait un jour et la cérémonie de clôture,  car vendredi vers l’après-midi tout serait fini.

Continuons avec ces belles phrases que je voudrais  écrire ici pour la réflexion et qui ont  été prononcées tout le long des conférences, ateliers, communications :

« Toutes les langues du monde sont belles, toutes sont faciles quand on les maîtrise, toutes peuvent tout dire : la liberté, la justice, l’injustice.. ; une opinion assez répandue c’est que la langue française est en crise ; le français n’est plus la propriété exclusive de la France, il est présent dans les cinq continents, c’est la langue de travail des institutions onusiennes (ONU) ; le français a de beaux jours devant lui dans le monde ; on dit du français que c’est une langue de culture, charmante ; il n’existe pas un seul français, il existe plusieurs français. On ne peut plus enseigner le français aujourd’hui de la même manière en Inde, au Sénégal, en Afrique du Sud, aux EE.UU… Le choix final entre le français et les langues c’est celui de la coexistence, il faut le français « et »… et non pas le français « ou »… Il nous faut les quatre « C » : complémentarité, coopération, convivialité, compétitivité .

 

Dans notre chemin de retour à l’hôtel Virginie, la conteuse Congolaise et moi, parlions souvent de sa vie à Paris et aussi au Congo, maintenant elle allait rester tout le mois d’août à Pointe Noire avec sa famille. Le jour de l’excursion elle est venue me prêter  un de ses livres : « Mémoire d’une colline » . Elle n’allait pas en excursion car elle avait la chance d’avoir pu contacter un de ses frères qui habitait en ce moment à Durban. Elle aimerait beaucoup venir dans mon école faire la représentation orale d’un conte.

Je me rappelle très bien le jour de l’atelier sur la littérature des femmes et je voudrais le mentionner ici car tous les participants n’étaient pas d’accord avec les propos exposés,  surtout certains profs hommes qui ont manifesté une certaine « agressivité » envers ces femmes écrivaines qui osent écrire  sur leur vie ou bien sur des sujets intimes  de « leurs vies ». Véronique Tadjo, l’écrivaine participante  a bien défendu le point de liberté d’expression des ces écrivaines .

« Il faut que le discours soit différent, les filles , encore, sont instruites pour être « femmes » et tout directement elle s’est adressée à ce prof pour lui dire : Ce que vous dites, ça passe pas, vous faites un jugement moral qui me choque »

Une mention toute spéciale aussi dans cet espace pour Pierre Janin que j’ai connu en 1997, il était Attaché Culturel à l’Ambassade de France et je l’ai invité à venir à l’École prononcer une conférence pour nos journées culturelles, et « mille ans » après je le rencontre en Afrique du Sud, dans ce congrès et il m’a tout de suite reconnue , sans hésitation et m’a même dit une belle phrase : Vous êtes aussi fraîche qu’à Aranjuez ..

Dès mon arrivée, après l’aventure de la valise, j’ai rencontré dans la même navette-taxi trois participants marocains venus au Congrès, parmi eux une gentille dame Mme. El Bourkadi qui du premier moment m’avait bien appréciée lors de mes deux séjours dans les Universités d’été de l’AMEF. C’était ma première rencontre avec des participants congressistes, mes premiers mots de salutation après tant d’heures de voyage à travers l’espace du ciel..

Jeudi soir les « adieux » ont commencé, le couple canadien nous quittait pour faire du tourisme au Cap Town.. il nous restait la journée de clôture et le dîner de Gala. Ce vendredi-la  on décide quelques-uns du groupe de la « tertulia » de faire une promenade dans la ville, avant la conférence de clôture, j’accepte avec plaisir et on fait le parcours de cette ville bruyante et bouillonnante de grands commerces et du commerce dans la rue même, une ville vivante, grouillante de gens, pas un mètre carré de libre, on collait presque les uns aux autres..Des couleurs inoubliables pour la rétine et pour le cœur… Nous vivions enfermés dans « notre Palais » de Congrès sans savoir ce qui se passait dehors, et c’était tellement impressionnant… une heure de marche qui a  blessé mes pieds déjà assez blessés dans ces journées sans repos..

Prochain destin: Liège

Prochain destin: Liège

La clôture fut moins éclatante que l’ouverture, mais non  avec moins de belles phrases : « un si beau congrès, vous éducateurs de langues et des cultures, peu de professions sont mises à des changements si rapides contre vents et marées. Tout fond en applaudissements, en bons désirs de continuité et surtout une place pour la publicité de ce prochain congrès à célébrer dans 4 ans dont le slogan : « Le français : langue ardente. Liège 2016 » (du 14 au 21 juillet 2016) .C’est l’occasion de remettre les prix des poèmes, entre autres je retiens celui octroyé à une fille marocaine de Kenitra pour le concours d’enseignement primaire. Tout finit bien qui commence bien, et comme prévu, dans l’ordre des choses, la terre tourne sans arrêt…

Il restait encore le grand rassemblement du dîner de gala, ce vendredi-là à 20.00H, les cars nous attendaient à la porte des différents hôtels de Durban, situés tous sur le front de mer… Il fallait s’habiller pour l’occasion, les Européennes toujours moins colorées que les Africaines. Ce fut aussi une grande exposition de couleurs, de races, d’ accents, des conversations, de craintes de ne pas savoir si on pouvait s’ asseoir entre amis, car chacun portait un numéro sur son ticket. Le chemin vers un autre grand hôtel luxueux de la ville fut long, les groupes ne voulaient pas se séparer, on demeurait ensemble, on se surveillait les uns les autres… j’étais avec le groupe de Bernard, Kébir, Annick, une française qui est entrée en scène quelques jours après, Viviane, A. Baïda, une prof algérienne qui semblait une grande dame élégamment habillée … les tables étaient rondes et l’immense salle à manger  comblée de monde… On voulait encore nous faire des discours mais le son ne s’entendait pas trop bien, il fallait vite faire passer le spectacle des  danses indiennes et africaines  prévues pour harmoniser le gala, et encore une fois et comme il a été souvent le cas, il fallait faire la queue pour aller chercher le repas, car c’était ce qu’on appelle un buffet.. À la queue je rencontre Virginie  bellement colorée de ses habits, elle m’a présente un autre prof africain qui ne croyait pas que je sois Espagnole, car je devrais être brune et avoir la peau bien foncée…Il  pensait que j’étais  Russe…

Le dîner s’allonge, à peine si on peut vraiment parler… c’est un peu tumultueux … à un moment donné  on vient chercher Annick,  et Bernard et Kébir décident de partir, moi j’ai envie aussi de regagner ma chambre d’hôtel, car je ne me sens pas trop tentée pour le bal… J’aurais voulu dire au revoir à mes collègues argentines mais … il n’y a pas le temps, une navette- taxi qui  vient nous chercher pour nous emmener à l’hôtel est en bas.… Ce soir-là on ne veut pas encore se dire au revoir, Kébir partait de bonne  heure le matin, Annick et moi partions l’après-midi , mais nous tous, tout de suite, avons pris l’ascenseur pour nous enfermer dans nos chambres, l’une de cet hôtel de 19 étages sans terrasse en haut … heureusement « je vivais »  au 5ème… on laisse les adieux pour le lendemain…

Cette nuit-là je dors mal, je pense aux heures de voyage et au retour, je souhaite rentrer en Espagne, évidemment, mais quelque chose  de fort, de déchirant et de douloureux est mort ici en Afrique du Sud pour moi ;  mais  je garde l’espoir de penser que quelque chose de grand peut m’indiquer le chemin à suivre et surtout et malgré la force qui me fait marcher en arrière une nouvelle étape s’annonce pour mon cher atelier de  littérature : la littérature africaine , large, vaste et dominante. L’avenir est à nous, allons-y, attrapons-le.

La plage de Durban, gardien des sommeils

La plage de Durban, gardien des sommeils

Samedi matin, après le petit déjeuner je décide de faire une promenade sur  la belle et grande plage que je vois tous les jours de la fenêtre de ma chambre, il fait plutôt frais, j’en profite pour acheter des petits cadeaux-souvenirs à ces femmes que jour après jour occupent ces échoppes à l’intempérie du vent, je trouve une marchande avec qui je peux utiliser mon anglais de survivance, je prends ce que je veux emporter, nous nous regardons, elle sait bien que je suis étrangère, que je ne me débrouille pas bien en anglais mais que je vais payer cash et elle me dit qu’elle va me faire « the spécial price ».. je repars contente mais j’aurais bien aimé parler un peu plus avec cette femme… à l’abris du vent fort et plutôt frais qui soufflait ce matin-là d’hiver austral.

Les navettes arrivent à l’heure prévue pour emmener des petits groupes des congressistes  à l’aéroport. J’attends mon tour dans le hall de l’hôtel, je vois plusieurs fois Bernard qui passe et à la fin on doit se dire au revoir, et j’avais vu avant Kébir, le matin, au petit déjeuner, et on s’était dit au revoir. En fait c’est un au revoir- à tout à l’heure, comme si on allait se rencontrer n’importe où dans le monde pour une conférence, une table ronde, pour refaire un petit peu ce monde dans d’autres « tertulias » …

La revue Francophonies, coordonnée para Abdellah Baïda

La revue Francophonies, coordonnée para Abdellah Baïda

Avant mon grand départ j’ai eu l’occasion de dire au revoir à A. Baïda, il restait encore une journée, il m’offre le dernier numéro de la revue Francophonies coordonné par lui. Il est bien dommage mais il quitte la CMA (Commission du Monde Arabe), je pense dans mon fort intérieur qu’il veut se consacrer à ses écrits.

Arrivée à l’aéroport de Durban , plutôt petit mais tout flambant neuf, une fois la valise enregistrée , on m’a assuré qu’elle arrivera directement à Madrid,  je m’installe dans une salle de ce « no man’s land » pour manger le chicken and cheaps qu’A. Baïda m’avait offert avant qu’on ne me le fasse pas jeter au moment de passer le scanner de sécurité. Il ne me restait  plus un seul rand et ce n’était plus la peine de changer des euros … Je m’installe et un prof africain de Pretoria me rejoint, nous commençons à parler amicalement de  Durban , je l’invite à partager mon copieux repas.. il n’en veut pas..  il me dit que c’est une ville plus riche que Pretoria, il me parle aussi de l’éducation en Afrique, de tous ses  manques, des difficultés des profs pour  intéresser les élèves aux études, des quartiers pauvres que nous n’avons pas vus à Durban… Il se trouve  vraiment à côté de chez lui  par rapport à mon long voyage qui m’a tout à fait dépaysée…après l’avion il prendra un train pour arriver dans sa petite  ville, ..  et tout d’un coup un déferlement de larmes coulent de mes yeux, le prof reste à côté de moi, j’essaye d’expliquer mon impuissance momentanée et continue à avaler les chips mêlées aux larmes, sans pouvoir vraiment lui dire pourquoi je pleure…

Une fois dans l’avion Durban-Johannesburg je m’endors tristement pendant cette première heure de vol… Je quitte définitivement les couleurs de l’Afrique et cette belle expérience, imprévisible, imprévue que j’ai eu la grande chance de vivre.

Ces journées d’après, à la maison, je n’arrête pas  de contempler la carte de l’Afrique d’un autre regard, des messages des connaissances faites là-bas arrivent dans ma boîte et me transmettent cette grande nostalgie que je garde…

À Durban

un baobab a commencé à grandir.
L’arbre des fruits, le « bu hibab »,

large et grand …

———————-

Voici ma vision très personnelle dans ce récit que je dédie : à cette école de langues d’Aranjuez où j’enseigne depuis bientôt vingt ans; à mon cher groupe de l’Atelier de l’École ; et à mon très cher ami Claude Dumaine, avec toute la grande douleur de ne plus jamais pouvoir lui parler de ce voyage…. de tout mon cœur pour tous…

Inma  (Madrid, juillet 2012)

DURBAN. AFRIQUE DU SUD

Pour en savoir plus

Publicités

3 Réponses

  1. […] SOUVENIRS AFRICAINS … on Papillons d’ailes é… […]

  2. Excellent billet !

  3. MERCI BEAUCOUP DE VOTRE APPRÉCIATON

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :