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Heureux celui qui sait inventer

Quelques mots pour partager avec vous trois nouvelles arrivées dans le panorama littéraire espagnol ces derniers jours.

Le 27 avril, le talent et la longue production littéraire de l’écrivaine Ana María Matute  ont été reconnus avec la concession du prix littéraire espagnol le plus important , le Prix Cervantes. C’est une très bonne occasion pour connaître un peu plus cette femme passionnée de la littérature.

Nous vous invitons à écouter son discours -en espagnol, bien sûr- . Àle télécharger si vous aimez le lire avec plus de calme et à connaître un « autre grand discours à elle », celui de son acceptation en 1998 à la Real Academia de la Lengua (Royale Académie de la Langue Espagnole)

« Qui n’est pas capable d’inventer, ne vit pas » avait dit l’écrivaine lors de la réception du Prix.

Pour en savoir plus:


Nous voudrons maintenant faire un hommage à deux autres écrivains en langue espagnole qui sont décédés récemment.
Le poète chilienne Gonzalo de Rojas, mort le 25 avril, âgé de 93 ans, Prix Cervantes 2003, qui a écrit verses aussi vivants et courageux comme ceux-ci:

Uno está aquí y no sabe que ya no está, dan ganas de reírse
de haber entrado en este juego delirante,
pero el espejo cruel te lo descifra un día
y palideces y haces como que no lo crees,
como que no lo escuchas, mi hermano, y es tu propio sollozo allá en el fondo.

Si eres mujer te pones la máscara más bella
para engañarte, si eres varón pones más duro
el esqueleto, pero por dentro es otra cosa,
y no hay nada, no hay nadie, sino tú mismo en esto:
así es que lo mejor es ver claro el peligro.

Estemos preparados. Quedémonos desnudos
con lo que somos, pero quememos, no pudramos
lo que somos. Ardamos. Respiremos
sin miedo. Despertemos a la gran realidad
de estar naciendo ahora, y en la última hora.

Gonzalo Rojas. De ‘Contra la muerte’, 1964.

On y est et on ne sait pas que l’on n’y est plus, ça fait rire
d’être entré au milieu de ce jeu délirant
mais le cruel miroir te le montre un jour
et tu deviens pâle et tu fais semblant de ne pas y croire
comme si tu ne le croyais pas
de ne pas l’écouter , et c’est ton propre gemissement là-bas tout au fond.

Si tu es une femme, tu mets ton plus beau masque
pour te leurrer
Si tu es un homme, tu endures plus encore ton squelette,
mais à ton intérieur, c’est une autre chose
et il n’y a rien, il n’y a personne sauf toi même dans tout cela :
or, il vaut mieux y voir clair, dans le danger

Soyons préparés. Restons nus
Avec ce que nous sommes
mais brûlons, ne pourrissons pas ce que nous sommes,
embrasons-nous. Respirons sans peur
Réveillons-nous de la grande réalité
de naître maintenant et, dans l’heure ultime.
(« Contre la mort »)


La deuxième figure des Lettres espagnoles qui nous a laissés ces jours, c’était l’argentin Ernesto Sábato. L’écrivain était conscient qu’il était en train de mourir, il avait 99 ans et il était déjà aveugle, il ne pouvait pas lire, sortir de chez lui et il parlait très peu. Au contraire que Gonzalo Rojas, Sábato avait une personnalité un peu dépressive: il craignait la mort mais lui-même reconnaissait avoir été sur le point de se suicider deux fois et que seulement la littérature avait été capable de lui offrir une excuse pour continuer à vivre.
Peut-être son œuvre la plus reconnue était « Le túnel » (Le tunnel)

« Dommage que quand quelqu’un commence à apprendre l’office de vivre il fallait mourir », avait-il dit

La réalité est qu’un écrivain survit toujours à sa mort à travers ses livres, renaissant un peu comme le Phénix chaque fois que l’une de ses pages s’étend pour dévoiler les secrets à ceux qui aiment les lire.

Nous voudrons aussi nous rappeler d’eux avec ces petites lignes et l’invitation à connaître leur œuvre.

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