Conférence: “LE MAROC MODERNE À TRAVERS SA LITTÉRATURE DE LANGUE FRANÇAISE”.- Abdellah Baïda

Abdellan Baïda: Ambassadeur littéraire

Abdellan Baïda: Ambassadeur littéraire

  • Lieu:  Escuela Oficial de Idiomas de Aranjuez
  • Date: Mercredi 29 Avril 2009
  • Profil: ABDELLAH BAÏDA, professeur de français à l’Ecole Normale Supérieure de Rabat (Maroc). Agrégé de Lettres , docteur en littérature et culture maghrébines, francophones et comparées.

La littérature marocaine en langue française est encore une littérature jeune. On pourrait établir ses débuts, tant que littérature écrite, ver la fin de  l’étape du Protectorat (1912-1956) et pour cela, restreinte par le colonialisme.

Monsieur Baïda établit  quatre étapes dans cette histoire :

1950-1960 : « La littérature de représentation ». Caractérisée par des textes déscriptifs de la réalité marocaine, le conférencier choisit trois mots pour décrire ce moment : rétrograde, discrétion, tradition. Les deux écrivains qu’il souligne comme les plus représentatifs sont :

  • Ahmed Sefrioui : « La boîte à merveilles »
  • Driss Chraïbi : « Le passé simple », une vision critique de la réalité, un peu autobiographique (le personnage principal s’appelle Driss Ferdi, un mot qui a deux significations en arabe, un d’eux « pistolet » qu’Abdellah Baïda interprète comme un essai de « tuer la réalité » ; l’autre, « unique, seule, différent » comme pour se distancier de la réalité.
La littérature arabe, presque inconnue en Espagne

La littérature arabe, presque inconnue en Espagne

1960-1975 : « Littérature postcoloniale ». C’est le temps de Mohamed V. La littérature porte un projet de société :

  • Valoriser et défendre la culture marocaine
  • Lutter contre le neocolonialisme mais aussi contre le pouvoir sur place. En 1971 il y aura un coup d’État qui échouera et qui va pousser le pouvoir vers une situation plus sévère : ce seront les « années de plomb ».
  • Servir de porte-parole d’un peuple qui est majoritairement analphabète.
  • C’est une littérature écrite en français (une contradiction avec sa volonté revendicative)

Les plus importants exemples seront :

  • Abdellatif Laâbi
  • Abdelkebir Khatibi
  • Mohamed Khair-Eddine
  • Tahar Ben-Jelloun

Ce groupe partira en exile en France et quelqu’un d’entre eux, comme Jelloun, resteront définitivement là-bas.

1975-1990 : «L’expérience individuelle ». Chaque écrivain prend son propre chemin sans avoir besoin de se sentir porte-parole de personne. C’est la « guérilla linguistique » de Khair Eddine ou le retour vers la culture marocaine de « Moha le fou, Moha le sage » ou « La prière de l’absent » de Tahar Ben Jelloun. En même temps, revendication encore de la culture populaire : les halga = les conteurs de la Medina  : « L’enfant de sable » de Ben Jelloun

1990-Présent : « Le triomphe de l’expérimentation ». À cette époque les refoulés retournent. On écrit en première personne, on parle de soi. Ce sont des histoires de personnages. Il n’y a pas de vie intime.

La littérature francophone arabe, ça intéresse

La littérature francophone arabe, ça intéresse

On reconnaît d’autres tendances littéraires :

  • Les écrits de femmes (pas féministes) comme c’est le cas de Fatima Mernissi, de Souáad Bahéchar (« Ni fleurs ni couronnes », un roman qui montre l’évolution d’une petite fille Chouhayra, qui veut laisser s’exprimer son corps et après s’être engagée avec un petit enfant, doit quitter le village) ou de Siham Benchkroun (« Oser vivre »)
  • La littérature carcérale, une littérature témoignant les « années de plomb » bien représentés par la prison Tazmamarte, celle qu’Hassan II dénier d’exister à la frontière de l’Algérie. Trois exemples de ce groupe : Ahmed Marzouki (« Cellule nº 10 »), Tahar Ben Jelloun (« Cette aveuglante absence de lumière ») et Abdelmajid Serhane (« La chienne de Tazmamarte »)
  • La littérature gay (homosexuelle). Pas tout à fait installée ou bien développée, c’est une littérature qui sera publiée en France car l’homosexualité est considérée comme un crime et une honte au Maroc, bien qu’elle soit un peu plus tolérée de nos jours.  Exemples de cette tendance seront Rachid O. (« Une enfance éblouie », «Chocolat chaud ») et Abdellah Taïa : « Le rouge du tarbouche » et « La mélancolie arabe ».
  • Littérature de l’immigration, avec de très bons exemples :
    • Youssouf Amine Elalamy (« Les clandestins »)
    • Mohamed Hmoudare (« French Dream », une satire du Maroc et de la France)
    • Mohamed Nedali (« Morceau de choix. Les amours d’un apprenti boucher publié en Espagne sous le titre « Carne de primera »)
    • Mohamed Leftah qui parle avec de l’expérience personnelle de la société la plus déprimée. Il écrit beaucoup d’œuvres  -une dizaine d’elles en seulement deux ans : 2006-2008- mais il ne les publie pas. La dernière et posthume œuvre « Une chute infinie » est apparue à 2009. (Monsieur Baïda est un specialiste de la littérature de M. Leftah qu’il étude dans son livre “Mohamed Leftah ou le bonheur des mots)
  • Littérature en arabe, une langue qui essaie de s’éloigner de la dialectale. Les témoignages sont plus ou moins les mêmes que dans les autres catégories. Un bon exemple de ce groupe est Mohamed Choukri, avec son « Le pain nu », un auteur qui ne fut pas scolarisé qu’à l’âge de 18 ans.

Bien que la conférence était pleine d’informations, Monsieur Baïda les présenta avec une vision clairement pédagogique et facile à suivre. Après l’exposition s’ouvrit un tour de questions avec quelques conclusions qu’ils méritent d’être soulignés :

  • D’abord il faut créer des scénarios pour que la littérature d’origine arabe d’expression française puisse être connue par les européens.
  • C’est une situation préoccupante même en France bien que les auteurs francophones d’ailleurs commencent à être inclus dans les programmes de lectures chez les institutions éducatives françaises.
  • La situation des écrivains au Maroc a amélioré un peu mais c’est clair qu’il y a une ligne qu’il ne faut pas dépasser quant à la critique sur des sujets tabous comme l’homosexualité.

De mémoire de conférencier, on a rarement eu à l’école une personne aussi cultivée, érudite, savante et exceptionnelle.

Une réponse

  1. [...] aussi, nos auteurs marocains d’expression française (pris de la liste de la conférence de l’année dernière  de M. Abdellah Baida, Ecrivain et professeur ENS Rabat ,Avril 2009 [...]

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