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Orfèvre de la parole

Le plongeur

Trouvant le sens de la vie en se plongeant dans le vide

Au musée archéologique de Paestum, parmi d’autres vestiges religieux ou de la vie quotidienne se trouve la tombe peinte environ 490 av. J.-C, connue comme la tombe du plongeur. (Voir une présentation d’images de cette tombe)

On a voulu voir dans cette image le saut vers l’inconnu, traversant la mort,  vers l’au-delà.

Les éditeurs d’ « Une chute infinie » de Mohamed Leftah (Éditions de la Différence, Paris 2009), le livre que nous sommes en train de commenter, ont choisi cette peinture pour la couverture du livre. Un très bon choix pour une « petite chronique » avec des innombrables passages littéraires pour nous régaler.

Nous sommes peut-être, pour la première fois, face à un chef-d’oeuvre qui ne peut pas s’adresser à un grand public mais à un petit public « comme nous », lecteurs intimes, venus de partout, de ce journal littéraire qui est devenu « l’Atelier ».

Il s’agit d’un livre excessivement beau, difficile dont le texte, dans sa brieveté devient un parfum exquis qu’il faut sentir goutte à goutte, chapitre à chapitre, mot à mot.

L’auteur, étant capable de rendre beau ce qui est ou pourrait être macabre, dégoûtant, sinistre, laid… se montre en posséssion d’un talent singulier, devient un « orfèvre de la parole ».  Hélène Perraudeau, Libération, a décrit son style comme : « Une écriture agile, à la fois crue et poétique, que  métamorphose des filles ordinairement laides et terriblement vulgaires en déesses des bas-fonds qui s’enivrent de sang de singe.»

Avec «Une chute infinie » nous avons eu le plaisir de découvrir M. Leftah, un amoureux de grands auteurs français, entre eux Rimbaud.

Et notre récit commence ici, avec le beau poème dont Leftah fait référence dans les premières lignes de son texte : « Le dormeur du Val ». Pourvu qu’il puisse nous inspirer au moment de faire, nous, nos propres apports pour garder dans la mémoire cette « petite chronique ».

Le dormeur du val

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.


Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.


Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.


Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, novembre 1870

Qu’est-ce que c’est qu’ « Une chute infinie »?

L’œuvre entière c’est un hommage à un copain de lycée, longtemps délaissé à cause de la peur, de l’incompréhension de l’être humain envers les autres… Il a voulu peut-être fermer un épisode qui pesait lourdement sur son passé, exorciser les fantômes de la mémoire, nous montrer avec la froideur descriptive d’un taxonomiste ou d’un surgeon, les événements déclenchés par une société bigote, pleine de complices, qui ne pouvaient pas tolérer l’homosexualité et qui la considérait comme une tragédie à négliger , à l’enterrer dans l’oubli, dans la négation. Fut-il lui même un complice avec son silence ? Est-ce le style descriptif une manière de montrer sa culpabilité envers la mort de ce jeune, montrant avec la froideur des images toute la distance existante entre lui et les souffrances de Khalid, le «plongeur » ?

Settat en noir et blanc

Settat en noir et blanc

Le suicide du protagoniste se déroule dans une ville endormie par elle-même : Settat, le lieu où rien ne se passe jamais, engloutie dans la chaleur d’un après midi permanent.  Settat, le lieu natal de Leftah bien  qu’il devienne plus tard l’écrivain qu’il sera à Rabat,  à Casablanca et à Paris. Comme pour équilibrer son orientation scientifique –il s’inscrit dans une école d’ingénieurs en travaux publics à Paris- il commence à écrire, dans une étape dominée par la présence de l’alcool. De son retour à Casablanca il devient informaticien et -à nouveau essayant d’équilibrer ses multiples pulsions- critique littéraire, combinant ces activités avec une vie personnelle dans les ambiances des bars, frôlant  presque l’illégalité.

Mohamed Leftah

Mohamed Leftah

On se souvient de « sa haute silhouette solitaire, gauche et timide, de son visage dissimulé par d’épaisses lunettes carrées, de ses silences tantôt rêveurs, tantôt observateurs, rompus par son petit rire de clope, et surtout, surtout, de son air égaré, d’être aluni par hasard dans la vie, lui qui l’avait vécue plus intensément que tout autre »(Kenza Sefrioui, dans Babel Med).

Installé depuis l’année 2000 au Caire et lors d’une crise personnelle, son ami Salim Jay les a rescapés –lui et son œuvre- de l’anonymat et il acheva à les élever dans l’endroit que la richesse de sa langue et la beauté de son écriture méritait. On disait de lui « qu’il aimait les extrêmes » et c’est comme ça qu’il tendit la main vers la mort en juillet 2008, après être arrivé à devenir depuis Mokhtar Chaoui, «le plus grand rhétoricien parmi nos écrivains. Il brisait les tabous sans jamais tomber dans la vulgarité».

Il faut d’abord souligner la structure du livre. Faite à base de parties si bien intitulées que l’on pourrait faire une lecture parallèle du livre en lisant seulement ses titres : Navire, le nécrologue, une panthère du Nil, Éros et Thanatos, Particules élementaires, La beauté… salvatrice ?, Poisson-épée… et une longue liste de 28 chapitres dont le langage poétique, la beauté devenue salvatrice de cette tragédie implicite, est la charpente qui construit le livre.

Il est écrit à coup de pinceaux, presque négligés,  délibérés ou par hasard ? C’est sûr qu’avec toute l’intention de nous frapper comme s’il appuyait sur l’heurtoir de notre conscience. Alors, ce n’est pas un poème, pas un essai… c’est un genre tout à fait différent, plus proche du style journalistique ou des faits divers (dont nous avons lu un exemple de la main du Nobel Le Clézio).

Escalier

Un escalier, passeport pour l’au delà

C’est dû à cet éloignement de l’événement principal, du manque de profondeur dans le traitement des causes pour le suicide, du manque de précision auprès de la personnalité du « protagoniste-excuse » et même de la relation établie avec son ami le plus proche, que quelques uns d’entre nous ont traité le livre de « froid », presque « frivole », devant l’apparente indifférence du narrateur envers le sujet traité. Il n’y a pas à la fin de mystère à résoudre,  de solution à trouver, même  pas une explication… Dans ce livre rien n’est achevé. On y plonge, mais on n’arrive nulle part. Toutes les choses, toutes les actions flottent pour toujours. Ainsi la mort comme situation inévitable, présente partout, récupère pour le défunt avec son éternité la dignité niée en vie. Ainsi, seulement, les vivants peuvent  un peu oublier, rester en paix.

Pour d’autres, bien au contraire, cette distance est une « ombre » du traitement plastique de la mort qui  arrive à adoucir les faits, à couvrir d’élégance et de beauté le terrible destin de Khalid. La beauté de l’écriture, la « beauté de la chute » compense un peu le sentiment de tragédie : La poésie versus la crudité. On est arrivé à dire que «on n’a jamais écrit sur l’homosexualité d’une manière si belle », sans même la mentionner. Si un occidental aurait dû  traiter ce sujet c’est sûr qu’il l’aurait fait en faisant remarquer les aspects les plus sordides et en abusant de l’explicitation des faits. Est-ce une sensibilité différente ?

La prière

Un livre comme une prière

Il y en a de moments sublimes dans le livre : la comparaison de Khalid à un navire qui se dirige vers  un naufrage inévitable quand il arrivera au plus haut des escaliers ; l’idée de notre corps comme «l’écorce qui garde le fruit de la mort que chacun porte en soi », la description de Khalid comme « une figure enceinte de sa mort » ou comme « un dormeur du val », que personne n’arrive à savoir qu’il est vraiment un mort.

C’est une prière déclarée dans les dernières pages pour que ces événements n’aient une répétition à jamais. L’auteur traite de nécrophages ceux qui nient la prière aux morts : ils se nourrissent des âmes des défunts en les privant de la mémoire.

Il y a beaucoup de références littéraires dans ce petit récit :

  • La légende de l’enfant endormi, menée au cinéma de la main de Yasmine Kassari (2005) sur la possibilité d’endormir un fœtus à travers la sorcellerie blanche dans le cas où la mère ne souhaiterait pas la naissance de l’enfant au moment dû, surtout quand le mari doit être loin de la mère pour une longue période. C’est un mythe présent en Afrique et le monde musulman et même contemplé dans  la législation islamique. De cette manière, dans l’hypocrisie nécessaire dans une société pleine de règles pour chaque aspect de la vie personnelle et sociale, une femme qui donne naissance à un enfant, étant son mari éloigné pendant une longue période, elle peut ne pas être accusée d’adultère –un pêché puni de mort dans certains endroits du monde islamique- attribuant l’accouchement tardif à « un enfant endormi ». Une manière pour laquelle la société peut « fermer les yeux » lorsque la femme le mérite à cause de sa condition sociale.
  • Zdzislaw Beksinsk

    Eros et Thanatos (Zdzislaw Beksinsk)

    Le pays de neige de Yasunari Kawabata, dans l’épisode « Eros et Thanatos » qui décrit l’initiation sexuelle d’un jeune homme avec une boniche dans un cimetière. L’amour naît des cendres des morts. «Le sexe et la mort, indissolublement liés, notre vie serait-elle veillée à jamais par ces deux divinités tutélaires, implacables, solidaires et ennemies à la fois?», écrivait Leftah dans L’Enfant de marbre.

  • La référence déjà mentionnée au « dormeur du Val » de Rimbaud.

Et pour conclure, la lecture d’« Une chute infinie » nous a proportionné une expérience visuelle unique, l’opportunité de connaitre un peu la manière d’écrire d’un lecteur infatigable, d’un écrivain d’une grande culture qui, d’après ses biographes, faisait avec ses œuvres «un hommage à toute la littérature, pas seulement en langue française mais aussi en langue arabe ».

« Cet atelier » veut remercier Monsieur Abdellah  Baïda car c’est à travers sa conférence prononcée en avril 2009 dans notre  École des Langues d’Aranjuez que nous avons découvert ce grand écrivain Marocain. Il  est un spécialiste de la littérature de M. Leftah, il a publié un livre pour lui rendre hommage  “Mohamed Leftah ou le bonheur des mots » (Pour un savoir plus cliquer sur www.medi1.com rubrique : « un livre un débat »). Nous voudrions aussi le remercier de toutes  les « portes » littéraires » qu’il nous a ouvertes. 

Voici pour finir une fiche de lecture qui nous a aidés à mieux approfondir dans ce livre unique.

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2 Réponses

  1. LA PHOTO EN NOIR ET BLANC EST D’ ESSAOUIRA NON DE SETTAT
    cordiallement

  2. […] il s’agit du suicide d’un jeune lycéen. Pour ce livre nous avions qualifié l’auteur d’« orfèvre de la parole » […]

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